‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 14 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIÈRE. — MÉLICERTE · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIÈRE. — MÉLICERTE

Aujourd’hui, c’esl avoir une intelligence bien arriérée que de parler de morale dans l’iiistoire d’une passion. C’est une allectation, une de ces hypocrisies qui sont un hommage à la vertu. Car enfin, si la passion a des droits imprescriptibles et si le but unique de la vie doit être de la satisfaire, les préoccupations du devoir et de l’expiation ne sont plus que des expressions littéraires. Mais, pour Rousseau, comme pour ses contemporains, il n’eji allait pas ainsi. L’amour, il est vrai, était souvent la grande afiaire de la vie; il exigeait des sacrifices et des héroïsmes qui nous semblent hors de vraisemblance; il descendait aussi, parfois, à des compromis ou des capitulations que nous n’acce])terions pas. Mais , au-dessus de tout, planait la loi morale des expiations, universellement admise comme une vérité fondamentale et à laquelle aucun écrivain n’eût osé se dérober. Dans tous les romans, depuis la Vie de Marianne jusqu’aux Liaisons dangereases, la morale finit toujours par avoir son mot, et le dernier.

Nous avons peine à acce])ter cette idée, parce que le xviiU siècle est resté, dans notre imagination, le siècle de l’amour. En réalité, ramour y a tenu la place que les femmes y tenaient elles-mêmes, c'està-dire la meilleui’e. Cependant son triomphe fut éphémère. La Raison et même la chimère de la Raison, ont fini par avoii* le dessus et l'éduit l’amour soit au i-ole de l'antaisie passagère tics sens, soit an rôle inférieur de passion sacrifiée à de pins grands devoirs.

Il y eut beaucoup de Chevalier de Boufflers, profondément épris d’une Madame de Sabran et la quittant pour aller conquérir un peu de gloire dans un gouvernement lointain. La société avait ses vices, mais aussi quelques qualités supérieures qui sauvaient tout. Tel est le sens du frontispice de Moreau le Jeune, qui tient bien moins sa signification des réflexions de Fauteur que de la philosophie de son temps.

Le Baiser est une des plus heureuses compositions de l’ouvrage. Tout y est grâce et chasteté. Julie se jette dans les bras de Saint-Preux avec l’étourderie d’une jeune fille qui ne sait pas qu’elle aime ; elle se croit garantie parce qu’elle a un témoin, sa cousine. Le premier des deux baisers, celui-là tout fraternel, a été pour la cousine, ce c[ui encourage Julie à recevoir l’autre, et c’est là qu’est le danger. Rousseau s’est montré, en cela, plus expert en amour qu’il ne veut le paraître, puisqu’il signale la toute-puissance de l’exemple dans l’œuvre de séduction.

Cependant, comme rien ne saurait demeurer éternellement secret, et que les amants révèlent leur amour par leur attention à le cacher, la « petite ville au pied des Alpes » ne tarde pas à deviner la vérité et le père de Julie à l’apprendre.

De là, une altercation violente entre le père et la fille; un soufflet est lancé par le vieillard emporté, à la plus timide des enfants. Moreau le Jeune a repré-

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