‹ Morceaux choisisChapitre 457 sur 530 · Ce Mémoire parut le 29 décembre 1832. En voici la fin · texte numérisé non relu

Ce Mémoire parut le 29 décembre 1832. En voici la fin

Illustre captive de Blaye, Madame 1 que votre héroïque présence sur une terre qui se connaît en héroïsme amène la France à vous répéter ce que mon indépendance politique m'a acquis le droit de vous dire : Madame, votre fils est mon roi! Si la Providence m'inflige encore quelques heures, verrai-je vos triomphes, après avoir eu l'honneur d'embrasser vos adversités?

Kecevrai-je ce loyer de ma foi? Au moment où vous reviendriez heureuse, j'irais avec joie achever dans la retraite des jours commencés dans l'exil. Hélas, je me désole de ne pouvoir rien pour vos présentes destinées!

Mes paroles se perdent inutilement autour des murs de votre prison : la bruit des vents, des flots et des nom-

CHATEAUBRIAND

le chargeant d'une mission auprès de Charles X, alors à Prague, pour annoncer à sa famille son mariage secret avec le comte Lucchesi-Palli. Il part le 14 mai 1833, suit les bords du Rhin, arrive au Danube, traverse Ulm, Ratisbonne. Le voici à la frontière autrichienne :)

Journal de Paris à Prague.

j Waldmùnchen, 011 j'arrivai le mardi matin 21 mai, est le î dernier village de Bavière, de ce côté de la Bohême. Je me { félicitais d'être à même de remplir promptement ma mission ; s je n'étais plus qu'à cinquante lieues de Prague. Je me plonge

< dans l'eau glacée, je fais ma toilette à une fontaine, comme | un ambassadeur qui se prépare à une entrée triomphale ; i je pars et, à une demi-lieue de Waldmùnchen, j'aborde, plein | d'assurance, la douane autrichienne. Une barrière abaissée j ferme le chemin; je descends avec Hyacinthe1, dont le \ ruban rouge flamboyait. Un jeune douanier, armé d'un fusil,

< nous conduit au rez-de-chaussée d'une maison, dans une salle voûtée. Là était assis à son bureau, comme à un tribunal, un gros et vieux chef de douaniers allemands ; cheveux roux, moustaches rousses, sourcils épais descendant en biais sur deux yeux verdâtres à moitié ouverts, l'air méchant ; mélange de l'espion de police de Vienne et du contrebandier de Bohême2.

Il prend nos passeports sans dire mot; le jeune douanier m'approche timidement une chaise, tandis que le chef, devant lequel il a l'air de trembler, examine les passeports. Je ne m'assieds pas et je vais regarder les pistolets accrochés au mur et une carabine placée dans l'angle de la salle ; elle me rappela le fusil avec lequel l'aga de l'isthme de Corinthe tira sur le paysan grec3. Après cinq minutes de silence, l'Autrichien aboie deux ou trois mots que mon Bâlois traduisit

mes, au pied de la forteresse solitaire, ne laissera pas même monter jusqu'à vous ces derniers accents d'une voix fidèle.

Page 1