‹ Morceaux choisisChapitre 110 sur 226 · Par analogie avec aire de vent = la direction du vent · texte numérisé non relu

Par analogie avec aire de vent = la direction du vent

"). Potelé et rosé comme un poupon; se dit aussi d'un homme qui fait une toilette affectée {pupas = jeune garçon).

y gardait encore deux petites boucles représentant des tètes de nègre en diamants, admirablement faites d'ailleurs; mais il y tenait assez pour justifier ce singulier appendice en disant que depuis le percement de ses oreilles ses migraines l'avaient quitté : il avait eu desmigi-aines. Nous ne donnons pas le chevalier pour un homme accompli ; mais ne faut-il point pardonner aux vieux célibataires, dont le cœur envoie tant de sang à la ligure, d'adorables ridicules, fondés peutêtre sur de sublimes secrets ? D'ailleurs, le chevalier de Valois rachetait ses têtes de nègre par tant d'autres grâces, que la société devait se trouver sufîisamment indemnisée. Il prenait vraiment beaucoup de peine pour cacher ses années et pour plaire à ses connaissances. Il faut signaler en première ligne le soin extrême qu'il apportait à son linge, la seule distinction que puissent avoir aujourd'hui dans le costume les gens comme il faut : celui du chevalier était toujours d'une tincsse et d'une blancheur aristocratiques. Quant à son habit, quoiqu'il lut d'une propreté remarquable, il était toujours usé, mais sans taches ni plis'. La conservation du vêtement tenait du prodige pour ceux qui remarquaient la fashionable inditTérence du chevalier sur ce jjoint; il n'allait pas jusqu'à les râper avec du Aerre, recherche inventée par le prince de Galles ; mais M. de Valois mettait à suivre les rudiments de la haute élégance anglaise une fatuité personnelle qui ne pouvait guère être appréciée par les gens d'Alençon. Le monde ne doit-il pas des égards à ceux qui font tant de frais pour lui ? N'y a-t-il pas en ceci l'accomplissement du plus dilficile précepte de l'Evangile, qui ordonne de rendre le bien pour le mal ? Cette fraîcheur de toilette, ce soin seyait bien aux yeux bleus, aux dents d'ivoire et à la blonde personne du chevalier La voix produisait comme une antithèse dans la blonde délicatesse du chevalier. A moins de se ranger à l'opinion de quelques observateurs du cœur humain, et de penser que le chevalier avait la voix de son nez, son organe vous eîit surpris par des sons amples et redondants. Sans posséder le volume des colossales basses-tailles, le timbre de cette voix plaisait

1. Le chevalier n'est pas de la même génération que le fameux Briiinmel, prince des dandys : quelques-uns lui attribuent l'invention et le raffinement dont Balzac fait honneur au prince de Galles, son ami, arbitre de la mode en sa jeunesse, et roi sous le nom de

Georges IV, de 1820 à 1830. Voir Barbey d'Aurevilly siu- Brammel. — Fashionable est dérivé du français façon ; ce mot n'entra dans la langue que sous la Restauration, et ne peut convenir aux grâces de l'ancien ré^ gime. Mais le chevalier s'est | adapté. (Voir la suite).

>ar un médium étoffé, semblable aux accents du cor anglais, résistants et doux, forts et veloutés. Le chevalier avait épudié le costume ridicule que conservèrfent quelques homaes monarchiques', et s'était franchement modernisé : il se aonlrait toujours vêtu d'un habit marron à boutons dorés, .'une culotte à demi-juste en pou-de-soie- et à boucles d'or, ['un gilet blanc sans broderie, d'une cravate serrée sans col le chemise, dernier vestige de l'ancienne toilette française uquel il avait d'autant moins su renoncer, qu'il pouvait insi montrer son cou d'abbé commendataire^. Ses souliers e recommandaient par des boucles d'or cari-ées, desquelles a génération actuelle n"a point de souvenir, et qui s'appli- [uaient sur un cuir noir verni. Le chevalier laissait voir leux chaînes de montre qui pendaient parallèlement de hacun de ses goussets, autre vestige des modes du xvm" iècle que les incroyables n'axaient pas dédaigné sous leDiectoire. Ce costume de transition qui unissait deux siècles un à l'autre, le chevalier le portait avec cette grâce de uarquis dont le secret s'est perdu sur la scène française le □lur où disparut Fleury, le dernier élève de Mole*.

[Le chevalier fait sa cour, avec une patience enjôleuse, et insensilement railleuse, à M"° Cormon. Mais il a pour rival un farouche béral, l'énergique du Bousquier, qui fut, sous le Directoire, entrepreeur de vivres aux armées, et l'un des gros personnages de la finance. Icarté par Bonaparte, ruiné, il attend un retour de fortune, et il conoite une alliance qui servira son ambition, précocement retraitée, mais :ndue sur le désir de la revanche.

Sur ces entrefaites arrive à Alençon, pour y chercher la maison où il voûtait se retirer, le noble M. de Troisville (prononcez Trcville), ancien émiré. 11 a été reçu par l'abbé de Sponde, l'oncle et le mentor un peu distrait e la vieille fille. En proie à son idée fixe, l'infortunée le croit célibalire, s'enflamme ; tout Alençon le sait ! C'est alors qu'un soir, en plein lion, devant les assises mondaines de la petite ville, réunies pour ontempler le prétendu de M"° Cormon, M. de Troisville déclare, négliemment, innocemment, qu'il est marié et père. Elle s'effondre, se juge

1. La caricature a souvent ri- j 4. Fleury avait remplacé Mole iculisè, aux environs de 18-25, | dans les rôles de petits-maies survivants entêtés qui con- très en 1778. J.-B. Lalfitte a nuaient à s'habiller comme en écrit des Mémoires sous son 790. On connaît le sing'ulier nom en 1822. Balzac a souvent mbiçu adopté par Louis \^'1IL j peint de ces fossiles, survi- 1 2. Etoffe de soie très souple, vants plus ou moins attardés prt à la mode au 18« siècle. de la société d'avant la Revois. Chargé de l'administration lution. Voir notamment dans 'un bénéfice ecclésiastique, et | La Duchesse de Langeais (1833imme tel suspect, devant la 1834i, le vidamede Paraiers et la lalicepopulaire, de faire bonne j princesse de Blammont-Chaulère. vrv.

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compromise, perdue. Comment s"en tirer ? Dans une telle détresse elle donnera sa main au premier qui la lui demandera. Pendant que le chevalier se pare, « se panse », « s'adonise », l'énergique du Bousquier, qui sait le prix du temps, se précipite, fait sa déclaration, est agréé ; pour tout sauver, on dira que le mariage était arrangé depuis beau temps. Le chevalier n'arrive que pour voir triompher son rival : sj'mbole, encore, de la défaite de la noblesse'.

Voici le portrait de du Bousquier, au moment où, devenu l'époux de la vieille fille, il exerce sur Alençon la royauté de l'argent et de l'intrigue politique.]

Un parvenu du libéralisme.

Cet homme habile, l'éternel candidat des libéraux, à qui sept ou huit voix manquèrent constamment dans toutes les Jjatailles électorales livrées sous la Restauration, et qui ostensiblement répudiait les libéraux en voulant se faire élire comme royaliste ministériel, sans pouvoir jamais vaincre les répugnances de l'administration, malgré le secours de la congrégation- et de la magistrature; ce républicain haineux, eni-agé d'ambition, conçut de lutter avec le royalisme et l'aristocratie dans ce pajs, au moment où ils y triomphaient. Du Bousquier s'appuya sur le sacerdoce par les trompeuses apparences d'une piété bien jouée ; il accompagna sa femme à la messe, il donna de l'argent pour les couvents de la ville, il soutint la congrégation du Sacré- Cœur, il se prononça pour le clergé dans toutes les occasions où le clergé combattit la ville, le département ou l'Eltat. Secrètement soutenu par les libéraux, protégé par l'Église, demeurant royaliste constitutionnel, il côtoya sans cesse l'aristocratie du département pour la ruiner, et il la ruina. Attentif aux fautes commises par les sommités nobiliaires et par le gouvernement, il réalisa, la bourgeoisie aidant, toutes les améliorations que lu noblesse, la pairie et le ministère devaient inspirer, diriger, et qu'ils entra-

d. Cf. L'œuvre expliquée. 1 ques de P.-L. Courier, notam-

2. On sait quelle fut la puis- | ment de \a 2' Lettre particulière

sance du parti religieux sous Louis XA'III et surtout sous (Charles X ; il s'élait emparé des emplois les plus importants. Ce passage pourrait se commenter a Laide des pamphlets politi-

du 28 novembre 1820, décrivanl les scènes qui se passent dans un collège électoral de province (Certaines difterences tenant j ia différence des points de vui et des opinions)

vaient par suite delà niaise jalousie des pouvoirs en France. L'opinion constitutionnelle l'emporta dans l'affaire du curé, dans l'érection du théâtre, dans toutes les questions d'agrandissement pressenties par du Bousquier, qui les faisait proj)oser par le parti libéral, auquel il s'adjoignait au plus fort des débats en objectant le bien du pays. Du Bousquier industrialisa le département. 11 accéléra la prospérité de la province en haine des familles logées sur la route de Bretagne. Il préparait ainsi sa vengeance contre les gens à châteaux, et surtout contre les d'Esgrignon, au sein desquels un jour il fut sur le point d'enfoncer un poignard envenimé'. Il donna des fonds pour relever les manufactures de point d'Alençon ; il raviva le commerce des toiles, la ville eut une lilature. En s'inscrivant ainsi dans tous les intérêts et au cœur de la masse, en faisant ce que la royauté ne faisait point, du Bousquier ne hasardait pas un liard. Soutenu par sa fortune, il pouvait attendre les réalisations que souvent les gens entreprenants, mais gênés, sont forcés d'abandonner à d'heureux successeurs. Il se posa comme banquier. Ce Lallitte- au petit pied commanditait toutes les inventions nouvelles, en prenant ses sûretés. Il faisait très bien ses affaires en faisant le ])ien public ; il était le moteur des assurances, le prolecteur des nouvelles entreprises de voitures publiques ; il suggérait les pétitions pour demander à l'administration les chemins et les ponts nécessaires. Ainsi prévenu, le gouAernement Aoyait un empiétement sur son autorité. Les luttes s'engageaient maladroitement, car le bien du pays exigeait que la préfecture cédât. Du Bousquier aigrissait la noblesse de province contre la noblesse de cour et contre la pairie. Enfin il prépara l'effrayante adhésion d'une forte partie du royalisme constitutionnel à la lutte que soutinrent le Journal des Débats et M. de Chateaubriand conti'e le trône 3, ingrate opposition

1. C'est l'histoire racontée dans Le Cabinet des Antiques; voir ici

2. Lebanquiercélèbrequi contribua beaucoup à l'avènement de Louis-Philippe, et fut Prési-

fluence. Quand la branche aînée fut déchue, son loyalisme bourbonnien reparut, et il mourut dans l'aUitude du défenseur d'une grande cause perdue. — Balzac disait de lui dans une dent du Conseil dans le Minis- , lettre au docteur Ménière du

lippe, et seil dan

tère du 3 novembre 18.30. Courier taisait de lui très grand cas.

3. Disgracié par Charles X en juin 182't, Chateaubriand exhala

27 avril 1833 (publiée par Biré, p. 130 sqq.) : «...Politiquement parlant, je n'aime pas l'homme, c'est le plus dangereux servi-

son ressentiment contre la ro- { teur qu'aient eu les Bourbons

yauté «ingrate» dans des arli- i I/homme qui a lait pendant

clcs qui eurent une immense in- ! cinq longues années l'opposi-

IIONORIC DE BALZAC

basée sur des intérêts ignobles, et qui fut une des causes de triomphe de la bourgeoisie et du journalisme en 1830. Aussi du Bousquier, comme les gens qu'il représentait, eut-il le l)onlieur de voir passer le convoi de la royauté, sans qu'aucune sympathie l'accompagnât dans la province désalTectionnée par les mille causes qui se trouvent encore incomplètement énumérées ici. Le vieux républicain, chargé de messes, et qui pendant quinze ans avait joué la comédie atin de satisfaire sa vendetta, renversa lui-même le drapeau blanc de la mairie aux applaudissements du peuple. Aucun homme, en France, ne jeta sur le nouveau trône élevé en août 1830 Un regard plus enivré de joyeuse vengeance'. Pour lui, l'avénement de la branche cadette était le triomphe de la Révolution. Pour lui, le triomphe du drapeau tricolore était la résurrection de la Montagne, qui, cette fois, allait abattre les gentilshommes par des procédés plus sûrs que celui de la guillotine, en ce que son action serait moins violente. La pairie sans hérédité-, la garde nationale qui met sur le même lit de camp l'épicier du coin et le marquis, labolition des majorais réclamée par un bourgeois avocat^, lÉglise catholique privée de sa suprématie, toutes les inA^entions législatives d'août 1830 furent pour du Bousquier la plus saA-ante application des principes de 1703. Depuis 183(i, cet homme est receveur général. Il s'est appuyé, pour parvenir, sur ses liaisons a\cc le duc d'Orléans^, père du roi Louis- Philippe, et avec M. de Folmon, l'ancien intendant de la duchesse douairière d'Orléans. On lui donne quatre-vingt mille livres de rente. Aux yeux de son pays, Monsieur du Bousquier est un homme de bien, un homme respectable, invariable dans ses principes, intègre, obligeant. Alençon lui

tien du Journal des Débats, la plus cruelle de toutes, et gui a contribué aux malheurs de la branche aînée, ne me plaira jamais. » Il l'avait rencontré chez M"' Récamier. Il le juge à plusieurs reprises, nolaiiiment dans une de ses Lettres sur Paris (29 mars 18H1): — et lorsqu'il publia en 18:^1 sa propre Enquête sur la politique des deux Ministères il fit insérer dans la presse des annonces qui le présentaient comme digne de rivaliser, à titre d'écrivain politique, avec ^I. de Chateaubriand.

d. Faut-il faire ressortir ce qu'il y a d'injuste à proposer ce Macliiavcldeprovnice com.mesym-

l)ole de la liourgeoisie libérale?

On sent que le roman est une œuvre de parti, où le bon sens fait aisément la partde la vérité.

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