‹ Morceaux choisisChapitre 61 sur 226 · Voir sur lui E. Dupuy · texte numérisé non relu

Voir sur lui E. Dupuy

Bernard Patissy, et ses œuvres, notamment De VArt de

terre, et Des Métaux et Alchimie.

± Voir ici p. 347.

Peau de Chagriti, La Recherche de V Absolu en est une du scepticisme scientifique où se plaisait Balzac en 1851.

Balthazar Claes est un vrai savant, non un pur rêv^eur. C'est l'ancien élève de Lavoisier. Son seul tort est de s'obstiner prématurément à la poursuite d'un idéal que la science, selon Balzac, ne déclarerait pas à jamais inaccessible. Au fond, Balzac est pour Balthazar Claes.

En Palissy, la légende ne nous laisse guère voir que le martyr;— Balzac a peint Claes martyr de sa pensée, mais bourreau à son tour de sa femme et de ses enfants.

Balzac a greffé sur le sujet principal un sujet primitivement conçu comme indépendant (Correspondance, i^r septembre 1832, Les Amours d'une laide). ]S\^^ Claes est difforme, mais si belle de beauté morale que Balthazar l'a passionnément aimée. Ici l'étude d'un amour conjugal, troublé par la chimère qui, vers la cinquantaine, s'empare de l'esprit du mari. M™e Claes est jalouse de la science qui lui enlève le cœur de son mari, comme l'est Pauline du Dieu de Polyeucte, qu'elle ne peut concevoir. Et puis Claes se ruine en machines et en produits chimiques; il compromet l'avenir de ses enfants. D'où, chez sa femme, lutte entre l'amour conjugal et l'instinct maternel, qui finalement succombe, au milieu des tortures et des angoisses. M™e Claes mourra de chagrin.

Balzac a compris combien la passion d'absolu, ravageant l'esprit de Claes, prendrait de relief dans un milieu traditionnel très fortement déterminé. Claes est d'une vieille famille flamande, de Douai : sa manie suffit pour anéantir les trésors matériels et moraux accumulés par dix générations, qui n'ont eu d'autre idéal que de se continuer l'une l'autre. Donc, violent contraste entre l'individualisme maladif de Claes et le caractère sacré des choses traditionnelles.

On devine comment Balzac a pu placer ici l'histoire très précise de la ruine d'une famille (genre de sujets qu'il aimait), — mais aussi de la reconstitution d'une fortune. Mme Claes morte, sa fille Marguerite se révèle : c'est une jeune fille de tête ; une idylle amoureuse, dont elle est l'héroïne, atténue ce que son caractère aurait eu d'un peu raide. C'est elle qui, dans la lutte tragique entreprise contre son père, triomphe ; elle assure l'avenir de ses frères et de sa sœur, neutralise pendant quelque temps l'action de son père en l'envoyant, grâce au crédit de la famille, gérer une lointaine Recette générale. Balthazar rentrera chez lui, se réhabilitera, semblera guéri: mais quand Marguerite, mariée, l'aura laissé seul quelque temps, sa passion le reprendra, et pour la seconde fois il consommera sa ruine personnelle.

LA RECHERCHE DE L'aBSOLU i 6'J

Balzac a peint avec une grande puissance la dégradation morale produite dans un beau caractère par une idée fixe. Le contraste de l'avilissement de Balthazar avec la grandeur secrète qu'il tient de son désir démesuré, voilà le thème essentiel du roman.

On ne peut insister ici sur le soin exirême avec lequel est rédigée la partie proprement chimique de l'œuvre. Balzac consulta des savants, membres de l'Académie des sciences, lut Berzélius, refondit plusieurs fois son texte. Le dispositif des expériences de Claes est aussi conforme qu'on pouvait le souhaiter à l'état contemporain de la science ; son esprit chimérique est nourri des résultats atteints par la chimie de 1830. Balzac a d'ailleurs été sobre en exposés scientifiques, ou pseudo-scientifiques; il n'y a guère consacré plus de huit ou dix pages ^]

Aiml>'!!«e et Exti*s»it!i<.

[Le roman commence par la description de la maison des Claes: ils descendent de l'une de ces anciennes familles d'artisans qui donnèrent jadis aux Pays-Bas leur suprématie commerciale. C'est à Douai.]

Ancienne demeure flamande.

L'esprit de la vieille Flandre respirait tout entier dans celte habitation, qui offrait aux amateurs d'antiquités bourgeoises le type des modestes maisons que se construisit la riche bourgeoisie au moyen âge.

Le principal ornement de la façade était une porte à deux vantaux en chêne garnis de clous disposés en quinconce, au centre desquels les Claes avaient fait sculpter par orgueil deux navettes accouplées'. La baie de cette porte, édiiiée en pierre de grès, se terminait par un cintre pointu qui supportait une petite lanterne surmontée d'une croix, et dans laquelle se voyait une statuette de sainte

1 . Sur La Recherche de l'Absolu, comme sur Eugénie Grandet, voir l'article ^de Sainte- Beuve en 183i. (Portraits con-

et Portraits, T. III).

2. Les Claes avaient été, à Gand, « les chefs de la puissante

temporains, T. II, ou Critiques \ conlrérie des tisserands. »

Geneviève filant sa quenouille. Quoique le temps eût jeté sa teinte sur les travaux i délicats de cette porte et de la lanterne, le soin extrême qu'en prenaient les gens du logis pei'mettait aux passants d'en saisir tous les détails. Aussi le chambranle-, composé de colonnettes assemblées, conservait-il une couleur gris foncé et brillait-il de manière à faire croire qu'il avait été vei-ni. De chaque côté de la porte, au rez-de-chaussée, se trouvaient deux croisées semblables à toutes celles de la maison. Leur encadrement en pierre blanche Unissait sous l'appui par une coquille^ richement ornée, en haut par deux arcades que séparait le montant de la croix qui divisait le vitrage en quatre l^arties inégales, car la traverse, placée à la hauteur voulue pour figurer une croix, donnait aux deux côtés inférieurs de la croisée une dimension presque double de celle des parties supérieures arrondies par leurs cintres. La double arcade avait pour enjolivement trois rangées de briques qui s'avançaient l'une sur l'autre, et dont chaque brique était alternativement saillante ou retirée d'un pouce environ, de manière à dessiner une grecque^. Les vitres, petites et en losange, étaient enchâssées dans des branches de fer extrêmement minces et peintes en rouge. Les murs, bâtis en briques rejointoyées avec un mortier blanc, étaient soutenus de distance en distance et aux angles par des chaînes en pierre. Le premier étage était percé de cinq croisées; le second n'en avait plus que trois, et le grenier tirait son jour d'une grande ouverture ronde à cinq compartiments, bordée en grès, et placée au milieu du fronton triangulaire que décrivait le pignon, comme la rose^ dans le portail d'une cathédrale. Au faîte s'élevait, en guise de girouette, une quenouiHe chargée de lin. Les deux côtés du grand triangle que formait le mur du pignon étaient découpés carrément par des espèces de marches jusqu'au couronnement du premier étage, où, à droite et à

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