‹ Morceaux choisis;Chapitre 128 sur 312 · QUE LIBRARY · texte numérisé non relu

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avec un peu de pain, et le trouva bon. Pendant qu’elle mangeait, il fallait voir M°° d’Orbe la regarder ; il fallait le voir, car cela ne peut se dire. Loin que ce qu'ellè avait mangé lui fit mal, elle en parut mieux le reste du souper: elle se trouva même de si bonne humeur, qu’elle s’avisa de remarquer, par forme de reproche, qu'il y avait longtemps que je n'avais bu de vin étranger. « Donnez, dit-elle, une bouteille de vin d'Espagne à ces messieurs. » A la contenance du médecin, elle vit qu’il s'attendait à boire de vrai vin d’Espagne, et sourit encore en regardant sa cousine : j'aperçus aussi que, sans faire attention à tout cela, Claire, de son côté, commençait de temps à autres à lever les yeux, avec un peu d’agitation, tantôt sur Julie, et tantôt sur Fanchon, à qui ces yeux semblaient dire ou demander quelque chose.

Le vin tardait à venir: on.eut beau chercher la clef de la cave, on ne la trouva point ; et l’on jugea, comme il était . vrai, que le valet dechambre du baron! qui en était chargé l'avait emportée par mégarde. Après quelques autres informations il fut clair que la provision d’un seul jour en avait duré cinq, et que le vin manquait sans que personne s’en fût aperçu, malgré plusieurs nuits de veille?. Le médecin tombait des nues. Pour moi, soit qu’il fallût attribuer cet oubli à la tristesse ou à la sobriété des domestiques, j’eus honte d’user avec de telles gens des précautions ordinaires ; je fis enfoncer la porte de la cave, et j’ordonnai que désormais tout le monde eût du vin à discrétiont,

La bouteille arrivée, on en but. Le vin fut trouvé excellent. La malade en eut envie; elle en demanda une cuîllerée avec de l’eau : le médecin le lui donna dans un verre, et voulut qu’elle le büût pur. Ici les coups d’œil devinrent plus fréquents entre Claire et la Fanchon’, mais comme à la dérobée et craignant toujours d’en trop dire.

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