Mendiants de Naples (au singulier, lazzarone
5. Bataille de 1561, où don Juan d'Autriche anéantit la flotte turque, avec l'aide des flottes
I de Venise et de l'Espagne.
CHATEAUBRIAND
; A six heures du matin ils arrivent à leurs gondoles, atta- | chées, la proue à terre, à des poteaux. Alors ils commen- \ cent àgralter et laver leur barchette1 aux traghetti2, comme ] des dragons étrillent, brossent et épongent leurs chevaux ? au piquet. La chatouilleuse cavale marine s'agite, se tourl mente aux mouvements de son cavalier qui puise de l'eau $ dans un vase de bois, la répand sur les lianes et dans l'intéj rieur de la nacelle. Il renouvelle plusieurs fois l'aspersion, 5 ayant soin d'écarter l'eau de la surface de la mer pour pren- | dre dessous une eau plus pure. Puis il frotte les avirons, éclaircit les cuivres et les glaces du petit château noir3, il | époussette les coussins, les tapis et fourbit le fer taillant de \ la proue. Le tout ne se fait pas sans quelques mots d'humeur \ ou de tendresse, adressés, dans le joli dialecte vénitien, à la \ gondole quinteusc ou docile4.
< La toilette de la gondole achevée, le gondolier passe à la j sienne. Il se peigne, secoue sa veste et son bonnet bleu,
rouge ou gris, se lave le visage, les pieds et les mains. Sa femme ou sa fille lui apporte dans une gamelle une miscellanée5 de légumes, de pain et de viande. Le déjeuner fait, chaj que gondolier attend en chantant la fortune : il l'a devant j lui, un pied en l'air, présentant son écharpe au vent et sers vant de girouette, au haut du monument de la Douane de mer6. A-t-elle donné le signal ? Le gondolier favorisé, l'avi-
< ron levé, part debout à l'arrière de sa nacelle, de même ) qu'Achille7 voltigeait autrefois, ou qu'un écuyer de Fran- \ coni8 galope aujourd'hui, sur la croupe d'un destrier. La \ gondole, en forme de patin, glisse sur l'eau comme sur la | glace. Sia stati! sta longo* ! en voilà pour toute la journée.
Puis vienne la nuit, et la calle10 verra mon gondolier chanter et boire le demi-sequin que je lui laisse en allant très certainement remettre Henri V sur le trône. (Mémoires \ d'Outre-Tombe, VI, 257.)
[A Venise, il ne trouve pas la duchesse qui lui donne rendez-vous à Ferrare. Arrivé à Ferrare, on le prie d'aller à Prague pour une nouvelle