Les Pensées, démonstration de la religion chrétienne
6. Ce sont les chapitres où Pascal établit la grandeur et la misère de l'homme pour expliquer ensuite cette incompréhensible énigme par le dogme
du péché originel. L'homme est un roseau en face de la toutepuissante nature, mais il est grand par sa pensée. Il est à la fois ange et bête. Or, le christianisme explique cette énigme en nous montrant que l'homme a été créé dans un état de perfection, mais qu'il a perdu sa pureté primitive par le péché originel.
7. De la tristesse oui, quand il établit la faiblesse humaine, mais de l'allégresse quand il relève l'homme par la pensée et qu'il résout par la foi l'énigme de cet être mystérieux.D'une ma-
CHATEAUBRIAND
sité ; on est suspendu au milieu de ces sentiments comme dans l'infini. Les métaphysiciens parlent de cette pensée abstraite qui n'a aucune propriété de la matière, qui touche à tout sans se déplacer, qui vit d'elle-même, qui ne peut périr parce qu'elle est invisible et qui prouve péremptoirement l'immortalité de l'âme : cette définition de la pensée semble avoir été suggérée aux métaphysiciens par les écrits de Pascal.
Il y a un monument curieux de la philosophie chrétienne et de la philosophie du jour : ce sont les Pensées de Pascal, commentées par les éditeurs1. On croit voir les ruines de Palmyre2, restes superbes du génie et du temps, au pied desquelles l'Arabe du désert a bâti sa misérable hutte.
Voltaire a dit : « Pascal, fou sublime, né un siècle trop tôt ». On entend ce que signifie ce siècle trop tôt. Une seule observation suffira pour faire voir combien Pascal sophiste eût été inférieur à Pascal chrétien. Dans quelle partie de ses écrits le solitaire de Port-Royal s'est-il élevé au-dessus des plus grands génies? Dans ses six chapitres sur l'homme. Or, ces six chapitres, qui roulent entièrement sur la chute originelle, n'existeraient pas si Pascal eut été incrédule. (II, 6).
Bossuet orateur3.
Que dirons-nous de Bossuet comme orateur ? à qui le comparerons-nous ? et quels discours de Gicéron et de Démosthène ne s'éclipsent point devant ses Oraisons funèbres? C'est pour l'orateur chrétien que ces paroles d'un roi4 semblent avoir été écrites : L'or et les perles sont assez communs, mais les lèvres savantes sont un vase rare et sans prix. Sans cesse occupé du tombeau, et comme penché sur
nière générale, Chateaubriand fait un Pascal trop romantique et son article est tendancieux.
C'est lui qui a commencé à mettre en circulation la légende d'un Pascal torturé par le doute. Il a tiré Pascal vers René. Il disait un jour de l'auteur des Pensées :
Il s'est fait chrétien en enrageant, il est mort à la peine. Je l'aime ainsi, je l'aime tombant à genoux, se cachant les yeux à deux mains et criant : Je crois, presque au moment où il lâche d'autres paroles qui feraient craindre le contraire. Lutte du cœur et de l' intelligence ! Son cœur parlait plus haut et fai-
sait taire l'autre. (Rapporté par Sainte- Beuve. Portraits contemporains, V.)
1. Chateaubriand vise ici — comme il le dit dans une note — une édition des Pensées où les commentateurs s'ingéniaient à faire ressortir un Pascal incrédule et athée.
2. Les ruines de Palmyre, ville de Syrie, étaient à la mode depuis que l'encyclopédiste Volney en avait donné une description célèbre.