‹ Morceaux choisis;Chapitre 73 sur 312 · COMMENT LE ROMAN FUT COMPOSÉ · texte numérisé non relu

COMMENT LE ROMAN FUT COMPOSÉ

| (Confessions, IL, 9.)

[Rousseau s’est réfugié à l’Ermitage, près des bois de Montmorency. Pendant les promenades qu’il y fait, il se laisse aller à ses rêves.]

Dévoré du besoin d'aimer, sans jamais l'avoir pu bien satisfaire?, je me voyais atteindre aux-portes de la vieillesse, et mourir sans avoir vécu.

Ces réflexions tristes, mais attendrissantes, me faisaient replier? sur moi-même avec un regret qui n’était pas sans douceur. Il me semblait que la destinée me devait quelque chose qu'elle ne m'avait pas donné. À quoi bon m'avoir fait naître avec des facultés exquises, pour les laisser jusqu’à la fin sans emploi? Le sentiment de mon prix internet, en me donnant celui de cette injustice, m'en dédommageait en quelque sorte, et me faisait verser des larmes que j'aimais à laisser couler.

Je faisais ces méditations dans la plus belle saison de l’année, au mois de juin, sous des bocages frais, au chant du rossignol, au gazouillement .des ruisseaux. Tout concourut à me replonger dans cette mollesse trop séduisante, pour laquelle j'étais néÿ, mais dont le ton dur et sévère où venait de me monter une longue effervescence m'aurait dû

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