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Le duc de Blacas était le grand chambellan de Charles X

5. Anaitées — où il faisait nuit (terme archaïque et inusité).

6. C'est toujours le même procédé, la même énumération des souvenirs, les mêmes rapprochements qui gravent dans la mémoire un paysage ou un décor. — Chateaubriand avait vu VEscurial, en revenant de Jérusalem. Il a décrit le monastère dans un passage des Mémoires d'Outre-Tombe, III, 223.

LA VIE LE RETRAITE ET DE VOYAGES

j pour aller avertir le roi, avec la même étiquette qu'aux

J Tuileries. Il revint me chercher, m'introduisit dans le cabinet de Sa Majesté, et se retira.

; Charles X s'approcha de moi, me tendit la main avec cor-

\ dialité en me disant : « Bonjour, bonjour, M. de Ghateau-

j briand, je suis charmé de vous voir. Je vous attendais. Vous

; n'auriez pas dû venir ce soir, car vous devez être bien fati-

; gué. Ne restez pas debout ; asseyons-nous. Gomment se porte votre femme? »

Rien ne brise le cœur comme la simplicité des paroles

\ dans les hautes positions de la société et les grandes catas-

j trophes de la vie. Je me mis à pleurer1 comme un enfant ;

\ j'avais peine à étouffer avec mon mouchoir le bruit de mes

\ larmes. Toutes les choses hardies que je m'étais promis de

\ dire2, toute la vaine et impitoyable philosophie dont je

| comptais armer mes discours, me manqua. Moi, devenir le

\ pédagogue du malheur ! Moi, oser en remontrer à mon roi,

\ à mon roi en cheveux blancs, à mon roi proscrit, exilé, prêt

j à déposer sa dépouille mortelle dans la terre étrangère3 !

\ Mon vieux prince me prit de nouveau par la main en voyant

\ le trouble de cet impitoyable ennemi, de ce dur opposant des

\ ordonnances de Juillet4. Ses yeux étaient humides ; il me

\ fit asseoir à côté d'une petite table de bois, sur laquelle il

| y avait deux bougies ; il s'assit auprès de la même table,

\ penchant vers moi sa bonne oreille pour mieux m'entendre,

\ m'avertissant ainsi de ses années qui venaient mêler leurs

\ infirmités communes5 aux calamités extraordinaires de sa

S vie. (Mémoires d Outre-Tombe, VI, 67).

[Chateaubriand explique au roi le but de sa mission. Quelques jours après, nouvelle audience. Charles X d'abord refuse à la duchesse de Berry le droit de conserver son rang de princesse française et de venir embrasser

1. C'est très vraisemblable, si l'on songe au loyalisme de Chateaubriand. Il avait, certes, eu à se plaindre de Charles X, il ne lui avait pas ménagé ses vérités ; mais Charles X était le roi et il l'était resté plus que jamais, pour lui, dans son exil.

En arrivant à Prague il se disait :

C'est dans cette ville que les fils aînés de saint Louis achèvent une vie d'exil, que l'héritier de leur race commence une vie de proscription, tandis que sa mère languit dans une forteresse sur le sol d'où il est chassé... 0 mon vieux roi, vous que je me plais,

parce que vous êtes tombé, à appeler mon maître! 0 jeune enfant, que j'ai le premier proclamé roi, que vais- je vous dire? (Mémoires d'Outre- Tombe, VI, 64.)

2. Il lui en dira pourtant, s'il faut l'en croire, mais pas à cette première entrevue.

3. Charles X allait bientôt mourir (1836) à Gôritz, ville d'Autriche, où il est enterré.

4. C'étaient les termes dont s'était servi Charles X au moment des ordonnances.

5. Dans le sens de banales, s'oppose à extraordinaires qui suit.

CHATEAUBRIAND

ses enfants. Longue discussion : Chateaubriand se montre pressant; le roi fléchit peu à peu. Il présente « M. le vicomte » à toute la famille royale, à Henri V « le duc de Bordeaux ». Il y a de jolis tableaux de ce « roi en exil », mais parfois aussi, semble-t-il, un peu d'enfantillage. Chateaubriand est naïvement heureux d'être — enfin 1 — le personnage en vue, celui sur qui tout le monde a les yeux fixés : ]

Les enfants sont entrés, le duc de Bordeaux1 conduit par son gouverneur, Mademoiselle3 par sa gouvernante. Ils ont couru embrasser leur grand-père, puis ils se sont précipités vers moi ; nous nous sommes nichés dans l'embrasure d'une fenêtre donnant sur la ville et ayant une vue superbe3. J'ai renouvelé mes compliments sur la leçon d'équitation4. Mademoiselle s'est hâtée de me redire ce que m'avait dit son frère, que je n'avais rien vu ; qu'on ne pouvait juger de rien quand le cheval noir était boiteux. Madame de Gontaut est venue s'asseoir auprès de nous, M. de Damas un peu plus loin5, prêtant l'oreille, dans un état amusant d'inquiétude, comme si j'allais manger son pupille, lâcher quelques phrases à la louange de la liberté de la presse, ou à la gloire de Madame la duchesse de Berry6. J'aurais ri des craintes que je lui donnais, si depuis M. de Polignac je pouvais rire d'un pauvre homme. Tout d'un coup Henri me dit : « Vous avez vu des serpents devins ? — Monseigneur veut parler des boas ; il n'y en a ni en Egypte, ni à Tunis, seuls points de l'Afrique où j'aie abordé ; mais j'ai vu beaucoup de serpents en Amérique. — Oh ! oui, dit la princesse Louise, le serpent à sonnettes, dans le Génie du Chris~ tianisme7. »

Je m'inclinai pour remercier Mademoiselle8. « Mais vous avez vu bien d'autres serpents ? a repris Henri. Sont-ils bien méchants ? — Quelques-uns, Monseigneur, sont fort

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