‹ Morceaux choisisChapitre 516 sur 530 · Cf. notre Chateaubriand, p · texte numérisé non relu

Cf. notre Chateaubriand, p

2. A propos du Voyage en Italie et de certains passages des Martyrs.

3. Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et l'Allemagne en i58o et et i58i} [publié en 1774 J.

APPENDICE

monde, ennemi de sa longue domination, avait premièrement brisé et fracassé toutes les, pièces de ce corps admirable, et parce qu'encore tout mort, renversé et défiguré, il lui faisait horreur, il en avait enseveli la ruine même. [11 disait] que ces petites montres de sa ruine, qui paraissent encore au-dessus de la bière, c'était la fortune qui les avait conservées pour le témoignage de cette grandeur infinie que tant de siècles, tant de feux, la conjuration du monde réitérés à tant de fois à sa ruine, n'avaient pu universellement éteindre ; mais qu'il était vraisemblable que ces membres dévisagés [ défigurés ] qui en restaient, c'étaient les moins dignes; et que la furie des ennemis de cette gloire immortelle les avait portés, premièrement, à ruiner ce qu'il y avait de plus beau et de plus digne ; que les bâtiments de cette Rome bâtarde, qu'on allait à cette heure attachant à ces masures antiques, quoi qu'ils eussent de quoi ravir en admiration nos siècles présents, lui faisaient ressouvenir proprement des nids que les moineaux et les corneilles vont suspendant en France aux voûtes el parois des églises que les huguenots viennent d'y démolir. "Encore craignait-il, à voir l'espace qu'occupe ce tombeau, qu'on ne le reconnût pas tout et que la sépulture ne fût elle-même, pour la plupart [pour la plus grande partie] ensevelie. [Il disait] que cela, de voir une si chétive décharge, comme de morceaux de tuiles et pots cassés, être anciennement arrivé à un monceau de grandeur si excessive, qu'il égale en hauteur et largeur plusieurs naturelles montagnes Il disait ne pouvoir aisément faire

convenir, vu le peu d'espace et de lieu que tiennent aucuns de ces sept monts, et notamment les plus fameux, comme le Gapitolin et le Palatin, qu'il y rangeât un si grand nombre d'édifices. A voir seulement ce qui reste du temple de la Paix, le long du Forum Romanum, duquel on voit encore la chute toute vive, comme d'une grande montagne, dissipée en plusieurs horribles rochers, il ne semble que deux tels bâtiments pussent tenir en toute l'espace du mont du Gapitole, où il y avait bien vingt-cinq ou trente temples, outre plusieurs maisons privées. Mais, à la vérité, plusieurs conjectures qu'on prend de la peinture de cette ville ancienne n'ont guère de vérisimilitude, son plan même étant infiniment changé de forme, aucuns de ses vallons étant comblés, voire

dans les lieux les plus bas qui y fussent Il croyait

qu'un ancien Romain ne saurait reconnaître l'assiette de sa ville, quand il la verrait. Il est souvent advenu qu'après avoir fouillé bien avant en terre, on ne venait qu'à rencontrer la tête d'une fort haute colonne qui était encore en pied au-dessous. On n'y cherche point d'autres fondements aux

CHATEAUBRIAND

maisons que des vieilles masures ou voûtes, comme il s'en voit au-dessous de toutes les caves1

B. — Mmô de Staël, Corinne2»

[On a déjà cité p. 192, n. 4, un passage sur la Campagne romaine, un sur les Jardins de Rome, un sur le Colisée, en les rapprochant de certaines descriptions de Chateaubriand.]

Tivoli3.

La maison de Corinne était bâtie au-dessus de la cascade bruyante du Téverone ; au haut de la montagne, en face de son jardin, était le temple de la Sibylle. C'est une belle idée qu'avaient les anciens de placer les temples au sommet des lieux élevés. Ils dominaient sur la campagne, comme les idées religieuses sur toute autre pensée. Ils inspiraient plus d'enthousiasme pour la nature, en annonçant la divinité dont elle émane, et l'éternelle reconnaissance des générations successives envers elle. Le paysage, de quelque point de vue qu'on le considérât, faisait tableau avec le temple, qui était là comme le centre ou l'ornement de tout. Les ruines répandent un singulier charme sur la campagne d'Italie. Elles ne rappellent pas, comme les édifices modernes, le travail et la présence de l'homme ; elles se confondent avec les arbres, avec la nature, elles semblent en harmonie avec le torrent solitaire, image du temps qui les a faites ce qu'elles sont. Les plus belles contrées du monde, quand elles ne retracent aucun souvenir, quand elles ne portent l'empreinte d'aucun événement remarquable, sont dépourvues d'intérêt, en comparaison des pays historiques. Quel lieu pouvait mieux convenir à l'habitation de Corinne en Italie, que le séjour consacré à la Sibylle, à la mémoire d'une femme animée par une inspiration divine? (Corinne, VIII, 4.)

i. Cf. à la première partie de la Lettre à M. de Fontanes, p. 185.

Pour Chateaubriand, comme pour Montaigne, Rome est un tombeau. Mais Chateaubriand a goûté en artiste la poésie des ruines et de la lumière. Montaigne ne s'intéresse ni à la cam-

pagne ni aux beautés décoratives de la ville. Il n'est curieux que de la Rome antique, il en cherche les vestiges sous les décombres.

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