A L'ALLEMAGNE
Aucune nation n'est plus grande que toi. Jadis, toute la terre était un lieu d'effroi. Parmi les peuples forts tu fus le peuple juste. Une tiare d'ombre est sur ton front auguste ; Et pourtant, comme l'Inde aux aspects fabuleux, Tu brilles ; ô pays des hommes aux yeux bleus. Clarté hautaine au fond ténébreux de l'Europe, Une gloire âpre, informe, immense, t'enveloppe ; Ton phare est allumé sur le mont des Géants ; Gomme l'aigle de mer qui change d'océans, Tu passas tour à tour d'une grandeur à l'autre : Huss le sage a suivi Grescentius l'apôtre ; Barberousse chez toi n'empêche pas Schiller ; L'empereur, ce sommet, craint l'esprit, cet éclair. Non, rien ici-bas, rien ne t'éclipse, Allemagne. Ton Wittikind tient tête à notre Gharlemagne, Et Gharlemagne même est un peu ton soldat. Il semblait par moments qu'un astre te guidât ; Et les peuples t'ont vue, ô guerrière féconde. Rebelle au double joug qui pèse sur le monde, Dresser, portant l'aurore entre tes poings de fer, Contre César Hermann, contre Pierre Luther.
{L'Année terrible.)