‹ Morceaux choisis. Recueillis et annotésChapitre 10 sur 43 · VIE DE DIDEROT. XIX · texte numérisé non relu

VIE DE DIDEROT. XIX

Helvétius, le Projet d'une université pour la Russie, les Éléments de physiologie, puissante mais incomplète ébauche, à laquelle on doit préférer le Rêve de d' Alembert et un Entretien (supposé) avec ce même philosophe, écrits en 1769, deux romans, Jacques le fataliste et la Religieuse (esquissée dès 1763), enfin et surtout la révision du Neveu de Rameau, satire incomparable de la société parisienne, dans les dernières années du règne de Louis XV. Le seul ouvrage qu'il mit au jour fut l'Essai sur les règnes de Claude et de Néron quij destiné d'abord à n'être qu'une simple introduction à la traduction de Sénèque par Lagrange, devint peu à peu un travail considérable et tout à fait distinct. C'est dans ce livre qu'il prit prétexte d'un passage relatif aux outrages prodigués par Suilius à Sénèque pour répondre aux calomnies de Rousseau, dont les Confessions venaient de paraître. On lui a volontiers reproché cette vengeance posthume, sans tenir compte de la juste indignation qu'il était en droit de ressentir en voyant insulter dans ce livre ses sentiments les plus intimes, une affection de quinze ans dont il lui avait donné tant de preuves, et leurs meilleurs amis.

Diderot passa une partie de ses dernières années à Sèvres, venant à Paris le moins souvent qu'il pouvait, partageant son temps entre la lecture, une promenade dans les bois et quelques visites à sa famille ou à ses plus anciens amis. Le 19 février 1784, il fut pris d'un violent crachement de sang, suivi bientôt d'une fluxion de poitrine et d'une attaque d'apoplexie? Il survécut à ce triple assaut, mais ce n'était qu'un répit. Grimm avait loué pour lui rue de Richelieu, par ordre de Catherine II, un superbe appartement, plus confortable que son fameux quatrième étage de la rue Taranne. Il n'y demeura guère que douze jours : le 30 juillet, il se mit à table avec sa femme, mangea de bon appétit, et au moment où madame Diderot, qui venait de lui adresser une question, levait les yeux, s'étonnant de son silence, il expira. Ses obsèques eurent lieu à • Saint-Roch où il fut enterré dans une chapelle dédiée à la Vierge. Ses ossements auraient depuis disparu lorsqu'on installa un calorifère dans cette église.

Ce serait un chapitre assurément curieux, — mais sa place n'est point ici, — que de retracer l'histoire du transport de la

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bihliotlièqne de Diderot en Russie, de la séquestration absolue, jusqu'en 1856, de ses manuscrits à l'Ermitage de Saint- Pétersbourg, des difficultés qui entravèrent h plusieurs reprises les diverses éditions qui en furent projetées. Il suffira de rappeler qu'il y a eu jusqu'à ce jour quatre tentatives de ce genre : Naigeon (1798) s'attacha principalement à mettre en lumière les oeuvres philosophiques de son maître et négligea ou ne put se procurer la majeure partie de ses autres écrits ; G. B. Depping compléta cet ensemble par quelques additions précieuses (1819) ; M. Walferdin et M. Brière donnèrent deux ans plus tard le résultat de recherches aussi étendues qu'on pouvait les faire alors ; enfin M. J. Assézat et l'auteur de la présente notice ont publié, de 1875 à 1877, outre les œuvres depuis longtemps connues, collationnées autant que possible sur les textes originaux, les écrits inédits retrouvés pour la plupart à Saint-Pétersbourg. Fait digne d'attention à tous égards : tandis que, de leur vivant même, Voltaire et Rousseau voyaient se multiplier les éditions avouées ou subreptices de leurs œuvres, Diderot devait attendre près d'un siècle ce légitime hommage. Il ne fut pour ses contemporains immédiats que l'auteur de quelques opuscules philosophiques, de deux drames, et que l'éditeur de \' Encudopédie : ses Salons, ses romans ses dialogues et ses études physiologiques, le Nemii de Hameau^ ses lettres à Falconet sur la postérité et sur l'art antique, aussi bien que ses épanchements intimes avec le statuaire ou avec son amie, mademoiselle Volland, le Paradoxe sur le comédien, cette comédie (Est-il bon? Est-il méchant?), de laquelle on a pu dire qu'elle devançait Beaumarchais, le Voyage de Hollande, et tant d'autres opuscules, dont l'énumération serait superflue, tout cela, qu'on le sache bien, a <!té arraché comme pied à pied à la destruction ou à l'oubli. Aujourd'hui l'homme et ses écrits sont enfin remis en pleine lumière: désormais il fautfaire pénétrer ceux-ci dans l'esprit des jeunes générations ; il faut qu'elles sachent bien que ce nom, autour duquel se fit si longtemps un perfide silence, est un des plus grands parmi ceux qui honorent non seulement la France, mais l'esprit humain ; il faut que l'écrivain ne soit plus le régal de quelques délicats, mais qu'un choix de ses œuvres puisse figurer parmi les

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