‹ Morceaux choisis. Introd. par Georgette LeblancChapitre 26 sur 83 · LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE PAYSAN

Ils arrivent par l'allée qui conduit à la porte. Le vieillard s'éloigne. Marthe et Marie sont assises sur le banc, le dos tourné aux fenêtres. Petites rumeurs dans la foule.

l'étrangek.

Silence !... Ne parlez pas.

La plus grande des deux sœurs se lève ei va pousser les verrous de la porte.,.

MARTHE

Elle l'ouvre ?

l'étranger.

Au contraire, elle la ferme.

Uyi silence.

MARTHE

Grand-père n'est pas entré ?

l'étranger.

Non... Elle revient s'asseoir à côté de la mère... les autres ne bou^'ent pas et l'enfant dort toujours...

Un silence.

MARTHE

Ma petite sœur, donne-moi donc tes mains...

MARIE

Marthe !

Elles s'enlacetU et se donnent un baiser.

l'étranger-

n doit avoir frappé... Ils ont levé la tête en môme temps... ils se regardent...

MARTHE

Ch I oh ! ma pauvre sœtir... Je vais cner aussi î... EUe étouffe ses sanglots sur l'épuuU iL: sa saur.

n doit frapper encore... Le père regarde l'horloge... 11 se lève.

MARTHE

Ma sœur, ma sœur, je veux entrer aussi... Ils ne peuvent plus être seuls...

MARIE

Marthe, Marthe !...

Elle la retient.

L'ÉTRANGER

Le père est à la porte... Il tire les verrous... Il ouvre piTidemment...

MARTHE

Oh !... vous ne voyez pas le...

L'ORANGER

MARTHE

CciDc qui portent...

l'étrângeh.

Il ouvre à peine... Je ne vois qu'un coin de la pelouse et le jet d'eau. Il ne lâche pas la porte... il recule... Il a l'air de dire : « Ah ! c'est vous !... » Il lève les bras... Il referme !a porte avec soin... Votre grand-père est entré dans la chambre...

La foule s'est rapprochée des fenêtres. Marthe et Marie se lèvent d'abord à demi, puis se rapprochent aussi, étroitement enlacées. On voit le vieillard s'avancer dans la salle. Les deux sœurs de la morte se lèvent ; la mère se lève également, après avoir assis, avec soin, l'enfant dans le fauteuil qu'elle vient d'abandonner ; de sorte que, du dehors, on voit dormir le petit, la tête un peu penchée, au milieu de la pièce. La mère s'avance au-devant du vieillard et lui tend la main, mais la retire avant qu'il ait le temps de la pretuîre. Une des jeunes filles veut enlever le manteau du visiteur et l'autre lui avance un fauteuil. Mais le vieillard fait un petit geste de refus. Le père sourit d'un air étonné. Le vieillard regarde du côté des fenêtres.

l'étranger.

Il n'ose pas le dire... II nous a regardes...

Rumeurs dans la foule.

l'étranger.

Taisez-vous !...

Le vicill.ird, en voyant des visages aux fenêtres, a vivement détourné les yeux. Comme une des jeunes filles lui avance toujours le même fauteuil, il finit far s'asseoir et se passe à plusieurs reprises la main droite sur le front-

l'étranger.

Il s'asccoit...

Les autres personnes qui se trouvent dans la salle, s'asseoient également, pcnd.int que le père parle avec volubilité. Enfin le vieillard ouvre la bouche et le son de sa voix semble attirer l'attention. Mais le pure l'interrompt. Le vieillard reprend la parole et peu à peu les autres s'immobilisent. Tout à coup, la mère tressaille et se lève.

MARTHE

Oh ! la mère va comprendre !...

Elle se détourne et se cache le visage dans les mains. Nouvelles rumeurs dans la foule.

On se bouscule. Des enfants crient pour qu'on les lève afin qu'ils voient aussi. La plupart des mères obéissent.

l'étranger.

Silence !... Il ne l'a pas encore dit...

On voit que la mère interroge le vieillard avec angoisse. Il dit quelques mots encore ; puis brusquement, tous les autres se lèvent aussi et semblent l'interpdler. Il fait alors de la tête un lent signe d' affirmation.

l'étranger.

Il l'a dit... Il l'a dit tout d'un coup 1.

VOIX DANS la foule.

Il l'a dit «... Il l'a dit !...

INTÉRIEUR 26g

l'étranger.

On n'entend rien...

Le vieillard se lève aussi ; et sans se retourner, montre du doigt la porte qui se trouve derrière lui. La mère, le père et les deux jeunes filles se jettent sur cette porte, que le père ne parvient par à ouvrir immédiatement. Le vieillard veut empêcher la mère de sortir.

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