Fils d'un riche armateur
5. Un des héros de Byron qui a inspiré a Schumann' un très bel oratorio.
catholique. Modeste reprochait la mélancolie de Molière i à toutes les femmes du 17° siècle.
— Comment n'aecourt-il pas, se demandait-elle, vers cliaque liomme de génie une femme aimante, riche, belle, qui se fasse son esclave comme dans Lara -, page mystérieux?
Elle avait, vous le voyez, bien compris le pianto^ que le poète anglais a chanté par le personnage de Gulnare. Elle admirait beaucoup l'action de cette jeune Anglaise qui vint se proposer à Crébillon fils, et qu'il épousa. L'histoire de Sterne et d'Eliza Draper^ lit sa vie et son bonlieur pendant quelques mois. Devenue en idée l'héroïne d'un roman pareil, plus d'une fois elle étudia le rôle sublime d'Eliza. L'admirable sensibilité, si gracieusement exprimée dans cette correspondance, mouilla ses yeux des larmes qui manquèrent, dit-on, dans les yeux du plus spirituel des auteurs anglais.
Modeste vécut donc encore quelque temps par la compréhension, non seulement des œuvres, mais encore du caractère de ses auteurs favoris. Goldsmith, l'auteur d'Ofterinan'', Charles Nodier, Maturin^, les plus pauvres, les plus souffrants, étaient ses dieux ; elle devinait leurs douleurs, elle s'initiait à ces denùments entremêlés de contemplations
f. Nous sommes au temps où ' 3. Mot italien ;/3mi(fo=3 plainte,
les romautiques avaient lait de lamentation. Ailleurs, Balzac a
beaucoup de grands hommes appelé i'Obermann de Sénan-
du passé leurs frères en déses- cour « le pianio de rincrèdulité.»
pérance et en scepticisme : Mo- 4. Leur correspondance, Ira-
lière et Pascal entre autres. Sur duite en français, eut beaucoup
Molière, voir Une Soirée perdue ' de succès au 18= siècle. Sterne
de Musset, qui est cependant avaitconçupourlabelleM-^'Ura-
de goût classique. per une passion de vieillard :
2. Encore du Bvron. C'est le quand elle partit pour les Indes, moment de rappeler encore les jl tomba dans une tristesse qui sévérités de Balzac pour le Ij'- '^ *-"''^risme. Il n'hésitait pas à mettre 5. Senancour. Byron à mille piqufs an-dessous 6. Maturin, bien oublié audè "\^^ Scott :« L'art procède du jourd'hui, est un écrivain ancerveau et non du cœur, disait- : glais (1782-1824) très connu sous il (dans Massimila Doni).» Le\\- ! la Bestauration, surtout pour sa risme était selon lui le langage j tragédie de Bertram et son rodes sociétés naissantes ou dé- man de Melmoth. Balzac s'en générées. — Bientôt Flaubert était inspiré dans ses premiers dira que l'écrivain ne doit se ; romans, antérieurs aux C/iOiian.s servir de son cœur que pour con- (voirLEBRExoN.op. c!7.).et il connaître celui des autres. - Sur la tinua à citer, non sans admiradiffusion du byronisrae dans la 1 tion, ce maître du fantastique.
littérature, voir Esteve, op. cit.
et dans les mœurs, voir Mai- GRON, op. cit.
du macabre et du satanique. 11 a écrit un Melmoth réconcilié (1835).
célestes, elle y versait les trésors de son cœur ; elle se voyait l'auteur du bien-être matériel de ces artistes, martyrs de leurs facultés
[Modeste s'est éprise à distance du poète Melchior de C;inalis, qui brille à Paris ; elle lui a écrit secrètement. Balzac explique comment l'œuvre de Canalis a pu ensorceler Modeste, et tout ce qui en résulte.]
Un poète arrivé.
Canalis se dislingue de Lamartine, le chef de l'école angélique, par un patelinage de garde-malade, par une d*)uceur traîtresse, par une correction délicieuse. Si le chef aux cris sublimes est un aigle, Canalis, blanc et rose, est comme un flamant. En lui, les femmes voient l'ami qui leur manque, un confident discret, leur interprète, un être qui ,les comprend, qui peut les expliquer à elles-mêmes i. Les grandes marges laissées par Dauriat- dans la dernière édition étaient chargées d'aveux écrits au crayon par Modeste, qui sympathisait avec cette àme rêveuse et tendre. Canalis ne possède pas le don de vie, il n'insuflle pas l'existence à ses créations; mais il sait calmer les souffrances vagues, comme celles qui assaillaient Modeste. 11 parle aux jeunes lilles leur langage, il endort la douleur des blessures les plus saignantes, en apaisant les gémissements et jusqu'aux sanglots. Son talent ne consiste pas à faire de beaux discours aux malades, à leur donner le remède des émotions fortes; il se contente de leur dire d'une voix harmonieuse, à laquelle on croit : « Je suis malheureux comme vous, je vous comprends bien; venez à moi, pleurons ensemble sur le bord de ce ruisseau, sous les saules ? )- Et l'on va ! et l'on écoute sa poésie vide et sonore comme le chant par lequel les nourrices endorment les enfants. Canalis, comme Nodier 3 en ceci, vous ensorcelle par une naïveté nalui-elle