Qui a perdu ses plumes
7. Cf. Th. Gautier : Ce que disent les hirondelles. (Emaux et Camées.)
8. Cette apostrophe à l'hirondelle est une vraie poésie anacréontique digne de VAnthologie. C'est un pastiche aimable et fort bien venu. Toute cette partie a été écrite en 1822, à Londres, où Chateaubriand était ambassadeur. Dans le parc de Rensington, par un jour d'été, il regardait voler les hirondelles en compagnie de son ami de Marcellus. Il lui lut cette apostrophe
LA VIE DE RETRAITE ET DE VOYAGES
[Chateaubriand rentre à Paris le 6 juin, et il écrit aussitôt à la duchesse de Berry. Celle-ci, sortie de prison, était à Naples. Elle lui demande de venir la voir à Venise. Le 3 septembre, il repart pour un nouveau voyage :]
Journal de Paris à Venise.
Venise.
[Il traverse le Jura par une violente tempête, il gagne Lausanne, remonte le Rhône, suit la route du Simplon, descend sur Milan, et arrive à Venise1 qu'il décrit longuement : monuments2, musées, histoire, prison, arsenal. Voici les gondoliers : ]
La gaîté de ces fils de Nérée3 ne les abandonne jamais : vêtus du soleil, la mer les nourrit. Ils ne sont pas couchés et désœuvrés comme les lazzaroni4 à Naples ; toujours en mouvement, ce sont des matelots qui manquent de vaisseaux et d'ouvrage, mais qui feraient encore le commerce du monde et gagneraient la bataille de Lépante5 si le temps de la liberté et de la gloire vénitiennes n'était passé.
à l'hirondelle qu'il avait, disaitil, écrite le matin même. Et Marcellus ajoute : « Je battis des mains à cette inspiration antique, aussi élégante et primitive qu'une idylle deThéocrite, aussi gracieuse et plus mélancolique qu'une ode d'Anacréon. » — Chateaubriand aimait beaucoup Anacréon, V Anthologie, et la poésie alexandrine. A chaque instant, dans ses récits, refleurissent d'aimables souvenirs de la Grèce antique. Lorsque, en 1812, l'Académie n'inscrivit point le Génie du Christianisme sur la liste des prix décennaux, Chateaubriand écrit cette jolie réflexion sur ses confrères :
J'aurais pu leur dire ce qu'un poète grec dit à un oiseau : « Fille de l'Attique, nourrie de miel, toi qui criantes si bien, tu enlèves une cigale, bonne chanteuse comme toi, et tu la portes pour nourriture à tes petits. Toutes deux ailées, toutes deux habitant ces lieux, toutes deux célébrant la naissance du printemps, ne lui rendras- ' tu pas la liberté? Il n'est pas juste qu'une chanteuse périsse du bec d'une
de ses semblables.» (Mémoires, III, 51.)