LES DEUX AMIS DE BOUEBONNE
celui-ci renvoya la borne d'autant sur M. de Rançon,nières ; et puis voilà de la haine, des insultes, un procè-; entre les deux voisins. Le procès de la borne en suscita deux ou trois autres plus considérables. Les choses en étaient là, lorsqu'un soir M. de Rançonnières, revenant de la chasse, accompagné de son garde Félix, fit rencontre, sur le grand chemin, de M. Fourmont le magistrat et de son frère le mililaire. Celui-ci dit à son frère :
« Mon frère, si l'on coupait le visage à ce vieux b
« qu'en pensez-vous ? » Ce propos ne fut pas entendu de M, de Rançonnières, mais il le fut malheureusement de Félix, qui, s'adressant fièrement au jeune homme, lui dit : « Mon officier, seriez- vous assez brave pour « vous mettre seulement en devoir de faire ce que vous « avez dit ? » Au même instant, il pose son fusil à terre et met la main sur la garde de son sabre, car il n'allait jamais sans son sabre. Le jeun.e militaire tire son épée, s'avance sur Félix ; M. de Rançonnières accourt, s'interpose, saisit son garde. Cependant le militaire s'empare du fusil qui était à terre, tire sur Félix, le manque ; celui-ci riposte d'un coup de sabre, fait tomber l'épée de la main du jeune homme, et avec l'épée la moitié du bras ; et voilà un procès criminel en sus de trois ou quatre procès civils : Félix confiné dans les prisons ; une procédure effrayante, et à la suite de cette procédure, un magistrat dépouillé de son état et presque déshonoré, un militaire exclu de son corps, M. de Rançonnières mort de chagrin, et Félix, dont la détention durait toujours, exposé à tout le ressentiment des Fourmont. Sa fin eût été malheureuse si l'amour ne l'eiit secouru ; la fille du geôlier prit de la passion pour lui, et facilita son évasion ; si cela n'est pas vrai, c'est du moins l'opinion publique. Il s'en est aîlé en Prusse, où il sert aujourd'hui dans le régiment des gardes. On dit qu'il y est aimé