‹ Morceaux choisisChapitre 143 sur 226 · Ce mot est un barbarisme. | 2. Voir ici p · texte numérisé non relu

Ce mot est un barbarisme. | 2. Voir ici p

est encore Sandeau. Suivent des lignes cruelles pour M™e d'Agoult, chez qui, d'ailleurs, il venait de dîner avec Hugo et Ingres, et qui l''avait exaspéré par ses prétentions. Il convient de remarquer que M^e d'Agoult, après s'être expatriée pour Liszt pendant cinq ans, était rentrée en 1840 à Paris', seule et désenchantée, comme Béatrix, — mais que là s'arrête toute ressemblance entre elle et l'hérqïne de Balzac en la dernière partie de son roman. Partie de la réalité, l'imagination de l'artiste invente ensuite en pleine fantaisie. Balzac était, au surplus, au courant de beaucoup de potins et de scandales mondains, et à moins d'être un familier du cabinet secret de l'histoire galante au 19e siècle (et encore !), on ne saurait dire exactement où il a puisé.

Sur les voyages de Balzac en Bretagne et les circonstances où il connut Guérande, on peut lire un curieux article de M. Léon Séché (supplément du Figaro, 9 octobre 1909, et Annales romantiques, de novembre-décembre 1909).]

AnulyMC et Exti'uiti^.

[ Calyste du Gucnic est le fils d'un vieux gentilhomme de Guérande ; en cette ville morte, il a été élevé à l'ancienne mode, il ignore tout de la vie moderne ; il semble destiné à continuer, en ce coin de province reculée, le culte d'une tradition qui meurt. ^lais il est plein d'aspirations confuses, et il se jette dans la vie avec une ardeur et une curiosité singulières, dés qu'il a rencontré, prés de Guérande, l'illustre femmeécrivain. Félicité des Touches (p. 327), aussi connue par son génie que par ses passions. Elle l'aime, mais elle se sent trop vieillie pour accepter le don de son cœur ; elle le façonne pour la vie, avec adoration, avec respect, avec désespoir ; car ce qu'elle devine en cette âme vierge, c'est le destin pour lequel elle aurait été faite, et qu'elle a manqué.

Chez M"' des Touches, Calj-ste rencontre bien des êtres fanés, corrompus par la vanité ou la sensualité, par exemple ce Gennaro Conti.]

Grand talent et caractère bas-.

Conti a beaucoup d'esprit, il a du talent comme compositeur, quoiqu'il ne puisse jamais arriver au premier rang.

1. Expatriée, non sans plu- 1 2. ^N'oublions pas que c'est sieurs retours en France ; et sa Félicité des Touches qui parrupture avec Liszt ne sera dé- 1 le, et qu'elle a été trahie par finitive qu'en avril 1844. | Conti.

Sans Meyei'beer et Rossini, peut-être eùt-il passé pour un homme de génie. Il a sur eux un avantage, il est en musique vocale ce qu'est Paganini sur le violon, Liszt sur le piano, Taglioni ' dans la danse, et ce qu'était enfin le fameux Garât-, qu'il rappelle à ceux qui l'ont entendu. Ce

n'est pas une voix, mon ami^, c'est une âme ^ C'est

une nature charmante en apparence, et détestable au fond, Il est charlatan dans les choses du cœur. Il se rencontre des hommes comme Nathan '', de qui je vous ai déjà parlé, qui sont charlatans d'extérieur et de bonne foi. Ces hommes se mentent à eux-mêmes. Montés sur leurs échasses, ils croient être sur leurs pieds, et font leurs jongleries avec une sorte d'innocence; leur vanité est dans leur sang; ils sont nés comédiens, vantards, extravagants de forme comme un vase chinois; ils riront peut-être d'eux-mêmes. Leur personnalité est d'ailleurs généreuse, et, comme l'éclat des A'êtements royaux de Murât, elle attire le danger. Mais la fourberie de Conli ne sera jamais connue que de sa maitresse. Il a dans son art la célèbre jalousie italienne '> qui porta le Carlone à assassiner Piola^ qui valut un coup de stylet à Paésiello **. Cette envie terrible est cachée sous la camaraderie la plus gracieuse. Gonti n'a pas le courage de son vice, il sourit à Meyerbeer et le comi)limente quand il voudrait le déchirer. Il sent sa faiblesse, et se donne les

1. La Taglioni eut d'immenses succès à rOpèra entre 1827 et 18i7.

2. Ce Garât (1764-1823), qu'il ne faut pas confondre avec son oncle (1749-1833), l'auteur des Mémoires sur Suard, avait été recherché pour sa voix merveilleuse dans la plus haute société d'avant 1789. Pensionné par Marie-Antoinette, il déplora ses malheurs dans une chanson qui le tit arrêter en 1793 ( Vous qui portez un cœur sensible...). Après la Révolution, ses chansons eurent la vogue. Sa fatuité valait sa voix. Il fut parmi les Incroyables du Directoire.

3. C'est, encore une fois. Félicité des Touches qui met Calyste en garde contre Conti.

4. Le musicien italien Sacchini disait de la voix de (iarat :

« C'est la musique même. » ]M°"= de Berny, qui était tille de Hinner, harpiste de Marie-An-

toinette, a pu raconter à Balzac certains traits de Garai dont il serait resté quelque chose ici.

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