VI AVERTISSEMENT
voulu combler une regrettable lacune et foire connaître à la jeunesse des écoles aussi bien qu'aux gens du monde, quelques-unes des meilleures pages d'un écrivain qu'il est difficile de montrer tout entier.
La tâche était plus délicate qu'on ne pense, d'abord par la multiplicité des sujets qu'a embrassés le philosophe, ensuite par la liberté de langage dont il a usé et abusé. Il importail de recueillir dans les vingt volumes des OEuvres complètes un ensemble qui permît d'apprécier l'étendue, la variété, la profondeur de son génie et qui ne pût encourir le reproche d'immoralité et de crudité que Fauteur bravait trop volontiers. Il nous a semblé que M. Tourneux avait réussi à faire un choix de nature à désarmer les plus scrupuleux.
Il ne s'agissait pas d'une de ces éditions de propagande et de polémique, comme il en existe plusieurs, et qui se ressentent des temps passionnés qui les ont fait naître ; on n'a demandé à Diderot que des choses d'une valeur durable, et non celles qui n'avaient et n'ont gardé qu'un intérêt militant. C'est ainsi qu'on ne trouvera dans ce petit livre ni articles de V Encyclopédie, la gi aiule œuvre de Diderot et du siècle, ni extraits de son théâtre, ni fragments de ses divers travaux physiologiques, politiques ou historiques qui ne pouvaient se prêtera une indispensable abréviation. Diderot, essentiellement improvisateur.
, »on collaborateur, rédilioD des OEuvreu complètes iJe Diderot (Garoier frères, 1875-18'", '20 vol. in-S").
AVEBTISSEMEXT.
n'a pas toujours de ces pages achevées qu'où puisse détacher du livre pour lequel elles ont été écrites : si nette que soit sa pensée première, elle a des retours nombreux qui la complètent et multiplient la lumière : ainsi, dans le Paradoxe sur le comédieit. le développement même du dialogue offre une série de variations brillantes qu'on ne saurait supprimer sans nuire au thème unique d'où elles découlent.
Cet art du dialogue est, au reste, une des grandes séductions de style de Diderot et, dans un livre destiné surtout à faire connaître l'écrivain, il convenait de reproduire ces conversations que l'on croit moins lire qu'entendre. L'Entretien d'un père avec se.s enfants, le Paradoxe sur le comédien, Cinqmars el Derville, Mon père etmoi, sont, à ce point de vue, de véritables modèles. La touchante histoire des Deux amis de Bourhonne, les charmants Regrets sur ma vieille robe de chambre, les effusions exagérées sans doute, mais assurément sincères de VÉloge de Richardson, les Réflexions sur Térence, que Villemain recommandait si chaleureusement à ses auditeurs de 1816, avaient ici leur place légitime.
Mais il y a dans le choix de M. Tourneux une partie plus neuve pour le plus giand nombre des lecteurs français : les comptes-rendus des Salons par Diderot sont fameux, mais combien les ont lus, parmi ceux qui en parlent ? A ces descriptions minutieuses et brillantes semées de retours personnels et de digressions esthétiques, qui ont fait de Diderot le père de la critique d'art, M. Tourneux a joint de