Il a plus de 70 ans
3. Pour comprendre rintérèl dramatique de celte phrase, se rappeler que M"' Grandet est une ilote.
tite bourg'eoisie, très voisine du peuple par le pittoresque de son langage. M"» Grandet veut dire qu'elle ne sortira plus de sa chambre que couchée dans son cercueil.
crois innocente autant que l'enfant qui naît ; ainsi ne lui faites pas de peine, révoquez votre arrêt. Le froid est bien vif, vous pouvez être cause de quelque grave maladie.
— Je ne la verrai ni ne lui parlerai. Elle restera dans sa chambre au pain et à l'eau jusqu'à ce qu'elle ait satisfait son père. Que diable ! un chef de famille doit savoir où va l'or de sa maison. Elle possédait les seules roupies qui fussent en France peut-être, puis des génovines, des ducats de Hollande'. . .
— Monsieur, Eugénie est notre unique enfant, et, quand même elle les aurait jetés à l'eau. . .
— A l'eau ! cria le bonhomme, à l'eau ! Vous êtes folle, madame Grandet. Ce que j'ai dit est dit, vous le savez. Si vous voulez avoir la paix au logis, confessez votre iille, tirez-lui les vers du nez-; les femmes s'entendent mieux entre elles à ça que nous autres. Quoi qu'elle ait pu faire, je ne la mangerai point. A-t-elle peur de moi ? Quand elle aurait doré son cousin de la tête aux pieds, il est en pleine Hier, hein ! nous ne pouvons pas courir après^. . .
— Eh bien, monsieur. . .
Excitée par la crise nerveuse où elle se trouvait, ou par le malheur de sa Iille qui développait sa tendresse et son intelligence, la perspicacité de Madame Grandet lui (it apercevoir un mouvement terrible dans la loupe de son mari S au moment où elle répondait ; elle changea d'idée sans changer de ton :
— Eh bien, monsieur, ai-je plus d'empire sur e^le que vous n'en avez ? Elle ne m'a rien dit, elle tient de vous.
— Tudieu ! comme vous avez la langue pendue ce matin ! Ta ta ta ta ! vous me narguez, je crois. Vous vous entendez peut-être avec elle.
Il regarda sa femme fixement.
— En vérité, monsieur Grandet, si vous voulez me tuer, /ous n'avez qu'à continuer ainsi. Je vous le dis, monsieur, et dùt-il m'en coûter la vie, je vous le répéterais encore : vous avez tort envers votre Iille, elle est plus raisonnable
1. «Fabriqués, a dit Balzac, en des follicules cutanés. Littré.)
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le nez, on en fait sortir une ^^* " nacme, matière demi -solide, produit 4. Cf. p. lii
iG6 HONORÉ DE BALZAC
que vous ne l'êtes. Cet argent lui appartenait, elle n'a pu qu'en faire un bel usage, et Dieu seul a le droit de connaître nos bonnes œuvres. Monsieur, je vous en supplie, rendez vos bonnes grâces à Eugénie!... Vous amoindrirez ainsi l'effet du coup que m'a porté votre colère, et vous me sauverez lieut-ètre la vie. Ma lille, monsieur ! rendez-moi ma fille.
— Je décampe, dit-il. Ma maison n'est pas tenable, la mère et la lille raisonnent et parlent comme si... — Brooouh! Pouah ! Vous m'avez donné de cruelles étrennes, Eugénie ! cria-t-il. Oui, oui, pleurez ! Ce que vous faites vous causera des remords, entendez-vous ? A quoi donc vous sert de manger le bon Dieu six fois tous les trois nuois', si vous donnez l'or de votre père en cachette à un fainéant qui vous dévorera votre cœur- quand vous n'aurez plus que ça à lui prêter ? Vous verrez ce que vaut votre Charles, avec ses bottes de maroquin et son air de n'y pas toucher. Il n'a ni cœur ni âme, puisqu'il ose emporter le trésor d'une pauvre lille sans l'agrément des parents.
[Grandet a raison. Charles n'a « ni cœur ni âme ». Quand Eugénie, sa mère, puis son père étant mort, demeure maîtresse de sa fortune, elle pourrait épouser son cousin ; mais celui-ci, qui n'a pas même eu l'esprit de la deviner riche, épouse, à son retour des Iles, une héritière qui flatte sa vanité. Eugénie Grandet, pour ne pas vivre dans la fausse situation d'une vieille fille à millions et pour s'affranchir, épouse le président de Bonfons, qui la laisse veuve de bonne heure. Elle achève sa destinée mélancolique en répandant le bien avec « toutes les noblesses de la douleur », dans la maison sans soleil et sans chaleur que nous connaissons, et conservant chez elle les habitudes parcimonieuses de sa ieunesse.l
1. L'impie reparaît, et toujours 1 2. Admirable expression, — le plébéien. - | dont la justesse se vérifiera.
Fiy. S. — La villa Diodati, à Genève.
Située à Cologny, sur le lac de Genève, elle fut liabilt e par lord yron ; Balzac la visita en janvier IS.'U, avec M""- Hanska, (ju'il renjntrait pour la seconde lois. Il était au comble de ses espérances ; ombre du grand amoureux et du grand tourmenté ne lui inspira oint de mélancolie, et il se livra dans le beau salon Louis XVI, qui onne sur le lac, à do joyeusts extravagances.
LA RECHERCHE DE L'ABSOLU (1834
l.'«euvi»e oxplifiuée.
[Le premier projet de Balzac {Correspondance, lo juin 1832) était d'écrire un Bernard Palissy, qu'il jugeait une œuvre facile à faire {ibid., juillet 1832), et de minces proportions. Qu'il n'ait pas reçu à temps les matériaux nécessaires (loc. cit.), cela explique le retard de son œuvre, mais non l'abandon, ou plutôt la transformation du sujet. La vérité doit être qu'en se reportant aux œuvres de Palissy, Balzac a reconnu que celui-ci n'était pas le grand chimérique, le chercheur d'absolu, que, sur la foi d'une tradition imprécise, il s'était imaginé. Palissy fut un ennemi de l'alchimie, des chercheurs d'or, — un esprit vraiment positif. Balzac a dû éprouver de cette découverte une surprise, et une gêne qui a peut-être stérilisé cette sympathie d'imagination pour son héros, si nécessaire à la création d'un type. (Balzac devait épancher sa sympathie pour l'alchimie, et les connaissances qu'il y avait acquises, dans la Confidence des Rtiggieri, en 1836).
Mais Palissy même l'a fait réfléchir ; — le sujet provisoirement abandonné a vécu, s'est développé dans la pensée de Balzac, et, suivant son penchant à reproduire l'état contemporain des questions, à agir sur l'actuel (penchant qui éloigne Balzac des restitutions historiques), le sujet s'est modernisé. Un conte sur Palissy aurait tout au plus fait pendant au Chefd'Œuvre inconnu'', où Bâ]za.c, en juillet-août 1851, avait très fortement analysé l'hallucination développée chez un artiste par l'intensité avec laquelle il conçoit son idéal ; — La Recherche de VAbsohi va prendre l'ampleur des plus grandes œuvres. Rien d'ironique dans la manière dont Balzac parlera ici de la science (à l'inverse de La Peau de Chagrin); de même que Le Médecin de Campagne est une réparation du scepticisme politique de La