Il se peut que M.deHanski ] zac
Fig. 10. — Vue du château de "Sache.
Le château de Sache (Indre-et-Loire), dont la siliialion poétique a ispiré certaines descriptions du Lys dans la vallée, appartenait à 'excellents amis de Balzac, M. et M™' de Margonne. Il s'y est souent réfugié (1829, 1832, 1834, 1836). et y a beaucoup travaillé. C'est i qu'il a conçu le sujet des Illusions perdues.
Au total, œuvre bien moins complexe que celle de Sainte- Beuve. Ce qui manque à Balzac, c'est le sentiment de la faute, c'est l'horreur des instincts charnels. Volupté, entre bien d'autres choses, enseignait ce qu'il y a, dans la joie des sens, de durcissant pour le cœur; ce livre, où il y a tant de pages impures, était écrit pour glorifier la chasteté. Rien de pareil dans Le Lys. Et pourtant, il donne, dans l'ensemble, une impression plus saine. Il n'est pas gâté par ce dilettantisme sentimental qui pervertit l'âme d'Amaurv, même une fois prêtre. Le Lys, plus fruste (et de valeur littéraire beaucoup moindre), est aussi plus franc. Félix ne raffine pas, comme Amaury, dans le péché.
Il est sur, d'ailleurs, que Balzac n'avait pas le toucher, ni la virtuosité de style qu'il aurait fallu, pour traiter ce sujet. Par point d'honneur de littérateur, il a cependant essayé de manier le style psychologique de Sainte-Beuve, et il est tombé souvent dans le ridicule. Mais l'œuvre reste belle par fragments.]
Aiialy»!ic et Extraits.
[Félix de \'andenesse, en séjour au château de Frapesle chez des amis de sa famille, est venu voir, au château voisin de Clochegourde, sur les bords de l'Indre et du Cher, M. et M"" de Mortsauf. 1
L'émigré, ou l'homme d'aotion avorté.
Je contemplai le comte en tâchant de deviner son caractère ; mais je fus assez intéressé par quelques traits principaux pour en rester à l'examen superficiel de sa physionomie'. A}çé seulement de quarante-cinq ans, il paraissait
!. Comparez, dans Volupté de 1 de ces rides... qu'on sent nées Sainte-Beuve, chap. III et pas- du dedans à leurs racines attensim,le portrait de .M. de Couaën: dries et à leur vive transpa- « Il avait bien dès lors trente- renée... Son regard parfaitehuit ans. Noble figure déjà la- ment bleu, d'un bleu clair et bourée, un front sourcilleux, dur, appelait à la fois mon reunc bouche bienveillante, mais gard et le déjouait ; fixe, immogardienne des projets de l'àrac ; bile par moments, il n'avait jale nez aquilin d'une élégante mais de calme. ..» M. de Mortfinesse : quelques minces rides sauf est le vaincu aigri par sa vers la naissance- des tempes, ! défaite; M. de Couaën pressent
approcher de la soixantaine, tant il avait promptement vieilli dans le grand naufrage qui termina le 18' siècle. La demi-couronne, qui ceignait monastiquement l'arrière de sa tête dégarnie de cheveux, venait mourir aux oreilles en caressant les tempes par des toufl'es grises mélangées de noir. Son visage ressemblait vaguement à celui d'un loup blanc qui a du sang au museau, car son nez était enilammé comme celui d'un homme dont la vie est altérée dans ses principes, dont l'estomac est affaibli, dont les humeurs sont viciées par d'anciennes maladies. Son front plat, trop large pour sa ligure qui Unissait en pointe, ridé transversalement par marches inégales, annonçait les habitudes de la vie en plein air et non les fatigues de l'esprit •, le poids d'une constante infortune et non les efforts faits pour la dominer. Ses pommettes, saillantes et brunes au milieu des tons blafards de son teint, indiquaient une charpente assez forte pour lui assurer une longue vie. Son cvil clair, jaune et dur, tombait sur vous comme un rayon du soleil en lÙAcr, lumineux sans chaleur, inquiet sans pensée, déliant sans objet. Sa bouche était violente et impérieuse, son menton était droit et long. Maigre et de haute taille, il avait l'attitude d'un gentilhomme appuyé sur une valeur de convention, qui se sait au-dessus des autres par le droit, au-dessous par le fait-. Le laisser-aller de la campagne lui avait fait négliger son extérieur. Son habillement était celui du campagnard en qui les paysans, aussi bien que les voisins, ne considèrent plus que la fortune territoriale. Ses mains brunies et nerveuses attestaient qu'il ne mettait de gants que pour monter àclieval ou le dimanche pour aller à la messe*. Sa chaussure était grossière. Quoique les dix années d'émigration et les dix années de l'agriculteur eussent influé sur son physique, il subsistait en lui des vestiges de noblesse. Le libéral le plus haineux, mot qui n'était pas encore monnayé, aurait facilement reconnu chez lui la loyauté cheva-
la sienne, mais il est encore au fort de l'action : il n'a pas subi l'influence dégradante de la vie, le sentiment de son impuissance ne l'a pas empoisonné encore.
1. Au contraire ISLdeCouaën, en même temps qu'un homme d'action, est un penseur. (Voir sur lui J. Merlanï, Le Roman personnel ; et Cnu. Makecual, La Clef de Volupté : On verra en cet ouvrage ce qui, dans le
portrait de INI. de Couacn, s'a dressait à V. Hug-o. Nulle allu sion de celte sorte dans celui di M. de Mortsauf.
2. Au contraire M. de Couaëi a « l'attitude haute et polie séante au commandement.
C'est « un de ces hommes qu portent en eux leur priucip d'action et leur foyer. »