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Cette visite est de la fin de septembre

CHATEAUBRIAND

' feuilles; le vent s'abattait par degrés1 et laissait ouïr un

> ruisseau qui fait tourner un moulin. Après avoir suivi les | allées qu'elle avait coutume de parcourir avec Madame | de Staël, Madame Récamier a voulu saluer ses cendres. \ A quelque distance du parc est un taillis mêlé d'arbres plus j grands et environné d'un mur humide et dégradé. Ce taillis j ressemble à ces bouquets de bois au milieu des plaines

> que les chasseurs appellent des remises : c'est là que la s mort a poussé sa proie et renfermé ses victimes.

Un sépulcre avait été bâti d'avance dans ce bois pour y

| recevoir M. Necker, Madame Necker et Madame de Staël ;

> quand celle-ci est arrivée au rendez-vous, on a muré la porte

\ de la crypte Je ne suis point entré dans le bois; Madame

I Récamier a seule obtenu la permission d'y pénétrer. Resté

\ assis sur un banc devant le mur d'enceinte, je tournais le dos

i à la France et j'avais les yeux attachés, tantôt sur la cime

du Mont-Blanc, tantôt sur le lac de Genève : les nuages d'or

\ couvraient l'horizon derrière la ligne sombre du Jura ; on

\ eût dit d'une gloire2 qui s'élevait au-dessus d'un long cer-

i cueil. J'apercevais, de l'autre côté du lac, la maison de lord

! Byron3, dont le faîte était touché d'un rayon du couchant :

1 Rousseau n'était plus là pour admirer ce spectacle4, et Vol-

| taire, aussi disparu, ne s'en était jamais soucié5. C'était au

1. S'abattre a ici le sens de tomber, cesser, et non de tomber sur.

2. Gloire signifie proprement, en terme d'archéologie, le rayonnement, l'irradiation lumineuse que les anciens peintres avaient coutume de placer autour des personnages divins pour les caractériser. (La Renaissance dédaigna ce symbole et n'employa qu'un mince cercle doré autour de la tête.) Par analogie, en langage de théâtre, la gloire est une machine qui, en forme de nuage lumineux, descend du cintre et reste suspendue à une certaine hauteur pour faire ap-

paraître des êtres d'une condition surnaturelle.

3. Quand lord Byron quitta l'Angleterre pour la dernière fois, en 1816, il se rendit en Suisse et passa quelques mois sur les bords du lac de Genève : c'est là qu'il écrivit le troisième chant du Pèlerinage d'Harold et le Prisonnier de Chillon.

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