Le parti de M"- de Staël (les
l'e aux romans historiques de Scott par l'unité du plan. Sur la fortune de W. Scott en France, voir Maigron : Le Roman historique.
loge de MM. Etienne, Jouj', Tissot, Gosse, Duval, Jay, Benjamin Constant, Aij;nan. Baour-Lormian, Villemain, les coryphées du parti libéral napoléonien, sous la protection desquels se trouve le journal de Vernou. Tu montreras cette glorieuse phalange' résistant à l'invasion des romantiques, tenant pour l'idée et le style contre l'image et le bavardage, continuant l'école voltairienne et sopposant à l'école anglaise et à Fécole allemande, de même que les dix-sept orateurs de la gauche combattent pour la nation contre les ultras de la droite. Protégé par ces noms révérés de l'immense majorité des Français, qui seront toujours pour roi)position de la gauche, tu peux écraser Nathan, dont l'ouvrage, quoique renfermant des beautés supérieures, donne en France droit de bourgeoisie à une littérature sans idées. Dès lors, il ne s'agit plus de Nathan ni de son livre, comprends-tu? mais de la gloire de la Finance. Le devoir des plumes honnêtes et courageuses est de s'opposer vivement à ces importations étrangères. Là, tu flattes l'abonné. Selon toi, la France est une fine commère, il n'est pas facile de la surprendre. Si le libraire a, par des raisons dans lesquelles tu ne veux pas entrer, escamoté un succès, le vrai public a bientôt fait justice des erreurs causées par les cinq cents niais qui composent son avant-garde. Tu diras qu'après avoir eu le bonheur de vendre une édition de ce livre, le libraire est bien audacieux d'en faire une seconde, et tu regretteras qu'un si habile éditeur connaisse si peu les instincts du pays. Voilà tes masses. Saupoudremoi d'esprit ces raisonnements, relève-les par un petit filet de vinaigre, et Dauriat est frit dans la poêle aux articles. Mais n'oublie pas de terminer en ayant l'air de plaindre dans Nathan l'erreur d'un homme à qui, s'il quitte cette voie, la littérature contemporaine devra de belles œuvres. Lucien fut stupéfait en entendant parler Lousteau : à la parole du journaliste, il lui tombait des écailles des yeux, il découvrait des vérités littéraires qu'il n'avait même pas soupçonnées.
— Mais ce que tu me dis, s'écria-l-il, est plein de raison et de justesse-.
— Sans cela, pourrais-tu battre en brèche le livre de Nathan ? dit Lousteau. Voilà, mon petit, une première
l. Nous renojjçons à commenter ce texte; c'est un document d'hisloirelilléraire. Balzac y signale quelques-unes des puissances qui luttaient contre le
romantisme.
2. Rappelons encore que Balzac n'a jamais adhéré à l'école romantique, et que son œuvre en est souvent une satire.
forme d'article qu'on emploie pour démolir un ouvrage. C'est le pic du critique. Mais il y a bien d'autres formules ! Ton éducation se fera. Quand tu seras absolument obligé de parler d'un homme que tu n'aimeras pas, quelquefois le propriétaire, le rédacteur en chef d'un journal a la main forcée, tu déploieras les négations de ce que nous appelons l'article de fond. On met en tète de l'article le titi'e du livre dont on veut que vous vous occupiez; on commence par des considérations générales dans lesquelles on peut parler des Grecs et des Romains, puis on dit à la (in : « Ces considérations nous ramènent au livre de M. un tel, qui sera la matière d'un second article. » Et le second article ne paraît jamais. On étouffe ainsi le livre entre deux promesses. Ici, tu ne fais pas un article contre Nathan, mais contre Dauriat; il faut un coup de pic. Sur un bel ouvrage, le pic n'entame rien, et il entre dans un mauvais livre jusqu'au cœur : au premier cas, il ne blesse que le libraire; et, dans le second, il rend service au public. Ces formes de critique littéraire s'emploient également dans la critique politique.
La cruelle leçon d'Etienne ouvrait des cases dans l'imagination de Lucien, qui comprit admirablement ce métier.
[Son article est vite écrit, paraît et produit un grand effet. Dauriat arrive chez lui « en cabriolet » (le fameux cabriolet de Ladvocat ; dans l'entre-deux, Balzac cite Dauriat et Ladvocat ensemble, comme inventeurs des affiches « bizarrement coloriées », de ces « vignettes » qui firent « de l'affiche un poème »). Et sans plus d'explication, il lui déclare qu'il achète les Mar^iieiites ; il lui prédit un splendide et prochain avenir littéraire. 11 est aussi courtisan qu'il fut insolemment protecteur. Lucien se voit déjà arrivé ; mais il lui reste à faire la paix avec Nathan, qui serait un redoutable ennemi. Rien n'est plus facile ; cette fois-ci, c'est Blondet qui lui donne le plan d'un nouvel article.]
— Sais-tu par quel mot s'est consolé Nathan après avoir lu ton article? dit Lousteau.
— Comment le saurai-je?
— Nathan s'est écrié : « Les petits articles passent, les grands ouvrages restent ! » Cet homme viendra souper ici dans deux jours, il doit se prostei-ner à tes pieds, baiser ton ergot, et te dire que tu es un grand homme.
— Ce serait drôle, dit Lucien.
— Drôle ! reprit Blondet, c'est nécessaire.
— Mes amis, je veux bien, dit Lucien un peu gris; mais comment faire ?
— Eh bien, dit Lousteau, écris pour le journal de Mer lin' trois belles colonnes où tu te réfuteras toi-même. Après avoir joui de la fureur de Nathan, nous venons de lui dire qu'il nous devrait bientôt des remercîments pour la polémique serrée à l'aide de laquelle nous allions l'aire enlever son livre en huit jours. Dans ce moment-ci, tu es à ses yeux un espion, une canaille, un drôle ; aprèsdemain, tu seras un grand homme, une tète forte, un homme de Plutarque ! Nathan t'embrassera comme son meilleur ami. Dauriat est venu, tu as trois billets de mille francs : le tour est fait. Maintenant il te faut l'estime et l'amitié de Nathan. Il ne doit y aAoir d'attrapé que le libraire. Nous ne devons immoler et poursuivre que nos ennemis. S'il s'agissait d'un homme qui eût conquis un nom sans nous, d'un talent incommode et qu'il faillit annuler, nous ne ferions pas de réplique semblable ; mais Nathan est un de nos amis, Blondet l'avait fait attaquer dans Le Mercure pour se donner le plaisir de répondre dans Les Débats. Aussi la première édition du livre s'estelle enlevée !
— Mes amis, foi d'honnête homme, je suis incapable d'écrire deux mots d'éloge sur ce livre . . .
— Tu auras encore cent francs, dit Merlin, Nathan t'aura déjà rapporté dix louis, sans compter un article que tu peux faire dans la revue de Finot, et qui te sera payé cent francs par Dauriat et cent francs par la revue : total vingt louis !
— Mais que dire ? demanda Lucien.
— Voici comment tu peux t'en tirer, mon enfant, répondit Blondet en se recueillant. « L'envie, qui s'attache à toutes les belles œuvres, comme le ver aux bons fruits, a essayé de mordre sur ce livre, diras-tu. Pour y trouver des défauts, la critique a été forcée d'inventer des théories à propos de ce livi-e, de distinguer deux littératures : celle qui se livre aux idées et celle qui s'adonne aux images.» Là, mon petit, tu diras que le dernier degré de l'art littéraire est d'empreindre l'idée dans l'image. En essayant de prouA'er que l'image est toute la poésie, tu te plaindras du \)en de poésie que comporte notre langue, tu parleras des reproches que nous font les étrangers sur le positwisine de notre style,
1. Encore un beau spécimen de la jung:lc littéraire : a Sa voix tenait du miaulement des chats et de rétoufTement asthmatique de l'hyène.» C'est un centre-droit.
Son journal Le Rceeil est un succédané du Drapeau Blanc(qai{at dans la réalité l'un des organes les plus exaltés de l'opinion lé-' gitimiste sous la Restauration).
et tu loueras M. de Canalis et Nathan des services qu'ils rendent à la France en déprosaïsant son langage. Accable la précédente argumentation en faisant voir que nous sommes en progrès sur le 18° siècle. Invente le progrès (une adorable mystification à faire aux bourgeois) ! Notre jeune littérature procède par tableaux où se concentrent tous les genres, la comédie et le drame, les descriptions, les caractères, le dialogue, sertis par les ncruds brillants d'une intrigue intéressante. Le roman, qui veut le sentiment, le style et l'image, est la création moderne la plus immense. Il succède à la comédie, qui, dans les mœurs modernes, n'est plus possible avec ses vieilles lois'. Il embrasse le fait et l'idée dans ses inventions qui exigent et l'esprit de la Bruyère et sa morale incisive, les caractères ti-aités comme l'entendait Molière, les grandes machines de Shakespeare et la peinture des nuances les plus délicates de la passion, unique trésor (jue nous aient laissé nos devanciers. Aussi le roman est-il bien supérieur à la discussion froide et mathématique, à la sèche analyse du 18' siècle « Le roman, diras-tu sentencieusement, est une épopée amusante. » Cite Corine, appuie-toi sur Madame de Staël. « Le 18° siècle a tout mis en question, le 19° est chargé de conclure : aussi conclut-il par des réalités, mais par des l'éalités qui vivent et qui marchent ; enlin, il met en jeu la passion, élément inconnu à Voltaire. Tirade contre Voltaire. Quant à Rousseau, il n'a fait qu'habiller des raisonnements et des systèmes. Julie et Glaire sont des entéléchies-, elles n'ont ni chair ni os ». Tu peux démancher ^ sur ce thème et dire que nous devons à la paix, aux Bourbons, une littérature jeune et originale, car tu écris dans un journal centre droit. Moque-toi des faiseurs de systèmes. Enlin, tu peux t'écrier par un beau mouvement: « Voilà bien des erreurs, bien des mensonges chez noti'e confrère ! et pourquoi ? pour déprécier un,e belle œuvre, pour tromper le iiublic et
l. Il est encore remarquable que ce soient là précisément les idées que Balzac taisait développer par ses amis, Philarète Chasles, Davin, en guise d'Introduction à ses ouvrages. Qu'on se reporte à la Préface écrite par Ph. Cliasles pour les Romans et Contes pliilosophicjues et aux Introductions de Davin pour les Etudes philosophiques et pour les Etudes de mœurs. (Voir ces textes dans
Lovenjoul, op. cit.)
2. Le mot est pris ici dans le sens û''entités métaphysiques.
3. Se dit du violoniste qui déplace la main gauche vers le corps du violon, pour obtenir des sons plus aigus. Le journaliste est un virtuose qui sait à merveille passer d'un registre d'idées à un autre, ou, si l'on veut, greffer une digression adroite sur son thème initial.
300 HOXORE DE BALZAC
arriver à cette conclusion : Un livre qui se vend ne se vend pas. Proh Piidor ! » Lâche Proh Pudor .' ce juron honnête anime le lecteur. Enfin annonce la décadence de la critique! Conclusion : « Il n'y a qu'une seule littérature, celle des livres amusants. Nathan est entré dans une voie nouvelle, il a compris son époque et répond à ses besoins. Le besoin de l'époque est le drame '. Le drame est le vœu d'un siècle où la politicjue est un mimodrame perpétuel. N'avons nous pas vu en vingt ans, diras-tu, les quatre drames de la Révolution, du Directoire, de l'Empire et de la Restauration?» De là, tu roules dans le dithyramlje de l'éloge, et la seconde édition s'enlève. Voici comme : samedi prochain^ tu feras une feuille dans noire revue, et tu la signeras de Rube.mpré en toutes lettres. Dans ce dernier article tu diras : « Le propre des belles œuvres est de soulever d'amples discussions. Cette semaine, tel journal a dit telle chose du livre de Natlian, tel autre lui a vigoureusement répondu. » Tu critiques les deux critiques C. et L., tu me dis en passant une politesse à propos du premier article que j'ai fait aux Débats, et tu Unis en affirmant que l'œuvre de Nathan est le plus beau livre de l'époque. C'est comme si tu ne disais rien, on dit cela de tous les livres-. Tu auras gagné quatre cents francs dans ta semaine, outre le plaisir d'écrire la Aérité quelque part. Les gens sensés donneront raison ou à C, ou à L., ou à Rubempré, peut-être à tous trois ! La mythologie, qui certes est une des plus grandes inventions humaines, a mis la Vérité dans le fond d'un puits, ne faut- il pas des seaux pour l'en tirer? tu en auras donné trois pour un au public. Voilà mon enfant. Marche !
Lucien fut étourdi, Blondet l'embrassa sur les deux joues en lui disant :
— Je vais à ma boutique.
Chacun s'en alla à sa boutique. Pour ces hommes forts, le journal n'était qu'une boutique.
t. La jeune école abusait de 1 qu'on dise après vous... La cour,
ce mot, que la Préface de Crom- drame ! — Le bagne, drame ! —
ivell (en 1827i mettait si haut : Le drame est partout, excepté
« Il y a du drame ! disait Balzac au théâtre. » On sent la pointe,
le 22 mai 1830. (Des Mots d la Balzac anticipe sur les temps en
Mode). Avec ce mot-là. vous | plaçant cette mode du mot tiro-
ègorg-ez sans pitié uae dispute me en 1821. On relèverait bien
critique. Vous jetez là un siècle j d'autres exemples de transpo-
et sa pensée à la tête de vos ' sitions analogues,
auditeurs. — Ainsi : « Bonapar- 2. Et Balzac ne manquait pas
te, quel drame ! — Quel drame de le faire dire des siens pour
que ce livre !.. Que voulez-vous ; se mettre au ton.
[Lucien marche. Il devient un condoltiere littéraire. Du journalisme libéral, il passera bientôt au camp royaliste ; il sera, au Réveil, le collaborateur de Vitltra Martinville (personnage réel dont Balzac parle avec beaucoup d'égards) ; c'est ainsi qu'il espère obtenir une ordonnance royale qui lui permette de porter le nom de sa mère : de Rubempré. Il pénétre dans le monde aristocratique ; il devient une force ; on peut croire un moment qu'il va monter au pinacle. Mais soudain tout casse. Lucien est trahi par de faux camarades que son talent inquiète ; il est proscrit par les roj'alistes, il est honni par les libéraux, et par ses anciens amis du Cénacle, qui ne lui pardonnent pas d'avoir èreinté, par ordre, un livre sublime de d'Arthez. Provoqué et blessé en duel par Michel Chrestien, ruiné, il quitte Paris et rentre à pied à Angoulème, comme un vagabond.
Dans une troisième Partie, parue seulement en 1843, Les Souffrances de l'Inventeur, Balzac montrera le beau-frère de Lucien, David Séchard (cf. p. 272 sq.), inventeur d'un nouveau procédé de fabrication du papier, victime des imprudences et des fautes du poète-journaliste. Il a accepté la responsabilité de ses dettes; pour les payer, il est réduit à vendre son secret à des concurrents. Le vieux Séchard (cf. p. 272) meurt, et David peut enfin vivre dans l'aisance, tandis que Rubempré désespéré par le sentiijient de sa culpabilité, quitte Angoulème pour se tuer. Mais en chemin il rencontre, déguisé en prêtre espagnol, le fameux Vautrin : c'est pour lui le début d'une seconde existence.
La suite de ses aventures est tracée dans Splendeurs et Misères des Courtisanes (1838-47). Balzac a repris le sujet esquissé dans L^Pf-re Goriot. L'alliance que Vautrin proposait à Rastignac : « Ah ! si vous vouliez devenir mon élève, je vous ferais arriver à tout. Vous ne formeriez pas un désir qu'il ne fût à l'instant comblé, quoi que vous puissiez souhaiter : honneurs, fortune, femmes. On vous réduirait toute la civilisation en ambroisie. Vous seriez notre enfant gâté, notre Benjamin. . . » ; cette alliance, contre laquelle la nature encore vierge de Rastignac se révoltait, Rubempré, qui est un mou et un voluptueux, l'accepte. D'où une série d'extraordinaires histoires, qui nous conduisent dans les mondes interlopes et jusqu'aux bas-fonds sociaux, ou dans les salons de la plus pure aristocratie. Il s'en faut de peu que Rubempré n'épouse la noble M"° de Grandlieu ; mais Vautrin qui, pour faire arriver Rubempré, a commis quelques assassinats de plus, est découvert, et Rubempré, considéré comme son complice, est arrêté et se pend en prison. Balzac n'a pas voulu terminer ce roman picaresque, — où il y a encore des parties d'un réalisme très ex-act, — par le triomphe du vice et de l'ambition sans scrupules. L'histoire de Rubempré n'en est pas moins de celles qui ont le plus contribué à la réputation d'immoralité de la Comédie humaine.]
Analyse.
[Paru dans La Presse du le»" au 14 juillet 1837 sous le titre de La Femme supérieure, ce roman a été rédigé à la même époque que César Birotteau : « D'après la manière dont je l'entame, j'espère avoir fini La Femme supérieure en quatre jours. Je suis animé d'une espèce de rage d'en finir avec les œuvres dont j'ai reçu l'argent. » Ces lignes sont du 29 mai ; le 2 juin, Balzac écrivait : « J'avais commencé La Femme supérieure de manière à la finir en quatre jours, et voilà qu'il m'est impossible d'en faire une ligne. 11 me semble que mes facultés sont détendues. » Enfin, en un mois a jour pour jour », l'œuvre était finie « quant au journal, mais non quant au livre ».
Elle est en effet demeurée inachevée, comme œuvre d'art, en dépit de la conclusion hâtive que Balzac y mit en 1838, et des fragments nombreux, tirés de la Physiologie de l'Employé (1841) qu'il y intercala, pour corser le volume, en 1846.
La femme supérieure, c'est Madame Rabourdin, femme d'un chef de bureau au Ministère des Finances. Intelligente, fine, ambitieuse, et d'ailleurs sans fortune, elle voudrait pousser son mari vers de hautes destinées administratives, et elle a chez elle un petit salon politique. Très honnête femme, elle n'a garde de décourager la poursuite de des Lupeaulx, secrétaire général du Ministère, de qui elle espère beaucoup obtenir sans lui rien sacrifier. Grâce à lui, elle est admise aux réceptions intimes du Ministre ; elle s'y révèle très grande dame, adroite, digne d'être l'épouse, l'associée^, comme on dirait maintenant, d'un très haut fonctionnaire.
Mais tant d'habileié succombe. Rabourdin est un homme à idées : il a dans son tiroir un plan de réforme générale de l'administration française, sacrifiant beaucoup d'emplois inutiles, exécutant beaucoup d'incapables ou de tarés, et notamment des
1. Nous pensons au si intéressant roman du regretté Lucien Mùhlfeld : L'Associée.
Fig, 13. — Une épreuve de Balzac.
Les Employés furent puliliés (sous le titre de La Femme supérieure) en 1837. Les trois reproductions suivantes donneront une légère idée du travail auquel Balzac se livrait sur le manuscrit et sur les épreuves. (Manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale. Balzac l'avait ollert au sculpteur David d'Angers ; le troisième volume du manuscrit porte ces mots : « Il n'y a pas que les statuaires qui piochent. »)
Lupeaulx, qui est dénoncé comme un homme à utiliser dans des besognes secrètes et suspectes, Balzac a mis là beaucoup d'idées qui avaient cours de son temps, parmi les opposants au Gouvernement de Juillet (la scène se passe d'ailleurs sous la Restauration, en 1824).
On devine comment le drame se noue : Rabourdin a des envieux, des rivaux. Une place de chef de division devenant vacante, il l'obtiendrait, si un traître ne volait ce fameux plan, et ne le portait à des Lupeaulx. Rabourdin, l'idéaliste, le probe, prend figure de délateur, tout le moins d'homme dangereux. En vain il essaye de se justifier; des Lupeaulx, par de perfides manœuvres, enveloppées de bonne grâce, l'empêche de s'expliquer devant le Ministre. Rabourdin est sacrifié, et il donne sa démission.
Malgré le remarquable portrait de des Lupeaulx, malgré la peinture satirique des bureaux, et à cause des dissertations qui surabondent, l'œuvre eut peu de succès : « Il arrive vingt lettres par jour de réprobation au journal. » Plus tard, dans Les Petits Bourgeois, Balzac reprendra les types secondaires indiqués déjà si heureusement ici. — La puissance occulte de la Congrégation est analysée dans le détail de son action, en ce roman qui ouvre des jours si curieux sur toute l'époque.]