‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 1 sur 66 · BOULEVARD DES CAPUCINES. — 15, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

BOULEVARD DES CAPUCINES. — 15, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE

BILLET DTNVITATION

Jean-Michel Moreau le Jeune. — Sa naissance. — Voyage en Russie. — L’atelier de Le Bas. — Joseph Yernet. — Les ports de mer; les groupes;

LES FOULES. MaRIAGE DE MoREAU LE JeUNE.

Les titres ornés. — - Greuze. — « Le Coucher de LA Mariée ».

C’était un homme de haute taille, large d’épaules, avec de grosses mains, l’air peuple. Son visage, tel qu’il l’a dessiné lui-même et tel que le montre son portrait par François Goiinod, était massif, avec les mâchoires carrées. Il avait la piiysionomie bourrue. Sans instruction première, presque sans éducation,

dur à lui-même et aux autres, rude en affaires, violent dans ses réclamations, il présentait toute l’apparence d’un rustre et d’un brutal. Voilà pour l’extérieur.

A l’intérieur, pétillait l’esprit le plus fin, le plus distingué. Le goût le plus exquis dans ses compositions, la délicatesse la plus aristocratique dans les dessins de sa jeunesse et de sa maturité, toutes les grâces, tous les charmes, faisaient de lui un artiste d’essence rare, même en un temps où l’élégance et la mesnre étaient des qualités trop répandues pour être des privilèges.

Il était né, le 26 mars 1741 5 me de Buci, à denx pas de la rue de Seine où, quarante ans plus tôt, était venu au monde le fils d’un menuisier du Roi, J.-B.-Siméon Chardin. Ce quartier du faubourg Saint- Germain, près de la Foire, à l’ombre de Saint-Sulpice, était un quartier d’élection pour les artistes. Plusieurs y naquirent, beaucoup y demeurèrent ; Parrocel habitait rue Saint-Benoît ; Slodtz, rue des Cannettes ; Daullé, rue Gît -le -Cœur ; Chardin et Joseph Vernet, rue Princesse. Et quand on a connu ces rues sans lumière, sans air, sans horizon, on a peine à s’expliquer comment tant de chefs-d’œuvre de clarté sont sortis de ces ateliers obscurs.

Moreau le Jeune était fils de perruqjiier, comme J.-Ph. Le Bas, lequel, loin de s’en cacher, en tirait quelque vanité. Gabriel Moreau, le père, eut deux autres fils, dont Pun, François-Didier, fut ingénieur, et l’antre, Louis-Gabriel, devint un peintre de grand

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FÊTE DONNÉE A LOUVECIENNES LE a; DÉCEMBRE 1771

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talent, l’im des premiers paysagistes qni s’avisèrent de eélébrer les environs de la grand’ ville. Ses Ynes de Mendon et de Saint-Clond semblent annoncer déjà le paysage du vix*" siècle. Elles sont romantiques par l’absence ou l’insigniflanee des personnages destinés à les animer. Elles se suffisent à elles-mêmes et n’offrent que le charme de la nature nue : elles sont modernes.

Les contemporains sont toujours sévères aux indépendants cpii rompent avec les traditions. Aussi L.-G. Moreau ne fut-il pas de l’Académie royale, qui le repoussa deux fois. L’Académie de Saint-Luc, académie des ouvriers d’art, fut la seule compagnie qui daigna admettre cet artiste sincère dont les tableaux méritent, aujourd’hui, les honneurs de ce Louvre où les œuvres emphatiques des maîtres qui l’écartèrent, sont reléguées dans les greniers.

Gabriel Moreau, le père, mérite d’être jugé avec faveur, si on le juge par scs fils. Il ne pratiqua pas toute sa vie son métier de perruquier. On le trouve, en 1765, au moment du mariage de Moreau le Jeune, possesseur d’une manufacture de faïence. Il céda, sans doute, comme le père du poète Desforges, à l’engouement universel du temps pour la faïence ou la porcelaine, mode qui fit surgir, dans Paris et aux environs, tant d’établissements de ce genre. Ces entreprises, presque toutes, furent éphémères. Elles ne purent se soutenir, faute de ressources, mais, avant de disparaître, elles laissèrent comme témoins de leur activité des merveilles de grâce et de goût.

Moreau le Jeune, pas plus que Chardin, ne fit ses humanités ; mais on ne sait si, eomme Chardin, U en eut l’amer regret. Sa voeation, étrangement préeoce, lui mit le erayon à la main dès sa première enfance. Il avouait lui-même ne pas se souvenir d’une époque de sa vie où il ne dessinât pas. Et puis, le souci du pain quotidien à gagner, l’empêcha de faire la moindre étude. On connaît l’orthographe des artistes, mais celle de Moreau est des plus primitives qui soient, singulière à une époque où des graveurs comme Cocliin, Lépicié, se piquaient non seulement d’orthographe mais de littérature.

Le premier atelier où il entra fut celui de Louis- .loseph Le Lorrain, élève de Dumont le Romain, à la fois peintre et graveur de second plan, mais bon professeur. Moreau voulait être peintre : malheureusement, iî n’est resté aucun témoignage authentique de ses essais. Ils furent cependant encourageants, puisque Le Lorrain, nommé, en 1768, professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Saint- Pétersbourg, sur la recommandation de Nicolas Pineau, l’emmena avec lui comme adjoint. Il avait dix-sept ans. Mais Le Lorrain mourut l’année suivante et Moreau dut refaire seul, en 1760, presque sans ressources, le long et difficile retour de Pétersbourg à Paris, rapportant ([uelques dessins et un beau portrait à la sanguine de l’Impératrice Élisabeth.

L’iiistoire du voyage de Moreau à Saint-Pétersbourg relève de l’histoire de l’Art français.

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