‹ Morceaux choisisChapitre 186 sur 226 · On sait (lue cette église a · texte numérisé non relu

On sait (lue cette église a

longtemps conservé, ainsi que Saint-Etienuc-du-Rlont, l'esprit janséniste.

l'envers de l'histoire contemporaine 423

. cl nous ne devons lui faire tourner la face vers notre sainte mère l'Eglise qu'après l'avoir sauvé du désespoir ou de la faim. Et, encore, devons- nous le convertir plus par l'exemple et par la douceur qu'autrement; car nous croyons fjue Dieu nous aide en ceci. Toute contrainte est donc mauvaise. De toutes les misères parisiennes, les plus dilliciles à dé-couvrir et les plus âpres sont celles des gens honnêtes, celles des hautes classes de la bourgeoisie dont les familles viennent à tomber dans l'indigence, car elles mettent leur honneur à la cacher. Ces malheurs-là, mon cher Godefroid, sont l'objet d'une sollicitude particulière. Kn ell'et, les personnes secourues ont de l'intelligence et du c(cur, elles nous rendent avec usure les sommes que nous leur avons prêtées ; et, dans un temps donné, ces restitutions couvrent les pertes que nous faisons avec les inMrmes, les fripons, ou ceux que le malheur a rendus stupides. Nous obtenons bien quelquefois des renseignements par nos propres obligés ; mais notre œuvre est devenue si vaste, les détails en sont si multipliés, que nous n'y suflisions plus.

— Ah ! s'écria Godefroid, vous me donnez un tel

désir de bien faire et d'être digne de vous appartenir un jour, que, vraiment, je n'en dormirai pas. . .

— Ah ! mon enfant, une dernière recommandation ! La défense de me reconnaître, sans le signal, concerne également ces messieurs. Madame, et même les gens de la maison. C'est une nécessité de l'incognito absolu qui nous est nécessaire dans nos entreprises, et nous sommes si souvent obligés de le garder, que nous en avons fait une loi. D'ailleurs, nous devons rester ignorés, perdus dans Paris... Songez aussi, cher Godefroid, à l'esprit de notre ordre, qui consiste à ne jamais paraître des bienfaiteurs, à garder un rôle obscur, celui d'intermédiaires. Nous nous présentons toujours comme les agents d'une personne pieuse, sainte (ne travaillons -nous pas pour Dieu ? ), alin qu'on ne se croie pas obligé à de la reconnaissance envers nous, ou qu'on ne nous prenne point pour des personnages riches. L'humilité vraie, sincère, et non la fausse humilité des gens qui s'effacent pour êti'e mis en lumière, doit vous inspirer et régir toutes vos pensées... Vous pouvez être content d'avoir réussi ; mais tant que vous sentirez en vous un mouvement de vanité, d'orgueil, vous ne serez pas digne d'entrer dans l'ordre. Nous avons connu deux hommes parfaits : l'un, qui fut

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un de nos fondateurs, le juge Popinol ' ; quant à l'autre, qui s'est révélé par ses oeuvres, c'est un médecin de campagne - qui a laissé son nom écrit dans un canton. Celui-ci, mon cher Godefroid, est un des plus grands hommes de notre temps : il a fait passer toute une contrée de l'état sauvage à Tétat prospère, de l'état irréligieux à l'état catholique, de la barbarie à la civilisation. Les noms de ces deux hommes sont gravés dans nos cœurs, et nous nous les proposons comme modèles. Nous serions bien heureux si nous pouvions avoir un jour sur Paris l'influence que ce médecin de campagne a eue sur son canton. Mais, ici, la plaie est immense, au-dessus de nos forces, quant à présent. Que Dieu nous conserve longtemps Madame, qu'il nous envoie quelques aides comme vous, et peut-être, laisserons-nous une institution qui fera bénir sa sainte religion ! Allons, adieu. . . Votre initiation commence. . . Ah ! je suis bavard comme un professeur, et j'oublie l'essentiel : tenez, voici l'adresse de celte famille, dit-il en remettant à Godefroid un carré de papier ; j'y ai ajouté le numéro de la maison où demeure M. Berton^, rue d'Enfer. . . Maintenant, allez prier Dieu qu'il vous vienne en aide.

Godefroid prit les mains du bon vieillard et les lui serra tendrement, en lui souhaitant le bonsoir et lui i^rotestant de ne manquer à aucune de ses recommandations.

— Tout ce que vous m'avez dit, ajouta-t-il, est gravé dans ma mémoire pour toute ma vie. . .

Le vieillard sourit, sans exprimer aucun doute.

[La mission qui est confiée à Godefroid, c'est de secourir le baron de BourLic, tombé dans une effroyable misère, avec sa fille, Vanda, baronne de Mergi, qui est atteinte d'une étrange et très grave maladie. Ce Bourlac est précisément FimpitON'able magistrat qui, en 1809, avait fait emprisonner M™' de la Chanterie et exécuter sa fille, compromise dans l'affaire des chauffeurs de Mortagne. M""" de la Chanterie le sait, mais elle pratique le sublime commandement du pardon. Vanda est guérie par un médecin qu'a su découvrir Godefroid. Balzac a mêlé ici le réalisme apit03'é et l'atrocité romanesque. Quand à Bourlac, non seulement on lui procure les fonds voulus pour éditer son grand ouvrage sur L'Esprit des lois modernes, mais le crédit de M"*^ de la Chanterie fait créer pour lui une chaire à la Sorbonne. Après le succès de sa mission, Godefroid, définitivement reçu dans l'ordre des Frères de la Consolation, connaît la paix de l'âme et la parfaite joie intérieure.]

i.\o\T U Interdiction, ici ^.ioi. 3. Le médecin affilié à l'œu-

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