Règle : La fortune vient en dormant
2. Cette fin des Mémoires est très poétique. L'image banale de Vaube des jours nouveaux est rafraîchie et renouvelée. Remarquer le parallélisme entre l'aurore au sens propre et au sens figuré : c'est là ce qui fait la beauté du passage.
3. Malgré sa défiance de la démocratie, il espérait toujours dans le triomphe des grands principes qui avaient dirigé sa vie : religion, honneur, liberté.
4. Les dernières lignes de Fauteur sont un acte de foi. Et c'est en effet le crucifix à la main qu'il descendit dans l'éternité. La déclaration qu'il fit écrire, par son neveu,le2juillet!848,deux jours avant sa mort, est la suivante:
t Je déclare devant Dieu rétrac-
ter tout ce qu'il peut y avoir dans mes écrits de contraire à la foi, aux mœurs et généralement aux principes conservateurs du bien ». — Toute cette page, remaniée, forme la Préface testamentaire des Mémoires d'Outre-Tombe. Voici ce que, dans cette Préface, il ajoute de spécial sur la composition de ces mémoires :
Les Mémoires, divisés en livres et en parties, sont écrits à différentes dates et en différents lieux : ces sections amènent naturellement des espèces de prologues qui rappellent les accidents survenus depuis les dernières dates, et peignent les lieux où je reprends le fil de ma narration. Les événements variés et les formes changeantes de ma vie entrent ainsi les uns dans les autres ; il arrive que, dans les instants de mes prospérités, j'ai à parler du temps de mes misères, et que dans
CHATEAUBRIAND
mes jours de tribulatlon, je retrace mes jours de bonheur. Les divers sentiments de mes âges divers, ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse, la gravité de mes années d'expérience attristant mes années légères, les rayons de mon soleil, depuis son aurore jusqu'à son couchant, se croisant et se confondant comme les reflets épars de mon existence, donnent une sorte d'unité indéfinissable à mon travail : mon berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau ; mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et l'on ne sait si ces Mémoires sont l'ouvrage d'une tête brune ou chenue . . .
Plusieurs de mes amis m'ont pressé de publier à présent une partie de mon histoire ; je n'ai pu me rendre à leur vœu. D'abord, je serais, malgré moi,
moins franc et moins véridique ; ensuite, j'ai toujours supposé que j'écrivais assis dans mon cercueil. L'ouvrage a pris de là un certain caractère religieux que je ne lui pourrais ôter sans préjudice ; il m'en coûterait d'étouffer cette voix lointaine qui sort de la tombe et que l'on entend dans tout le cours du récit. On ne trouvera pas étrange que je garde quelques faiblesses, que je sois préoccupé delà fortune du pauvre orphelin, destiné à rester après moi sur la terre. Si Mïnos jugeait que j'ai assez souffert dans ce monde pour être au moins dans l'autre une Ombre heureuse, un peu de lumière des Champs-Elysées, venant éclairer mon dernier tableau, servirait à rendre moins saillants les défauts du peintre : la vie me sied mal ; la mort m' ira peut-être mieux.
APPENDICE I