‹ Morceaux choisisChapitre 25 sur 25 · A VOUS TOUS 1T · texte numérisé non relu

A VOUS TOUS 1T

C'est bien.

Mais il n'en est pas moins vrai que ces hommes D'autrefois, peu frottés des savons de Guerlain, Entrèrent dans Moscou, dans Vienne et dans Berlin ; Qu'ils châtiaient les rois de leurs façons brutales ; Qu'ils étaient familiers avec les capitales ; Qu'ils se plaisaient parfois à d'étranges assauts. Que leur cavalerie attaquait des vaisseaux, Les prenait, et donnait aux flottes l'abordage ; Que chacun d'eux, vieillard, enfant, se sentait d'âge Et d'humeur à servir la France, et qu'à Valmy, A Jemmape, à Fleurus, ils chassaient l'ennemi A coups de hache, à coups de sabre, à coups de lance; Qu'on en voyait plus d'un sortir de l'ambulance. Et, comme à l'Océan retourne l'alcyon, Revenir au combat, sans faire attention A la blessure encore ouverte qui suppure ; Qu'ils mangeaient du pain sec et buvaient de Teau pure, Qu'ils allaient, qu'ils marchaient, qu'ils ne trouvaient jamais Les gouffres trop profonds, ni trop hauts les sommets ; Qu'ils étaient fraternels aux races orphelines ; Et qu'ils disaient : — Que sont les Alpes? des collines. Porter l'artillerie à bras sur les hauteurs Est simple, et le passage est aisé, — ces menteurs î Il n'en est pas moins vrai que ces homme-là rirent De tout ce qui nous fait trembler, et qu'ils défirent Ce que vingt siècles noirs et tristes avaient fait ; Qu'ils battirent Brunswik, Cobourg, Mêlas, Clairfait ; Qu'ils donnaient en spectacle à notre enfance blonde L'évanouissement superbe du vieux monde ; Que la justice était à l'aise au milieux d'eux,

Qu'ils braquaient le canon sur le passé hideux, ■

Qu'ils n'avaient point de sacs d'argent, ni d'or en pile; Mais qu'ils faisaient l'Argonne égale aux Thermopyles, Qu'ils enjambaient le Rhin dont nous nous éloignons, Et que ce n'étaient pas de petits compagnons.

7 septembre 1873

Lyrnessi domus alla, solo laurente sepulcrum.

Siège de Paris. Décembre 1870,

Livrée à tous les vents qui descendent du pôle, Mon île est au milieu de la mer, et la Gaule

S'y fait chêne et granit ; Elle est la grande roche altière et combattante. Et le tonnerre y vient comme un roi dans sa tente,

Comme un aigle à son nid.

Jeté là par l'exil, mon vieil ami sévère, Regardant l'éclair luire aux cieux que je révère.

Comme un âpre yataghan, J'ai souvent fait ce rêve : avoir ma sépulture Dans cette formidable et farouche nature ;

Dormir dans l'ouragan.

Mais aujourd'hui qu'un souffle inconnu me rapporte Dans ce Paris qui voit la bataille à sa porte

Et qui se tient debout, Dans ce Paris où tout frémit, où rien ne tremble. Qui s'emplit d'une pourpre immense et qui ressemble

A l'urne où l'airain bout,

(Dernière Gerbe.)

Je voudrais bien mourir sur ces remparts célèbres, Afin qu'un jour je puisse, à travers les ténèbres,

Murmurer : « 0 guerriers !

J'ai ma haute maison où s'abat la colombe, Où vient l'aigle, au pays des chênes, et ma tombe

Au pays des lauriers. »

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