Le manteau blanc, Vhabit troubles en résultèrent. Le ré
rouge et le casque noir étaient 1 cit de Balzac repose certaine
l'uniforme dés officiers de la ; ment sur un fond exact.
lui d'Issoudun, bâti dans un coin du rempart sur la place l'Armes, et tenu par la veuve d'un ancien officier, servait laturellement de club aux bonapartistes de la ville, aux itHeiers en demi-solde, ou à ceux qui partageaient les opiliiius de Max et à qui l'esprit de la ville permettait l'expres- >i(in de leur culte pour l'empereur. Dès 181(3, il se lit à Is- >uu(lun, tous les ans, un repas pour fêter l'anniversaire du •ouronnement de Napoléon. Les trois premiers royalistes |ui vinrent demandèrent les journaux, et, entre autres, La Uiniidienne, Le Drapeau blanc. Les opinions d'Issoudun, elles du café Militaire surtout, ne comportaient point de onrnaux royalistes. Le café n'avait que Le Commerce, nom jui Le Constitutionnel, supprimé par un arrêt, fut forcé de inndre pendant quelques années. Mais comme, en paraisan t pour la première fois sous ce titre, il commença son iremier-Paris par ces mots : « Le Commerce est essentkelleiienl Constitutionnel », on continuait à l'apfjcler Le Constiiitionnel. Tous les abonnés saisirent le calembour plein 1 iijiposition et de malice par lequel on les priait de ne pas aire attention à l'enseigne, le vin devant être toujours le 111 me. Du haut de son comptoir, la grosse dame répondit iiix royalistes qu'elle n'avait pas les journaux demandés.
— Quels journaux recevez-Aous donc ? lit un des officiers, ni capitaine.
Le garçon, un petit jeune homme en veste de drap bleu, l orné d'un tablier de grosse toile, apporta Le Commerce.
— Ah! c'est là votre journal ! En avez-vous un autre?
— Non, dit le garçon, c'est le seul.
Le capitaine déchire la feuille de l'opposition, la jette en aorceaux et crache dessus, en disant :
— Des dominos!
En dix minutes, la nouvelle de l'insulte faite à l'opposiion constitutionnelle et au libéralisme dans la personne lu sacro-saint journal, qui attaquait les prêtres avec le curage et l'esprit que vous savez, courut par les rues, se épandit comme la lumière dans les maisons ; on se la enta de place en place. Le même mot fut à la fois dans outes les bouches : « Avertissons Max ! » Max sut bientôt 'affaire. Les officiers n'aAaient pas fini leur partie de doaincs, que Max, accompagné du commandant Potel et du apitaine Renard, suivi de trente jeunes gens curieux de
oir la lin de celte aventure et qui presque tous restèrent Toupés sur la place d'Armes, entra dans le café. Le café u£ bientôt plein.
— Garçon, mon journal? dit Max d'une voix douce.
On joua une petite comédie. La grosse femme, d'un air craintif et conciliateur, dit :
— Capitaine, je l'ai prêté.
— Allez le chercher, s'écria un des amis de Max.
— Ne pouvez-vous pas vous passer du journal ? dit le garçon. Nous ne l'avons plus.
Les jeunes ofliciers riaient et jetaient des regards en coulisse sur les bourgeois.
— On l'a déchiré ! s'écria un jeune homme de la ville en regardant aux pieds du jeune capitaine royaliste.
— Qui donc s'est permis de déchirer le journal ? demanda Max d'une voix tonnante, les yeux enflammés et se levant les bras croisés.
— Et nous avons craché dessus, répondirent les trois jeunes officiers en se levant et regardant Max.
— Vous avez insulté toute la ville, dit Max, devenu blême.
— Eh bien, après ?. . . demanda le plus jeune officier. Avec une adresse, une audace et une rapidité que ces
jeunes gens ne pouvaient prévoir, Max appliqua deux soufflets au premier oflicier qui se trouvait en ligne, et lui dit :
— Comprenez-vous le français ?
On alla se battre dans l'allée de Frapesle, trois contre trois. Potel et Renard ne voulurent jamais permettre que Maxence Gilet fit raison à lui seul aux officiers. Max tua son homme. Le commandant Potel blessa si grièvement le sien, que le malheureux, un iils de famille, mourut le lendemain à l'hôpital où il fut transporté. Quant au troisième, il en fut quitte pour un coup d'épée et blessa le capitaine Renard, son adversaire. Le bataillon partit pour Bourges dans la nuit. Cette affaire, qui eut du retentissement en Berri, posa définitivement Maxence Gilet en héros.
[ Philippe Bridau est arrivé à Issoudun et Max Gilet a été renvoyé de chez le père Rouget (voir Notice). La ville s'attend à ce qu'il y ait « des sabres de dégainés sous peu. » Les propos vont leur train sur la place du marché.]
Le défi. Le duel^.
Max, qui vint rejoindre les vieux soldats de Napoléon, fut alors accueilli par un silence assez significatif. Potel,
4. La scène se passe au ban- ] mi-soldes pour fêter le souvenir quet où se réunissaient les de- | de l'Empereur.
Renard, prirent leur ami chacun par un bras, et allèrent à quelques pas causer avec lui. En ce moment, on vit venir de loin Philippe en grande tenue, il traînait sa canne d'un air imperturbable qui contrastait avec la profonde attention que Max était forcé d'accorder aux discours de ses deux derniers amis. Pliilippe reçut les poignées de main de Mignounet, de Carpentier > et de quelques autres. Cet accueil, si différent de celui qu'on venait de faire à Maxence, acheva de dissiper dans l'esprit de ce garçon linéiques idées de couardise, de sagesse, si l'on veut, que les instances et surtout les tendresses de Flore ^ avaient lait naître, une fois qu'il s'était trouvé seul avec lui-même.
— Nous nous battrons, dit-il au capitaine Renard, et à mort! Ainsi, ne me parlez plus de rien, laissez-moi bien
[jouer mon rôle.
Après ce dernier mot prononcé d'un ton fébrile, les tfbis bonapartistes revinrent se mêler au groupe des olliciers. Max, le premier, salua Philippe Bridau, qui lui rendit son salut en échangeant avec lui le plus froid regard.
— Allons, messieurs, à table ! lit le commandant Potel.
' — Buvons à la gloire impérissable du petit Tondu ^, qui maintenant est dans le paradis des braves ! s'écria Renard. En sentant que la contenance serait moins embarrassante à table, chacun comprit l'intention du petit capitaine de voltigeurs. On se précipita dans la longue salle basse du restaurant Lacroix, dont les fenêtres donnaient sur le marché. Chaque convive se plaça promptement à table, où, comme l'aAait demandé Philippe, les deux adversaires se trouvèrent en face l'un de l'autre. Plusieurs jeunes gens de la ville, et surtout des ex-chevaliers de la Désœuvrance*, assez inquiets de ce qui devait se passer à ce banquet, se promenèrent en s'entretenant de la situation critique où Philippe avait su mettre Maxence Gilet. On déplorait cette collision, tout en regardant le duel comme nécessaire. Tout alla bien jusqu'au dessert, quoique les deux athlètes conservassent, malgré l'entrain apparent du dîner, une espèce d'attention assez semblable à de l'inquiétude. En attendant la querelle que, l'un et l'autre, ils devaient méditer, Philippe parut d'un admirable sang-froid, et Max d'une étourdissante gaieté ; mais, pour les connaisseurs, chacun d'eux jouait un rôle.