XVIII VIE DE DIDEROT
quatre enfants nés de son mariage, Diderot n'avait conservé qu'une fille, Marie-Angélique, ;\ qui il voulait constituer une dot. Son unique fortune était sa bibliothèque. Il allait s'en séparer, lorsque Catherine apprit les démarches qu'il avait tentées près de divers particuliers. Elle donna immédiatement ordre à son ambassadeur d'acquérir la bibliothèque du philosophe moyennant 15,000 francs payés comptant, plus une rente annuelle de mille francs et de lui en laisser la jouissance sa vie durant. Il y a plus: la pension n'ayant pas été payée pendant deux années de suite, Catherine fit compter à son bibliothécaire (il en avait le titre officiel) 50,000 francs en une fois, afin de réparer et au delà une autre omission éventuelle.
Un pareil bienfait méritait assurément la reconnaissance enthousiaste et les effusions en vers et en prose qu'il inspirait à Diderot. Il voulut aller remercier en personne la Sémiramis du Nord, mais plusieurs années s'écoulèrent entre ce projet et son exécution. Il y était surtout sollicité par le statuaire Falconet, à qui il avait procuré l'exécution de la statue colossale de Pierre h' érigée par les soins de Catherine II. Enfin au mois de mai 1773, après avoir marié sa fille (9 septembre 1772) et réglé ses affaires, il partit. Il attendit à La Haye chez le prince Galitzin, ambassadeur de Russie, l'arrivée de M. de Nariskin qui s'était engagé à le conduire jusqu'à Péterslfourg. Il y arri\a au mois de septembre suivant, au moment des fêtes du mariage du czarowitz Paul avec la princesse Dorothée de llessc-Darmstadt et fut comblé d'attentions et de prévenances par l'impératrice. Son séjour se prolongea jusiju'en février 1774. Il revint à La Haye plein de projets grandioses, tels que la refonte de VEnciiclopédin (qui n'eut pas lieu, du moins par ses soins), révisa et [luhlia les Plans et statuts des différents établissements ordonnés par Catherine II, et rentra définitivement à Paris au mois d'octobre.
Ces deux voyages très-fatigants et parfois même fort dangereux, un séjour prolongii en voiture, le changement de climat, la nature des eaux de la JN'éva , avaient à jamais dérangé .sa santé. Il se remit pourtant au travail. C'est de cette période que datent la Jiéfutation du livre de l'Homme par