ACTE II. SCÈNE III
PRINZIVALLE, écaHant un peu les bandages. Me reconnaissez-vous, lorsque je les écarte ?...
VANNA
Oui... Peut-être... Il me semble... Car vous avez encore un sourire d'enfant... Mais vous êtes blessé et vous saignez aussi...
PRINZIVALLE.
Oh ! pour moi ce n'est rien... Mais pour vous, c'est injuste...
Mais le sang perce tout... Laissez-moi rattacher ce bandage... Il était mal noué... {Elle rajuste les linges). J'ai soigné bien souvent des blessés dans cette guerre... Oui, oui, je me rappelle... Je revois le jardin avec ses grenadiers, ses lauriers et ses roses... Nous y avons joué plus d'une après-midi, quand le sable était chaud et couvert de soleil.
PRINZIVALLE.
Douze fois, j'ai compté... Je dirais tous nos jeu.x et toutes vos paroles...
VANNA
Puis un jour j'attendis, car je vous aimais bien» Vous étiez grave et doux comme une petite fille, et vous me regardiez comme une jeune reme... Vous n'êtes pas revenu.^
PRINZIVALLE.
Jlon père m'amena... Il allait en Afrique... Nous nous sommes égarés là-bas dans les déserts... Puis je fus piisonnier des Arabes, des Turcs, des Espagnols, que sais-je ?... Quand je revis Venise, votre mère était morte, le jardin dévasté... J'avais perdu vos traces, puis je les retrouvai, grâce à votre beauté qui laissait partout un sillage qui ne s' effaçait plus...