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On connaît Diderot et d'A

lembert; Duclos (1701-1772), historien et moraliste.

4. Dupuis, écrivain fort oublié, auteur d'une Origine des cultes qui eut une vogue éphémère sous la Convention.

5. Helvétius (1715-1771), philosophe, auteur du livre de l'Esprit.

6. Condorcet (1743-1794), mathématicien et philosophe, auteur de VEsquisse des progrès de l'esprit humain.

7. Recueil de légendes chrétiennes, écrit au. 13e siècle par le dominicain Jacques de Voragine.

8. Voir dans J.-J. Rousseau la lettre très éloquente qu'il écrivit à cet archevêque en réponse à un de ses mandements. Cf.

Morceaux choisis de Rousseau, par Mornet, p. 264.

LE GÉNIE DU CHRISTIANISME

2 roidir ses petits bras pour étouffer les progrès du siècle,

< arrêter la civilisation et faire rétrograder le genre humain ! Grâce à Dieu, il sufïirait d'un mot pour pulvériser l'insensé : aussi M. Ginguené, en maltraitant le Génie

| du Christianisme dans la Décade1 déclarait que la cri-

< tique venait trop tard, puisque mon rabâchage était déjà \ oublié. Il disait cela cinq ou six mois après la publica- \ tion d'un ouvrage que l'attaque de l'Académie française '< entière, à l'occasion des prix décennaux, n'a pu faire \ mourir2.

(> Ce fut au milieu des débris de nos temples que je publiai \ le Génie du Christianisme. Les fidèles se crurent sauvés :

< on avait alors un besoin de foi, une avidité de consolations religieuses qui venaient de la privation de ces consolations

i depuis de longues années. Que de forces surnaturelles à \ demander pour tant d'adversités subies ! Combien de familles mutilées avaient à chercher auprès du Père des hommes les enfants qu'elles avaient perdus ! Combien de cœurs ( brisés, combien d'âmes devenues solitaires appelaient une (< main divine pour les guérir! On se précipitait dans la mai- . son de Dieu comme on entre dans la maison du médecin \ le jour d une contagion. Les victimes de nos troubles (et

< que de sortes de victimes !) se sauvaient à l'autel ; nau-

< t'ragés s'attachant au rocher sur lequel ils cherchent leur salut3.

| Des écrivains me firent l'honneur d'imiter Atala et René y

> de même que la chaire emprunta mes récits des missions et

> des bienfaits du christianisme. Les passages dans lesquels je démontre qu'en chassant les divinités païennes des bois, notre culte élargi a rendu la nature à sa solitude; les para-

j graphes où je traite de l'influence de notre religion dans | notre manière de voir et de peindre, où j'examine les chan-

1. La Décade philosophique, littéraire et politique, journal de l'époque.

2. Allusion à un épisode oui se passa vers la fin de l'Empire.

L'Académie négligea de proposer le Génie pour l'attribution des grands prix décennaux, et Napoléon, malgré son peu de sympathie pour l'auteur, s'en étonna.

3. Dans tout le passage prècêdent,Chateaubriand insiste avec un peu de complaisance sur son rôle, Assurément, son livre eut

une grosse influence, mais il ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la révolution religieuse. Il fut mis en vente le 14 avril 1802.

Or, quatre jours après (le 18) c'était le Dimanche de Pâques, jour où fut promulgué le Concordat et où sonna, après dix ans de silence, le gros bourdon de Notre- Dame, pendant que le cardinal Caprara entonnait le Te Deum devant le Premier Consul. Le livre de Chateaubriand bénéficia sans aucun doute de ce mouvement religieux, autant qu'il le favorisa.

CHATEAUBRIAND

gements opérés dans la poésie et l'éloquence, les chapitres que je consacre à des recherches sur les sentiments étrangers introduits dans les caractères dramatiques de l'antiquité, renferment le germe de la critique nouvelle1. Les personnages de Racine, comme je l'ai dit, sont et ne sont point des personnages grecs, ce sont des personnages chrétiens : c'est ce qu'on n'avait point du tout compris.

Si l'effet du Génie du Christianisme n'eût été qu'une réaction contre des doctrines auxquelles on attribuait les malheurs révolutionnaires, cet effet aurait cessé avec la cause disparue ; il ne se serait pas prolongé jusqu'au moment où j'écris2. Mais l'action du Génie sur les opinions ne se borna pas à une résurrection momentanée d'une religion qu'on prétendait au tombeau : une métamorphose plus durable s'opéra. S'il y avait dans l'ouvrage innovation de style, il y avait aussi changement de doctrine ; le fond était altéré comme la forme, l'athéisme et le matérialisme ne furent plus la base de la croyance ou de l'incroyance des jeunes esprits; l'idée de Dieu et de l'immortalité de l'âme reprit son empire ; dès lors, altération dans la chaîne des idées qui se lient les unes aux autres. On ne fut plus cloué dans, sa place par un préjugé antireligieux ; on ne se crut plus obligé de rester momie du néant entourée de bandelettes philosophiques3; on se permit d'examiner tout système, si absurde qu'on le trouvât, Jût-il même chrétien

C'est encore à cet ouvrage que se rattache le goût actuel pour les édifices du moyen âge ; c'est moi qui ai rappelé le jeune siècle à l'admiration des vieux temples4. Si l'on a

h. On trouvera dans le Génie des passages qui précisent toute cette phrase de l'auteur (voir les 2e et 3e parties du Génie).

2. Après avoir étudié le succès du Génie (raisons religieuses et littéraires), Chateaubriand explique le prolongement de son influence: 1° en matière religieuse, 24 dans l'art et dans la réhabilitation de notre moyen âge, 3° dans la substitution d'un goût nouveau au style vieilli des pseudo-classiques.

3. Phrase obscure et assez mal écrite. Il veut dire que les philosophes ne dédaignèrent plus d'étudier le christianisme qu'ils

avaient laissé de côté comme absurde. (Voir, plus bas, pour comprendre cette tirade, plusieurs passages àe,V Introduction du Génie, p. 92.) Il ajoute ici :

Le heurt que le Génie donna aux esprits fit sortir le 18e siècle de l'ornière, et le jeta pour jamais hors de sa voie : on recommença ou plutôt on commença à étudier les sources du Christianisme ; en relisant les Pères (en supposant qu'on les eût jamais lus) on fut frappé de rencontrer tant de faits curieux, tant de science philosophique... t

4. Antithèse un peu factice entre « jeune siècle » et « vieux temples ».

LE GÉNIE DU CHRISTIANISME

> abusé de mon opinion, s'il n'est pas vrai que nos cathédrales aient approché de la beauté du Parthénon1, s'il est faux que ces églises nous apprennent dans leurs documents de pierre des faits ignorés, s'il est insensé de soutenir que ces mémoires de granit nous révèlent des choses échappées aux savants Bénédictins, si à force d'entendre rabâcher du' gothique, on en meurt d'ennui, ce n'est pas ma faute . . .

La controverse littéraire sur les nouveautés du style qu'avait excitée Atala, se renouvela à la publication du Génie. Un trait caractéristique de l'école impériale, et même de l'école républicaine, est à observer : tandis que la société avançait en mal ou en bien, la littérature demeurait stationnaire ; étrangère au changement des idées, elle n'apparte- \ nait pas à son temps... Le classique napoléonien était le i génie du 19e siècle affublé de la perruque de Louis XIV ou l frisé comme au temps de Louis XV2. Bonaparte avait voulu j que les hommes de la Révolution ne parussent à la Cour \ qu'en habit habillé, l'épée au côté. On ne voyait pas la < France du moment ; ce n'était pas de l'ordre, c'était de la ï discipline. Aussi rien n'était plus ennuyeux que cette pâle | résurrection de la littérature d'autrefois. Ce calque froid, cet anachronisme improductif, disparut quand la littérature nouvelle fit irruption avec fracas par le Génie. La mort du duc d'Enghien eut pour moi l'avantage, en me jetant à l'écart, de me laisser suivre dans la solitude mon inspiration par- ; ticulière 3, et de m'empêcher de m'enrégimenter dans Fin- S fanterie régulière du vieux Pinde4 ; je dus à ma liberté morale ma liberté intellectuelle. (Mémoires* Deuxième par- \ lie, Livre I).

f. Chateaubriand avait tout fait pour exalter le gothique dans le Génie. Mais il est très vrai qu'il s'en repentit un peu et qu'il ne pardonna jamais aux romantiques d'avoir abusé du moyen âge. Remarquer le ton du passage, à la fois excédé et agressif. Se reporter (pour bien comprendre cette méchante humeur contre les partisans du gothique), aux fragments donnés plus loin de Y' Essai sur la littérature anglaise.

2. Jugement très juste contre ce qu'on a appelé le pseudoclassicisme, c'est-à-dire la littérature de la fin du 18* siècle

qui imitait gauchement et sans poésie les modèles du 178 siècle.

3. Rapprochement historique un peu factice pour associer « la liberté morale et la liberté intellectuelle ». En réalité ce n'est pas la mort du duc d'Enghien, c'est le voyage en Amérique qui détermina l'indépendance littéraire de Chateaubriand.

4. Chaîne de montagnes en Grèce, prise ici comme symbole du classicisme et de la vieille poésie, parce que le Pinde était consacré aux Muses.

CHATEAUBRIAND

Analyse et Extraits1.

[Le Génie commence par une indication très précise de ce que l'auteur voulait faire.]

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