ABRÉVIATIONS
JDiet. = dictionnaire.
Cf. = « Confer », mot latin pour dire « Comparez, voyez ».
p., pp. = page, pages.
p. ex. = par exemple.
sqq. = et suivants.
éd. = éditeur, édition.
Op. cit. = ouvrage cité (latin
opus citatum).
v. = vers.
n. = note.
vol. = volume.
L'abréviation : Crouzet..., Gr. Fr.> renvoie régulièrement à
Crouzet, Berthet, Galliot, Grammaire Française simple et complète pour toutes les classes (Privât-Didier, éd.)
CHATEAUBRIAND
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
Première Période : Avant l'apologie du Christianisme
Chateaubriand naquit à Saint-Malo, le 7 septembre 1768. Il fut très mal élevé ou plutôt il ne fut pas élevé du tout. Son père, autoritaire et taciturne, sa mère, effacée et toujours en soupirs ou en prières, le laissèrent vagabonder à sa fantaisie sur la plage de Saint-Malo, avec les polissons de la ville, phis tard à travers les grandes landes qui entourent le château de Gombourg où toute la famille était allée s'enfermer. Son imagination s'exalta dans, cette solitude, au milieu des forêts, des marais et des bruyères, en compagnie de sa sœur Lucile aussi rêveuse que lui. Il hésite longtemps sur la carrière qu'il suivra ; il est impropre à l'action. Nommé sous-lieutenant au régiment de Navarre, il passe quelques mois à Paris, il écrit des vers, il se lie avec quelques poètes, il assiste au début de la Révolution, mais il n'a pas oublié la mer, la grande enchanteresse. Au début de l'été 1791, il part pour l'Amérique dans l'intention de découvrir le passage nord-ouest. Mais il s'arrête aux Etats-Unis, dont-il explore une partie, moins étendue, à vrai dire, qu'il n'essaie de le faire croire dans son récit de voyage. La nouvelle de l'arrestation de Louis XVI lui rappelle ses devoirs de gentilhomme. Il rentre en France et s'engage dans l'armée de Condé. Blessé à Thionville, il laisse l'armée, erre misérablement en Belgique et s'embarque pour l'Angleterre où il passe plusieurs années dans la misère. Il publie à Londres YEssai sur les Révolutions (1797). Quant au Voyage en Amérique, il le garde dans ses notes avec d'autres papiers. Il ne le publiera qu'en 1826.
Deuxième Période : L'Apologiste du Christianisme
Il rentre en France en 1800 « avec le siècle », à la prière de son ami Fontanes. Sa mère est morte, le malheur l'a converti. Il re-
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vient chrétien dans son pays d'où il était parti incrédule. Il songe à un grand ouvrage sur sa religion et il y travaille avec acharnement. Un épisode qu'il publie à part, le roman d'Atala (avril 1801), le fait connaître et lui apporte la célébrité. Le Génie du Christianisme, qui paraît quelques jours avant la restauration officielle du culte à Notre-Dame et la promulgation du Concordat (avril 1802), lui vaut l'admiration de tous les grands esprits du temps et la faveur de Napoléon. Il entre dans la diplomatie, il est nommé secrétaire d'ambassade à Rome. Mais, à la nouvelle de l'exécution du duc d'Enghien, il envoie sa démission. Il sera désormais « de l'opposition » en politique et il ne cherchera à faire sa vie — jusqu'à une restauration fort désirée — que par la littérature. Le grand succès de son roman René (1802), fragment détaché, comme Atala, du Génie, les encouragements de certains de ses amis, les hostilités même qu'il rencontre chez les vieux classiques, tout l'encourage à suivre la voie que les circonstances lui ont ménagée.
Troisième Période : L/Aotivité littéraire (1804-1815).
Il est poète en prose, et poète descriptif. Il a senti, au succès d'Atala, que c'est par les descriptions et surtout par l'exotisme qu'il enchanterait les imaginations. Son séjour à Rome lui a inspiré la belle Lettre sur la campagne romaine qui a vivement remué les esprits. Pourquoi n'irait-il pas demander à d'autres pays des couleurs nouvelles ? Et puis il s'ennuie, et puis il a besoin d'images pour une épopée à laquelle il travaille. Le voilà parti pour l'Orient, pour Jérusalem en passant par la Grèce ; il revient par l'Egypte, le nord de l'Afrique et l'Espagne, puis il s'installe à son retour (1807) dans une petite propriété qu'il achète près de Paris, la Valléeaux-Loups. C'est là qu'il publie Les Martyrs (1809), et V Itinéraire de Paris d Jérusalem (1811). Elu membre de l'Académie française, il écrit un discours de réception si violent contre l'Empire, que Napoléon lui refuse les honneurs de la séance publique. Il continue à tonner contre « Tibère », et à beaucoup travailler.
Quatrième Période : La Vie politique (1815-1830).
Quelques-unes de ses brochures politiques, par exemple celle qu'il publie à la chute de l'Empire, De Buonaparte et des Bourbons (1814), le désignent à l'attention de Louis XVIII. Il est pair de France, ambassadeur à Berlin, puis à Londres et enfin ministre des affaires étrangères (1823). Il fait décider l'expédition d'Espagne
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qu'il a toujours appelée «sa grande pensée politique». Sans rechercher ici quelle fut sa valeur comme homme d'Etat, on peut croire que, dans ses diverses fonctions, il ne se montra pas inférieur à beaucoup, et on serait tenté d'admettre comme fondé tout ce que lui-même a dit de son mérite, en songeant aux jalousies qu'il éveilla. Une conspiration de certains monarchistes l'oblige à quitter le pouvoir. Il entre dans l'opposition (c'était sa destinée) et il commence à se lier avec certains «libéraux». Par dépit? oui, sans doute, mais aussi par conviction. Il avait toujours gémi sur les excès des ultras, il entendait bien que l'on gardât certaines précieuses conquêtes de la Révolution et, par exemple, il avait en plusieurs circonstances défendu la liberté de la presse. Il publie, à cette date, de nombreux pamphlets ou discours qu'on trouvera réunis sous le titre Mélanges politiques, Polémique, puis il songe à donner une édition de ses œuvres complètes. En 1826, il réédite donc ce qu'il a déjà publié et il y ajoute, entre autres choses très nouvelles, quelques œuvres de grande valeur auxquelles il travaillait depuis longtemps, le Voyage en Amérique, le Voyage en Italie, les Aventures du dernier Abencêrage et surtout la formidable épopée des Natchez, qu'il traînait avec lui depuis son séjour à Londres et qu'il avait remaniée à la Vallée-aux-Loups, dans les années qui précédèrent la chute de l'Empire.
Cinquième Période : Les dernières Années (1830-1848).
La chute de la Restauration réveille son loyalisme: il est de l'opposition contre Louis Philippe comme il l'avait été contre Napoléon et contre Charles X. Mais son attitude ne manque ni de grandeur ni de noblesse. Il donne sa démission de pair de France et refuse le traitement affecté à ce titre, il ne veut rien devoir à la monarchie de juillet. 11 complote, assez imprudemment d'ailleurs et aussi sans grande espérance ; il soutient les intérêts de la duchesse de Berry, et il accepte même une mission de confiance que lui a confiée la duchesse pour l'ancien roi Charles X. Le vieux chevalier part pour la Bohême et pleure d'y retrouver ses rois en exil. C'est sa dernière équipée. Il recommence à écrire pour vivre, il fait des travaux de librairie, par exemple cette Histoire de France qui contient de fort belles pages. Il suit avec une certaine inquiétude les progrès du romantisme : ici encore, comme avec la monarchie, il est de l'opposition contre ceux qui, sans lui, n'auraient pas existé. A l'occasion d'une traduction du Paradis perdu, il écrit un Essai sur la littérature anglaise (1836) qui est une condamnation du romantisme et de ses excès. — Il vit de plus en plus pour un
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petit groupe d'amis, dans une retraite paisible qui le fera songer plus d'une fois à la vie des moines et qui l'inspirera lorsqu'il écrira la Vie de Rancé, le fondateur de la Trappe. Sa Trappe à lui, c'est 1a maison de Mm8 Récamier, la célèbre Abbaye-au-Bois qui s'ouvre à quelques fidèles. Il leur lit de temps à autre des fragments de ses Mémoires d' Outre-Tombe auxquels il ne cesse de travailler et qui paraîtront seulement après sa mort. Les dernières années sont mélancoliques. Mme de Chateaubriand lui est enlevée ainsi que le fidèle Ballanche. M»e Récamier est aveugle et infirme ; le solitaire René vieillit dans l'isolement.
Il mourut le 4 juillet 1848. Il fut enseveli dans la baie de Saint- Malo, dans ce rocher du Grand-Bé qu'il avait désigné depuis longtemps comme son lieu de sépulture, en face de cette mer qui avait bercé ses premiers songes et qui lui parut douce pour son grand sommeil.
Chateaubriand fut une âme solitaire. L'isolement fit sa volupté et son châtiment.
Sa sensibilité exaltée ramenait tout à elle-même. Orgueilleux et égoïste, débordant d'effusions brûlantes, « enchanté, tourmenté et comme possédé par le démon de son cœur », ainsi qu'il l'écrivait de René, il se prêtait sans se donner, il ne demandait à la vie et aux hommes que des émotions pouvant servir à la consommation de son cœur. L'individualisme le plus effréné s'étale dans son existence comme dans son œuvre.
«Et cependant, Seigneur, je ne suis pas heureux!» Avant le Moïse de Vigny, il orchestra magnifiquement la plainte de Moïse. Il jouissait de ses émotions et même de ses souffrances qu'il exaspérait pour les mieux goûter, mais il restait inquiet, tourmenté, inassouvi. Il a été, pour tous les enfants du siècle, le grand chantre de la mélancolie. Sentiment de la solitude morale au milieu des hommes, poursuite incessante de sensations nouvelles, lassitude de la terre et de la vie, appel à un bien inconnu qui pût remplir le vide et le gouffre de cette âme : tout cela, sans doute, n'était pas nouveau, mais Chateaubriand y fit entendre un découragement, une plainte, une lassitude que l'on ne connaissait pas jusqu'à lui.
Et cela même n'est pas toujours très sain. Cette mélancolie est maladive. Chateaubriand, qui souffre de sentir le réel inférieur à ses rêves, s'imagine toujours que personne n'a été aussi malheureux que lui. Et il crée le type — dont on sait trop le succès — de Vhomme fatal, victime d'une malédiction spéciale, né pour le malheur de ceux qui l'approchent, soulevant sur son passage les
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orages du cœur et les convulsions de la nature, et finissant dans une horrible catastrophe.
Oui, il est plus d'une fois troublant. Il le serait moins s'il était moins séduisant.
Car c'est un artiste incomparable, un magicien, comme je n'en connais pas dans notre langue. Il est le dernier enchanteur Merlin des forêts bretonnes.
Son orgueil même s'exprime en beauté. Il a aimé ses tristesses, parce qu'elles créaient de belles attitudes. Rien ne lui semblait plus admirable que l'écroulement de ses rêves et de ses illusions.
Il a goûté le christianisme comme croyant, sans doute, mais aussi comme artiste. Il a décrit la beauté des fêtes chrétiennes, des cimetières, des processions, des rogations, des églises gothique. Il cherchait à séduire le cœur et l'imagination plutôt qu'à convaincre la raison.
Malgré ses préférences pour les œuvres d'inspiration chrétienne, il était largement ouvert à toute espèce de beauté. Il a senti la haute et belle poésie de l'antique. Il a parlé d'Homère comme d'un aède divin. Il a dit du mal de la mythologie, mais il en pensait beaucoup de bien. Il a respiré, avec une joie toute païenne, le parfum de la Grèce antique.
Il a compris de même la beauté de notre moyen âge, la majesté et le mystère de nos vieilles églises. De lui date le réveil de la « cathédrale gothique » et la renaissance de cette vieille civilisation française dont les classiques avaient méconnu la splendeur.
Il a créé l'histoire moderne, cette histoire dont Michelet disait qu'elle devait être «une résurrection». Il a évoqué, avec un relief extraordinaire, les âges disparus. Ici encore, son sens philosophique du transitoire, de l'écoulement des choses, favorisait son imagination qui cherchait partout des frissons de beauté et qui rayonnait sur l'univers.
S'il n'a pas créé l'exotisme, il se l'est vraiment approprié. II est un merveilleux descriptif, un des plus grands qu'il y ait dans notre littérature. Il a fixé, en des traits immortels, la beauté particulière des paysages où son humeur rêveuse et vagabonde l'avait entraîné.
Il est enfin, par son style, l'écrivain peut-être le plus prestigieux que la France ait connu. Sa lorme est un enchantement perpétuel, tantôt nerveuse, tantôt magnifique et calme, toujours expressive, mélodieuse et cadencée.
EXEMPLE DE LECTURE EXPLIQUÉE