‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 27 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIERE. - LA COMTESSE D ESCARBAGNAS · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIERE. - LA COMTESSE D ESCARBAGNAS

mAM

Im

les hommes, les monuments, de siècles réputés barbares et rejetés comme tels dans une nuit définitive. La science des érudits les avait signalés, sinon à l’admiration, du moins à la curiosité. Enfin les traductions des romans de chevalerie par le comte de Tressan, les pièces de théâtre, toute une littérature de genre gothique, avaient familiarisé le public avec ces nouveaux sujets et faisaient prévoir le succès de l’ouvrage.

Malheureusement, ces espérances furent déçues. Les livraisons, mises en vente à mesure de leur achèvement, se vendirent peu. Le Bas, pour soutenir l’entreprise, engagea et perdit tout ce qui lui restait de fortune, et quand il mourut, il était ruiné.

Moreau le Jeune, grâce à un subterfuge qui ne fait honneur qu’à son habileté d’homme d’affaires, devint acquéreur, à bas prix, des planches et des tirages laissés par son ancien maître. Il continua la publication avec ses seuls dessins, mais sans plus de succès; elle s’arrêta faute de souscripteurs.

Pour nous, cet échec est justifié. Rien n’est plus éloigné du vrai Moyen Age que celui de Moreau le Jeune. Il ne connaissait pas, sans doute, les manuscrits à miniatures de la Bibliothèque du Roi, ou, s’il les a consultés, il les a jugés trop barbares pour être reproduits. Tous ses personnages historiques ont passé par une imagination d’artiste imprégné des idées en cours sous Louis XVI.

Ne le raillons pas trop. On dira peut-être, un

jour, des tableaux historiques qui remplissent nos musées et nos écoles, ce que nous disons aujourd’hui des dessins de notre artiste, qui apportent ainsi, sans le vouloir, une solution au problème de la peinture d’histoire.

La peinture d’histoire ne tire aucune valeur de la qualité des sujets. Si exacts qu’ils soient, ils ne peuvent être conformes à la vérité absolue que nous ignorerons toujours ; si dramatiques qu’on les suppose, ils ne nous intéressent que si nous connaissons, au préalable, les faits qu’ils mettent en scène. L’intérêt des sujets est donc secondaire. La valeur qui prime tout est celle de l’exécution, c’est-à-dire la valeur d’art en elle -même, qui s’impose sans avoir besoin de préparation ou de commentaires.

Il est une exception pourtant, celle où le sujet est contemporain du peintre. Alors, tout y devient précieux, la vérité du sujet et surtout l’esprit du temps qui l’anime, cet esprit qui ne saurait jamais s’imiter, qui disparaît avec lui pour toujours, et qui donne un incomparable attrait aux ouvrages d’une civilisation. Et si le peintre d’une telle oeuvre est un beau peintre, il arrive sans effort au chef-d’œuvre, comme Largillière et Hallé avec les Échevins de la çille de Paris, comme David avec le Sacre et la Distribution des Aigles.

Les Figures de l’Histoire de France ne dépaysaient cependant pas le talent de Moreau le Jeune. En même temps qu’il en faisait les dessins, il travaillait.

■tr. %

Page 1