‹ Morceaux d'exégèseChapitre 80 sur 138 · IN AO · texte numérisé non relu

IN AO

dite réservés au Sauveur et aux Douze‘. Si l’on se rappelle qu'ils ont été envoyés pour préparer les logements là ou le Christ devait venir, on s'explique qu'ils ne se soient pas attendus à faire des miracles. Le cadre donné par l’évangéliste ne s'adapte pas au discours de mission ; mais l'accord se fait très facilement dans son esprit. La mission des Soixante-douze n’a pas de réalité pendant le ministère de Jésus : à quoi bon retenir d’avance trente-cinq ou trente-six logements dans autant de localités différentes, et conçoit-on que les messagers partent tous simultanément et s’en reviennent de même? Sans doute le texte ne dit pas en propres termes qu'il en ait été ainsi, mais si l’on suppose que les couples de disciples sont partis et revenus l’un après l’autre, à des jours différents, la mise en scène du discours devient inintelligible. I n’y a qu'un départ et qu’un retour, dans une perspective vague et artificielle. Cette mission des Soixantedouze est symbolique, elle figure l’évangélisation des Gentils par les auxiliaires qui se sont joints aux Douze et qui ont pris leur place. L’évangéliste veut faire entendre que ceux-là ont les mêmes pouvoirs que les Douce ?. Il a trouvé bon de faire valoir cette idée dans un discours de Jésus, en y joignant un avertissement assez conforme à la doctrine de Paul sur les charismes :.

La réponse du Sauveur ne semble pas venir de source et, tant pour le fond que pour la forme, elle doit appartenir au rédacteur plutôt qu’à la tradition authentique de l'Évangile. On ne voit pas clairement à quoi s'applique la déclaration : « Je voyais » ou « j'ai vu Satan tomber du ciel comme un éclair # ». On admet volontiers que la chute de Satan n'est pas autre chose que la ruine de son

. ScHaAnz, Lukas, 301. B. Weiss, E, 349.

.… Cf rx, 1, Acr. vx, #8.

…L'Cok: xt, 1:

. V. 18. éewpouy rôv curaväv 66 orpamny Ex rod OUpavod TE VTE. |

Hi © ND =

empire, acquise en principe et dont témoigne l'expulsion des démons !; Satan serait précipité, comme Capharnaüm, du haut de son orgueil ?. Cependant, le cas n’est pas tout à fait le même, attendu que Satan, à la différence de Capharnaüm, est, par son origine, une puissance du ciel et peut en être précipité. Si Jésus a dit cette parole, les disciples n’ont guère pu l'entendre qu'au sens propre, et il nest pas probable que l'évangéliste l’ait comprise autrement. Réelle ou purement morale, la déchéance de Satan, si on prend le discours comme étant de Jésus, aura coïncidé avec la mission des Soixante-douze. Seraient-ce donc les disciples, et non Jésus lui-même, qui auraient mis fin au règne de Satan? On brise la perspective de Luc, sans rencontrer la vraisemblance historique, lorsqu'on suppose que le Christ fait allusion à un fait personnel antérieur à la mission des disciples, à une vision qu'il aurait eue au début de son ministère, par exemple à la scène de la tentation ?. Si l’évangéliste avait eu cette idée, il l'aurait exprimée autrement. Et comme il n’est pas croyable que Jésus ait attribué seulement aux Soixante-douze la destruction de la puissance de Satan, on doit penser que la vision dont il s’agit, bien qu’elle semble se rapporter aux exorcismes pratiqués par les Soixante-douze, se réfère en réalité à l’avenir, comme la mission des disciples. La pensée de l’évangéliste ne va qu'en apparence à la défaite de Satan par les exorcismes des Soixante-douze ; elle se porte au fond vers le triomphe de l'Évangile dans le monde, par la prédication chrétienne #, sans qu'on puisse dire si cette défaite, principalement morale, est figurée par l’image apocalyp-

Page 1