‹ Morceaux choisisChapitre 52 sur 530 · Divinités de la mythologie grecque : les Furies · texte numérisé non relu

Divinités de la mythologie grecque : les Furies

5. Disciples d'Epicure, philosophe grec (342-270 av. J-C), qui

considérait le plaisir comme le but de toutes nos actions.

6. Thespis fut l'inventeur de la tragédie ; par ce mot de farces, Chateaubriand indique dans sa note qu'il qualifie la grossièreté des premiers essais tragiques.

7. C'est bien en effet le portrait des Français à la tin du 18a siècle et c'est aussi celui qu'ont tracé des Athéniens les historiens grecs comme Thucydide et les orateurs comme Démosthène. — Ajouter à cela qu'à la fin du 18e siècle il y eut une renaissance de l'antique et qu'on essaya très réellement de revivre la vie des Grecs.

méprisant tout ce qui n'est pas eux, individuellement les plus aimables des hommes, en corps les plus détestables de tous, charmants dans leur propre pays, insupportables chez l'étranger, tour à tour plus doux, plus innocents que la brebis qu'on égorge et plus féroces que le tigre qui déchire les entrailles de sa victime ; tels furent les Athéniens d'autrefois, et tels sont les Français d'aujourd'hui1. {Essai. Première partie, chap. XVIII.)

[La seconde partie étudie les révolutions à Sparte, en Sicile, résume en deux chapitres l'histoire du polythéisme et trace à larges traits l'histoire du christianisme et de la civilisation moderne jusqu'à la fin du 18e siècle. Quelques détails intéressants sont à tirer de tout ce fatras. Et d'abord on y saisit l'apparition de cette mélancolie qui sera bientôt la muse de l'auteur. Un chapitre surtout est à signaler :]

Aux Infortunés.

Ce chapitre n'est pas écrit pour tous les lecteurs : plusieurs peuvent le passer sans interrompre le lil2 de cet ouvrage. Il est adressé à la classe des malheureux ; j'ai tâché de l'écrire dans leur langue, qu'il y a longtemps que j'étudie3.

[Après cette entrée en matière, Chateaubriand étudie le malheur en lui-même et dans ses relations extérieures, c'est-à-dire dans la manière dont les grands, les riches et le peuple accueillent les misérables. Puis il donne très candidement les règles de conduite dans le malheur.]

Un misérable est un objet de curiosité pour les hommes. On examine, on aime à toucher la corde des angoisses4 pour jouir du plaisir d'étudier son cœur au moment de la convulsion de la douleur, comme ces chirurgiens qui suspendent

t. Pour la forme, on remarquera la gaucherie de certaines phrases, la banalité de plusieurs images, la raideur du parallèle et des antithèses.— Pour le fond j ai choisi le parallèle qui prête le moins à la discussion (on a souvent comparé les Français aux Athéniens) pour faire sentir tout ce que le procédé de Chateaubriand, malgré tout, a de factice et de conventionnel.

Si l'on en excepte certains détails, les rapprochements ne s'imposent pas et ceux qui s'im-

posent s'appliqueraient également à d'autres peuples que les Athéniens et les Français.

2. Il serait plus correct de dire rompre le fil. Du reste Chateaubriand se flatte ici. Quel est le fil de V Essai ?

3. Chateaubriand met en noté cette phrase souvent citée : « Je me délectais à parler du malheur : j'étais là comme un poisson dans Peau ».

4. Image bien singulière et qui n'est pas d'un très bon goût.

l'essai sur les révolutions

des animaux dans des tourments afin d'épier la circulation du sang et le jeu des organes. La première règle est donc de cacher ses pleurs1. Qui peut s'intéresser au récit de nos maux ? Les uns les écoutent sans les entendre, les autres avec ennui, tous avec malignité. La prospérité est une statue d'or dont les oreilles ressemblent à ces cavernes sonores décrites par quelques voyageurs: le plus léger soupir s'y grossit en un son épouvantable.

La seconde règle, qui découle de la première, consiste à s'isoler entièrement. Il faut éviter la société lorsque l'on souffre parce qu'elle est l'ennemie naturelle des malheureux ; sa maxime est: l'infortuné = coupable. Je suis si convaincu de cette vérité sociale que je ne passe guère dans les rues sans baisser la tête.

Troisième règle : Fierté intraitable. L'orgueil est la vertu du malheur2. Plûs la fortune nous abaisse, plus il faut nous élever, si nous voulons sauver notre caractère.

[Mais ces règles de conduite suffisent-elles pour adoucir le chagrin ? Chateaubriand ajoute quelques conseils pratiques, tirés de son expérience personnelle, qui permettront sans doute de soulager les misères :]

Je m'imagine que les malheureux qui lisent ce chapitre le parcourent avec cette avidité inquiète que j'ai souvent portée moi-même dans la lecture des moralistes, à l'article des misères humaines, croyant y trouver quelque soulagement3. Je m'imagine encore que, trompés comme moi, ils me disent : « Vous ne nous apprenez rien ; vous ne nous donnez aucun moyen d'adoucir nos peines ; au contraire, vous prouvez trop qu'il n'en existe point. » O mes compagnons d'infortune4 ! votre reproche est juste : je voudrais pouvoir sécher vos larmes, mais il vous faut implorer le

1. Cette leçon de stoïcisme est en effet excellente. D'autres diront qu'il ne faut même pas pleurer. Vigny écrit dans la Mort du Loup :

Fais énergiquement ta longue et lourde

[tâche

Dans la voie où le sort a voulu t'appeler ; Puis, après, comme moi, souffre et [meurs sans parler.

2. Cette réflexion semble ne pas s'accorder avec la règle précédente qui dit de baisser la tête dans les rues. Il n'y a pourtant

as de contradiction. Le maleureux baisse la tête dans les

rues par prudence, pour éviter l'hostilité des regards, et non par humilité.

3. Mme de Staël dira au contraire (Préface de la Littérature) que les écrits des moralistes et les confidences de ceux qui ont souffert consolent les malheureux.

4. Voilà un très beau cri de détresse et qui nous change un peu de l'orgueil habituel de Chateaubriand. L'auteur ne croit

§lus être le seul à souffrir ; il a.

es compagnons de misère et il s'adresse à eux simplement et sans orgueil.

CHATEAUBRIAND

secours d'une main plus puissante que celle des nommés1. Cependant ne vous laissez point abattre ; on trouve encore quelques douceurs parmi beaucoup de calamités. Essaierai-je de montrer le parti qu'on peut tirer de la condition la plus misérable ? Peut-être en recueillerez-vous plus de prolit que de toute l'enflure d'un discours stoïque.

Un infortuné parmi les enfants de la prospérité 2 ressemble à un gueux qui se promène en guenilles au milieu d'une société brillante: chacun le regarde et le fuit. Il doit donc éviter les jardins publics, le fracas, le grand jour, le plus souvent même il ne sortira que la nuit3. Lorsque la brune4 commence à confondre les objets, notre infortuné s'aventure5 hors de sa retraite et, traversant en hâte les lieux fréquentés, il gagne quelque chemin solitaire où il puisse errer en liberté6. Un jour il va s'asseoir au sommet d'une colline qui domine la ville et commande une vaste contrée ; il contemple les feux qui brillent dans l'étendue du paysage obscur, sous tous ces toits habités. Ici il voit éclater le réverbère à la porte de cet hôtel dont les habitants, plongés dans les plaisirs, ignorent qu'il est un misérable, occupé seul à regarder de loin la lumière de leurs fêtes, lui qui eut aussi des fêtes et des amis! Il ramène ensuite ses regards sur quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison écartée du faubourg, et il se dit : « Là j'ai des frères7 ». (Essai. Deuxième partie, Ghap. XIII.)

1. Cette phrase annonce une transformation dans l'âme de Chateaubriand et fait pressentir la conversion prochaine.

2. Expression surannée et emphatique : c'est du langage de l'époque.

3. C'est ce que faisait Chateaubriand à Londres. Mais, quoi qu'il en pense, le remède est au moins singulier.

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