‹ Morceaux choisisChapitre 505 sur 530 · L'évêque de Séez, *son confesseur · texte numérisé non relu

L'évêque de Séez, *son confesseur

2. « Les os de Rancé s'étaient cariés ; il ne possédait plus que deux grands yeux où avait circulé la passion et où se montrait encore l'intelligence. » (Chateaubriand.)

3. On disait que Rancé avait toujours sous les yeux une tête de mort. Son ami Bossuet y lit allusion en lui envoyant deux de ses oraisons funèbres «comme deux têtes de mort assez touchantes ». Chateaubriand dit, plus loin :

Ce qui domine chez lui est une

haine passionnée de la vie ; ce qu'il y a d'inexplicable, ce qui serait horrible si ce n'était admirable, c'est la barrière infranchissable qu'il a placée entre lui et ses lecteurs.

4. Rancé mourut en 1700. Chateaubriand se montre un peu sur pri s de cette résignation stoïque. Il écrit :

Rien de plus désespérant que cette doctrine, mélange de stoïcisme et de fatalité, qui n'est attendrie que par quelques accents de miséricorde qui s'échappent de la religion chrétienne.

On sent comment Rancé vit mourir tant de ses frères sans être ému, comment il regardait le moindre soulagement offert aux souffrances comme une insigne faiblesse et presque un crime.

LES DERNIÈRES ANNÉES (i83j-i848)

(D'après les Mémoires d' Outre-Tombe.)

[Cependant Chateaubriand vieillissait dans la retraite et l'isolement. En 1837 et 1841, il écrivit les deux derniers livres de ses Mémoires, donnant quelques impressions sur la politique générale du moment et traçant quelques portraits avec finesse et malice. Il n'aimait pas Thiers, bien qu'il lui reconnût de la souplesse. Il déplora la mort d'Armand Carrel, qu'il aimait tendrement. Il railla le féminisme de Sand. Très attentif aux idées modernes, il observait le mouvement socialiste d'un œil très clairvoyant ; il expliquait, comme il l'avait fait tant de fois, que le vieil ordre de choses ne pouvait plus renaître, que la monarchie absolue avait fait son temps, et que personne ne pouvait entraver les progrès de la liberté. Mais, en même temps, il affirmait que l'idée chrétienne était l'avenir du monde et que le progrès de la société future se confondrait sûrement avec le progrès du christianisme1. Le 16 novembre 1841, au lever du jour, il traça les dernières lignes des Mémoires d'Outre-Tombe :]

Récapitulation de ma vie.

Vous m'avez vu naître, vous avez vu mon enfance2, l'idolâtrie de ma singulière création dans le château de Cornbourg3, ma présentation à Versailles4, mon assistance àParis

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