LES DERNIÈRES ANNÉES
En traçant1 ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie ; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'orient : on dirait que l'ancien monde finit, et que le nouveau commence2. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil3. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité4. {Mémoires d'Outre- Tombe, VI, 473.)
[Chateaubriand, malade, presque paralysé par la goutte, trouva encore la force d'aller voir, en novembre 1843, le comte de Chambord qui lui donnait rendez-vous à Londres. Tous les jours il se faisait porter chez Mme Récamier : le salon s'ouvrait aux amis; Chateaubriand s'assej'ait au coin de la cheminée. Sa femme mourut le 9 février 1847, et Ballanche suivit, le 12 juin. Lui-même s'alita le 2 juillet 1848, reçut les sacrements, dicta son testament et mourut le mardi 4 juillet. Le samedi 8, un service funèbre fut célébré dans l'église des Missions étrangères, située rue du Bac, dans le voisinage de la maison mortuaire ; le corps fut transporté à Saint-Malo, où eurent lieu le 18 juillet les obsèques solennelles. A l'élévation, la musique fit entendre la mélodie Combien j'ai douce souvenance. . . Puis le cortège s'achemina vers l'îlot du Grand-Bé, où le cercueil fut déposé dans le sépulcre de granit. Il repose là, sous une pierre entourée d'une petite grille en fer et surmontée d'une croix. Point d'inscription ; ni nom, ni date.]