I.KTTRES
modestie et de son orgueil. Qui que vous soyez qui m'avez écrit la lettre pleine d'intérêt et d'estime que notre ami commun m'a remise, je sens toute la reconnaissance que je vous dois, et je jette d'ici mes bras autour de votre cou. Je n'accepte ni ne refuse vos offres. Plusieurs honnêtes gens, effrayés du train que prennent les choses,' sont tentés de suivre le conseil que vous me donnez. Qi'ils partent; et, quel (jue soit l'asile qu'ils auront choisi, lùt-ce au bout du monde, j'irai. Notre ami m'a fait lire un ouvrage nouveau \ Je tremble pour le moment où cet ouvrage sera connu. C'est un homme qui a pris la torche de vos mains, qui est entré fièrement dans leur édifice de paille, et qui a mis le feu de tous côtés. Ils voudront faire un exemple, et, dans leur fureur, ils se jetteront sur le premier venu. Si cet ouvrage vous est connu, et que vous puissiez en différer la publicité jusqu'à des circonstances plus favorables, vous ferez bien. Je vais déposer A'otre lettre, afin qu'à tout événement vous puissiez joindre à ma justification, que je vous recommande, le témoignage des précautions que vous aviez prises pour leur épargner un crime nouveau. Si j'avais le sort de Socrate, songez que ce n'est pas assez de mourir comme lui, pour mériter de lui être comparé.
Ilkistre et tendre ami de l'humanité, je vous salue et vous embrasse. Il n'y a point d'hommes un peu généreux qui ne pardonnât au fanatisme d'abréger ses années, si elles pouvaient s'ajouter aux vôtres. Si nous ne concourons pas avec vous à écraser la bête, c'est que nous sommes sous sa griffe ; et si, connaissant toute sa férocité, nous balançons à nous en éloigner, c'est par
' Il s'agit ici de l' Examen important, par inilord Bùlingbroke (Voltaire) ; c'est un des livres où le f mutisme, qu'il appelait toujours i'in/âmr, est traité avec le plus de mépris-
des considérations dont le prestige est d'autant plus forl qu'on a l'àme plus honnête et plus sensible. Nos entours sont si doux, et c'est une perte si difticile à réparer !