‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 15 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIERE. — LE SICILIEN OU L’AMOUR PEINTRE · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIERE. — LE SICILIEN OU L’AMOUR PEINTRE

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senté celte scène, mais elle n’est pas de ses meilleures. Il ne se sent pas à l’aise dans la violence qui va jusqu’au coup. Et puis, comme la plupart des peintres de ce temps, il ne sait pas exprimer la vieillesse.

Assurément, dans les taJjleaux de sainteté de cette époque, on rencontre de majestueux vieillards, mais ce sont toujours les tj-pes consacrés des personnages bibliques ou des Pères de l’Eglise, inventés par la Renaissance italienne et perpétués jusque sous Louis XV.

Mais le Vieillard, dans l’art français du xviii*' siècle, est un personnage de scènes villageoises. Et Grenze est un des rares artistes qui se soient plu à le peindre, le visage rasé, la chevelure tombant sur les épaules, en longues boucles. On le retroin^e, toujours le même, dans la Malédiction paternelle, ou

le Fils puni. Partout ailleurs qu’au village, il semble ne pas exister, ou, si ou le montre, c’est mendiant ou malade, accablé de toutes les misères physiques et morales, comme dans la Adeillesse de Jeaurat, aA'cc cette légende : « Vieux, ou le méprise, on l’évite. » A peine ligure-t-il, de loin en loin, dans les épisodes de la vie bourgeoise, dans ces scènes de famille où l’on célèbre la réle des grands-])arcnts.

La vérité est que le xviiU siècle veut ignorer la vieillesse. 11 se sent et veut rester jeune. Et, quand l’âge vient, la poudre et le rouge lui donnent une apparence de Iraîcheur que les conventions mon-

MOBEAU LE JEUNE

daines acceptent pour vraie. Le rouge, chez les femmes, est en usage dès l’adolescence; quant aux cheveux blancs, ils ne signiflent plus rien, puisque toutes les têtes sont poudrées.

Les iniirmités, on les cache, on les dompte à force d’énergie. Les valétudinaires, chez le duc de Choiseul, à Ghanteloup, se font porter à la chasse. Jusqu’à l’heure suprême, hommes et femmes se parent et l’on meurt octogénaire et jeune.

En même temps, par une contradiction singulière, ce siècle qui repousse la vieillesse avec tant de vigueur, la fait commencer plus tôt. On met hors de cause les hommes et, surtout, les femmes, à un âge que nous appelons celui de l’épanouissement. La tradition du xvii® siècle est restée vivace. A quarante ans, on est, comme Arnolphe, un barbon. Les femmes de trente ans sont des Arsinoé que leurs amants abandonnent et qui ne comptent plus que pour mémoire.

Le père de Julie, dans le Soufjlet, est bien un de ces vieillards factices qu’imposait l’esprit du temps. On lui sent les gestes raides et gauches, violents et maladroits. Mais il garde encore les apparences d’une certaine verdeur. Ni son costume ni sa coiffure ne sont de son âge, qui se trahit seulement par la visible impuissance de sa colère.

11 est vrai de dire que le talent tle Moreau répugne aux scènes brutales. Elles sont rares dans la partie moderne de son ceuvre : on ne les rencontre

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