LES MEMOIRES DE DEUX JEUNES MARIEES
AnalyMe.
[Ce roman épistolaire, du genre intime, a longtemps préoccupé Balzac ; et comme très souvent, sa première conception était un peu fumeuse et indécise. Sous le titre de Sœur Marie des Anges, il rêvait d'abord la peinture d'un « Louis Lambert femelle » (1834), « d'un beau cœur de femme, d'une imagination exaltée, brûlante, tout ce qu'il y a de grand, rapetissé par les pratiques monastiques ; et l'amour divin le plus intense tué-, de manière que la sœur Marie arrive à ne plus comprendre Dieu, dontle goût et l'adoration l'ont amenée là. )y{A M™^ Hatisha, 16 janvier 1835). Et il se peut qu'il y ait là tout simplement un avis détourné à M"ie Hanska, que Balzac voyait, non sans tremblement, sous l'influence d'une tante prude et bigote, se complaire, par crises, dans les pratiques de la mysticité.
Vers la même époque (mars 1835), il concevait les Mémoires d'une Jeune Mariée, a un ouvrage en filigrane qui sera une merveille pour ces petites femmes que les ailes de Sérapbita trouve- ■ Tont incompréhensives, »
Mais le sujet choyé et le sujet maltraité, bientôt, se fondent. Sœur Marie, ce sera la jeune mariée déçue par l'amour humain et se jetant au couvent. Encore fallait-il du temps pour que la pensée de Balzac se dégageât des limbes ; c'est le 20 mai 1858 (Lettres à M^e Hanska) que « l'inspiration, vainement implorée depuis quelques années, lui vint. » Il n'avait, disait-il, jamais trouvé une bonne peinture de l'amour heureux : Rousseau est trop rhéteur, Richardson trop raisonneur, Pétrarque trop faiseur de coucetti {sic) : a Nul n'a décrit les jalousies hors de propos, les craintes insensées, ni la sublimité du don de soi-même. Enfin, je veux terminer ma jeunesse par toute ma jeunesse 1, par une œuvre en dehors de toutes mes œuvres, par un livre à part
1. Lire cette lettre dans l'édi- | beaucoup d'autres, est maquillé tion séparée des Lettres à l'E- dans la Correspondance Gênét rang ère. Ce passage, comme I rate.