‹ Morceaux choisisChapitre 201 sur 226 · Une épigrammc n'est pas 2. Rigou a épousé la belle Ar · texte numérisé non relu

Une épigrammc n'est pas 2. Rigou a épousé la belle Ar

loujours de l'histoire. séné (voir plus haut).

LES PAYSANS

de la résignation, mais il ne manquait jamais à blâmer le mal ; aussi les paysans le craignaient-ils comme les voleurs craignent la police. 11 ne venait pas six fois dans l'année au Grand-I-Vert, quoiqu'on l'y fèlàt toujours. Le vieillard maudissait le peu de charité des riches, leur égoïsme le révoltait, et par cette tiljre il paraissait toujours tenir aux paysans. Aussi disait-on : « Le père Niseron n'aime pas les riches, il est des nôtres. »

Pour couronne civique, cette belle vie obtenait dans toute la vallée ces mots ; « Le brave père Niseron ! il n'y a pas de plus honnête homme ! » Pris souvent pour arbitre souverain dans certaines contestations, il réalisait ce mot magique : l'ancien du village, «•

Ce vieillard, extrêmement propre, quoique dénué, portait toujours des culottes, de gros bas drapés, des souliers ferrés, l'habit quasi français à grands boutons, conservé par les vieux paysans, et le chapeau de feutre à larges bords ; mais les jours ordinaires, il avait une veste de drap bleu si rapetassée, qu'elle ressemblait à une tapisserie. La lierté de l'homme qui se sent libre et digne de la liberté donnait à sa physionomie, à sa démarche, le je ne sais quoi du noble; il portait, enfin, un vêtement et non des haillons.

[Voici enfin l'usurier Rigou • ; il compose, avec Gaubertin et Soudry, le triumvirat qui, en excitant les haines paysannes, obligera le général à se défaire de sa propriété dont eux-mêmes deviendront acquéreurs.]

L'usurier des campagnes-.

Alors âgé de soixante-sept ans, Rigou n'avait pas fait une seule maladie en trente ans, et rien ne pai'aissait

1. Balzac a déjà peint l'usurier des campag'nes dans un épisode du Médecin de Campagne.

C'est Taboureau, ancien journalier. « brave garçon, obligeant, commode », mais devenu « processif, chicaneur, dédaigneux », d'autant plus vicieux qu'il s'enrichit. Il est bien loin d'avoir l'envergure de Rigou. — L'usure était la plaie des campagnes avant l'institution du crédit foncier : « Il est permis de croire, dit Lemer, que la lecture de ces

trois admirables études (Les Paysans, Le Curé de Village, Le Médecin de Campagne) a été pour quelque chose dans le mouvement d'idées de réformes agricoles qui s'est produit depuis un demi-siècle. » (1892. Balzac, sa vie, son œuvre). — Voir aussi dans Une double Famille (1830), Bontems, acquéreur de biens nationaux.

2. Nous conservons ce titre, donné par Balzac à un long chapitre, bien que l'extrait suivant

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devoir atteindre cette sauté vraiment insolente. Grand, sec, les yeux bordés d'un cercle brun, les paupières presque noires, quand le matin il laissait voir son cou ridé, rouge et grenu, vous l'eussiez d'autant mieux comparé à un condor que son nez, très long, pincé du bout, aidait encore à cette ressemblance par une coloration sanguinolente. Sa tète, quasi chauve, eût elfrayé les connaisseurs IJar un occiput en dos d'âne, indice d'une volonté despotique. Ses yeux grisâtres, presque voilés jjar ses paupières à membranes lilandreuses, étaient prédestinés à jouer l'hypocrisie. Deux mèches de couleur indécise, à cheveux si clair-semés qu'ils ne cachaient pas la peau, flottaient au-dessus des oreilles larges, hautes et sans ourlet, ti-ait qui révèle la cruauté, mais dans l'ordre moral seulement, quand il n'annonce pas la i'olie '. La bouche, très fendue et à lèvres minces, annonçait un mangeur intrépide, un buveur déterminé, par la tombée des coins qui dessinait deux espèces de virgules où coulaient les jus, où pétillait sa salive quand il mangeait ou qu'il parlait. Héliogabale devait être ainsi.

Son costume, invariable, consistait en une longue redingote bleue à collet militaire, en une cravate noire, un pantalon et un vaste gilet de drap noir. Ses souliers, à fortes semelles, étaient garnis de clous à l'extérieur et à l'intérieur d'un chausson tricoté par sa femme durant les soirées d'hiver. Annette et sa maîtresse tricotaient aussi les bas de monsieur.

Rigou s'appelait Grégoire. Aussi ses amis ne renonçaientils point aux divers calembours que le G du prénom autorisait, malgré l'usage immodéré qu'on en faisait depuis trente ans. On le saluait toujours de ces phrases : « J'ai Rigou ! — Je ris, goutte ! — Ris, goûte ! — Rigoulard », etc., mais surtout de Grigou (G. Rigou).

Quoique cette esquisse peigne le caractère, personne n'imaginerait jamais jusqu'où, sans opposition et dans la solitude, l'ancien bénédictin- avait poussé la science dl l'égoïsme, celle du bien-vivre et la volupté sous toutes les formes. D'abord il mangeait seul, servi par sa femme ei par Annette, qui se mettaient à table avec Jean, après luij

ne puisse initier le lecteur au i C'est ainsi que toutes «les sueur

système d'usure employé par j du pays coulaient » pour Rigoï

itigou. Il consiste en gros à ne j 1. Eii tout ceci, on retrouve 11

jamais rien prêter à un paysan lecteur de Gall et de Lavater

c< qui n'achetait pas au moins trois hectares et qui ne payait pas la moitié du prix comptant. »

fcf. paxsim).

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