Mot de M°" de Staël
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perverse ; elle se venge de cet abandon et de ces mépris en séduisant Calyste. Il y a là une étude de perversité féminine très poussée. Finalement, le succès reste au bien : Sabine de Grandlieu reprend son mari à Béatrix ; quant à Béatrix, elle rentre en grâce auprès du sien, un triste sire, qui a lui-même beaucoup à se reprocher. Balzac a encore ménagé ici un contraste entre l'alliance de deux âmes foncièrement pures, dont Tune peut recevoir le pardon, et l'autre le donner, sans hypocrisie ni lâcheté, et le pacte de deux âmes profondément corrompues, qui ne subsistent que par de honteux compromis. Mais ce dénouement, que Balzac appelait « d'un titre affriolant » les Malices d'une femme vertueuse (par allusion aux intrigues assez compliquées par où Sabine de Grandlieu reconquiert son mari), {à V Etrangère, 9 août 1844) n'est que de 1844; — il est de cinq ans postérieur aux deux premières parties. Entre 1859 et 1844, on peut recueillir dans les lettres à Mn^e Hanska plusieurs aveux relatifs aux originaux des personnages de Bealrtx : février 1840 : « Oui, M"'^ des Touches est George Sand ; oui Béatrix est trop bien M^e d'Agoult. G. Sand en est au comble de la joie; elle prend une bonne petite vengeance de son amie. Sauf quelques variantes, l'histoire est vraie. » 23 avril 1843 • " J^ '^^' jamais portraité ' qui que ce soit que j'eusse connu, excepté Gustave Planche- dans Claude Vignon, de son consentement, et G. Sand dans Camille Maupin, également de son consentement. » On a raconté depuis que Balzac se serait dit enchanté << d'avoir jeté le personnage de Vignon [type de critique bohème et hargneuse] entre les jambes de cet odieux Planche» {Voltaire, 4 janvier 1884). C'est possible; nous savons d'ailleurs que Planche en prenait â son aise avec Balzac, et qu'il avait volontiers avec lui le ton narquois. Retenons aussi qu'à l'époque oîi il écrivait Béatrix, Balzac voyait souvent Planche, pour recevoir de lui des conseils d'art dramatique (à VEtrangère, 15 mars 1839). Tout cela ne laisse pas d'être assez significatif. Planche et Balzac pouvaient se détester cordialement, le laisser voir à l'occasion, et n'en pas moins entretenir les relations de pseudo-camaraderie que l'intérêt rendait nécessaire, ou simplement la curiosité mutuelle.
Quant à l'amant de Béatrix, est-ce Liszt, comme on l'a dit couramment ? Balzac l'a nié. Il avait à se plaindre de Sandeau, presqu'autant, à sa façon, que George Sand : 0 Vous avez vu Liszt, écrivait-il à l'Etrangère le 15 mai 1843,. .. hélas! je n'ai jamais pu lui dire que Conti c'est Sandeau en musicien. » (Cf. sur les torts de Sandeau à l'égard de G. Sand, à VEtrangère, I, 462); et Lousteau. ajoutait-il, [le Lousteau des Illusions perdues]