PRÉFACE
Les éditions paraissant dans
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE ILLUSTRÉE
Collection moderne de Classiques
ont pour caractère essentiel d'être faites surtout pour l'enseignement.
Elles ne sont pas des travaux d'érudition, mais des travaux de pédagogie pratique.
On y utilise autant que possible les plus récents travaux d'érudition, les meilleures éditions antérieures, auxquelles est dû sans doute le meilleur de celles-ci, et les résultats les plus certains de la science contemporaine (dont les progrès d'ailleurs sont si incessants que les éditions ont périodiquement besoin d'être renouvelées), mais sans exposer jamais la science pour elle-même et en se contentant d'adapter ses résultats aux besoins des classes.
C'est ainsi que persuadés de la nécessité, pour l'étude vraiment scientifique de la littérature, de replacer les auteurs et les œuvres dans leur milieu exact et à leur date, de ressusciter pour les yeux les époques et les circonstances où les œuvres ont paru, tous les auteurs de ces éditions ajoutent à la suite de l'œuvre elle-même une collection d'illustrations documentaires, souvent inédites ou peu connues, qui aide à donner à l'œuvre son vrai sens et sa vraie portée.
Ainsi est complétée notre publication la Littérature par Vimage, qui a fait pour l'ensemble de l'œuvre de certains auteurs ce que ces éditions font pour chaque œuvre particulière.
LA LITTERATURE FRANÇAISE ILLUSTREE
Mais cette collection apporte aussi quelques autres innovations toutes destinées à justifier son épithète de moderne.
Elle est moderne, en s'efibrçant de dégager, dans les notices et dans les notes, l'intérêt actuel et contempoi^ain que présentent les auteurs et les œuvres (et cela d'ailleurs sans dénaturer ce qui était la vraie pensée de l'auteur à sa date). L'utilitarisme d'aujourd'hui est trop porté à considérer les grandes oeuvres littéraires comme des vieilleries sans intérêt pour lui ; c'est les défendre à ses yeux, c'est surtout éveiller la curiosité de la jeunesse, que d'indiquer çà et là et d'amorcer (en laissant aux maîtres et aux élèves le soin de les continuer) quelques-uns des développements susceptibles de montrer que la pensée des grands classiques trouve des applications journalières dans notre société.
Elle est modeime en se mettant au niveau des besoins de la clientèle scolaire d'aujourd'hui. Cette clientèle est de plus en plus composée de gens qui ignorent les langues anciennes, ou qui, comme nous tous, par le seul effet de l'éloignement, comprennent de moins en moins la langue française classique. D'où la nécessité, non seulement de ne jamais citer du latin ou du grec, sans le traduire, mais encore de traduire souvent la langue même du 17« siècle. Voilà pourquoi ces éditions, diminuant les notes d érudition qui risquent d'étouffer l'œuvre sous leur amas et qui ont peut-être quelque responsabilité dans la fameuse crise du français, multiplient au contraire les notes d explication. Mais les notes multipliées sont un autre danger : l'élève s'y perd. Pour éviter ce danger, ces notes d'explication sont abrégées, réduites au minimum ; et surtout, autant que possible, classées de façon que la multiplicité des notes soit ramenée à quelques principes généraux. Dans chaque
œuvre il y a de nombreux passages qui exigent la même observation grammaticale ou littéraire : si on la répète, c'est fastidieux et encombrant — si on ne la répète pas et qu'on renvoie à un passage antérieur, c'est inutile, car l'élève va rarement au renvoi. Voici le moyen terme adopté ici : la première fois que se présente un fait grammatical, par exemple, nous formulons en note (et imprimons en italique continue) le principe général, dont il est l'application particulière — et surtout ce principe général nous le résumons dans un exemple simple et court :
Il se Jaut entr aider (pour la place, fréquente au 17* siècle, du pronom personnel complément) :
Faire leçon (pour la suppression de l'article fréquente au 17* siècle) ;
La grecque beauté (pour la place de l'épithète), etc., etc.
Puis, à chaque nouvelle application particulière qui se présente, nous rappelons la règie^ générale uniquement par ïexemple qui la résume : Règle : Il se faut entr aider, etc., etc. Si règle et exemple ont été une fois bien compris, il est vraisemblable que ce simple rappel suflira à réveiller tous les souvenirs nécessaires, et surtout que l'élève, quand il achèvera l'étude de l'œuvre, sera en possession d'un certain nombre de principes généraux" qui lui expliqueront bien des détails. Tel est l'elfort fait pour réduire les notes à la fois à l'essentiel et à l'unité.
Cette collection espère encore être moderne en reprenant une vieille tradition, dont on a dit trop de
1. Nous prenons le mot règle non pas dans son sens strict de règle de grammaire, mais dans un sens plus général, et parfois comme équivalent d'habitude, fait général, tolérance grammaticale, etc.
:2. Les mêmes règles et les mêmes exemples se retrouvent dans tous les volumes de la collection, de façon à assurer pour les élèves la continuité d'une même méthode.
LA LITTKRATî'RE FRANÇAISE ILLUSTREE
mal, la tradition des notes d'appréciation littéraire. Sans tomber dans l'admiration verbeuse, et sans empiéter sur les impressions personnelles du maître et des élèves, il est possible, en quelques mots précis, d'exciter discrètement les élèves à sentir et à juger la beauté littéraire. En tous cas, la méthode contraire a fait ses preuves, et depuis que les notes d'érudition ont remplacé les notes littéraires, on a des élèves beaucoup moins sensibles à la valeur artistique des œuvres. Or, cette valeur artistique étant ce qui rend les œuvres éternelles et par suite actuelles, c'est encore être moderne que d'y insister.
Peut-être aussi voudra-t-on bien apprécier comme un effort moderne notre tendance aux méthodes concrètes et aux méthodes actives : d'une part, la publication de tous ces documents illustrés qui aideront à reconstituer les milieux dans lesquels les œuvres sont nées, d'autre part toutes ces invitations, multipliées en note pour les élèves, à des recherches et à des travaux personnels sur un texte précis, ou encore nos essais d'une explication des textes, non pas émiettée en remarques de détail, mais suivie, comme la demandent les plus récents Programmes et Instructions.
C'est l'ensemble de cette tentative pour mettre une nouvelle méthode et une nouvelle vie dans l'étude de la littérature que nous présentons au jugement éclairé du corps enseignant, dont nous sollicitons toutes les observations suggérées par l'expérience et capables de faire apporter toutes les rectifications et mises au point, exigées par l'expérience pédagogique de tous, à ce qui n'est le résultat que de l'expérience pédagogique de quelques-uns.
Paul Grouzet,
Professeur au Collège Rollin (Paris)
Un mot pour rexplication de la méthode particulière suivie dans tous les Morceaux choisis de la collection.
Un principe unique inspire cette méthode : si les Morceaux choisis sont un mal nécessaire, en ce sens qu'ils ont été trop souvent conçus de façon à faire perdre le sentiment et le goût de l'œuvre intégrale, on s'efforce d'atténuer le mal du passé par tous les moyens possibles, afin de développer au contraire le sens de l'intégralité de l'œuvre, ce qui est la méthode à la fois la plus pédagogique et la plus scientifique.
De ce principe découlent les applications suivantes :
1" Classement. — Plus de distribution de morceaux pris un peu partout en rubriques artificielles créées par l'annotateur u Politique, Voyages, Littérature, Pédagogie, Variétés, etc. » On ne connaîtra ici, autant que possible, d'autre ordre que l'ordre chronologique ' des ouvrages, et d'autre principe d'unité que l'unité même de l'œuvre de l'écrivain.
2° Analyse. — Outre que chaque œuvre garde sa date et son indépendance, elle garde aussi sa suite des idées. Plus de fragments accolés sans lien, mais des extraits reliés par une analyse suivie', qui, d'une part, renseigne précisément sur ce quon n'a pu citer et donne l'impression de l'ensemble ; d'autre