‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 26 sur 66 · MOREAU L JEUNE · texte numérisé non relu

MOREAU L JEUNE

toutes les peines infamantes, et leur remplacement par une peine unique, celle qu’on réservait autrefois aux seuls gentilshommes : la décapitation. Et, par humanité, il demandait qu’une machine fût construile qui opérerait automatiquement les exécutions et éviterait ainsi Falfreux spectacle que donnait trop souvent la maladresse du bourreau. La motion fut adoptée et le chirurgien Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie, fut chargé de rinvention de l’instrument. Bien que le médecin eût été complètement étranger à la construction de cette machine nouvelle, la voix populaire lui infligea son nom. Cet ami des hommes s’appelait le docteur .loseph- Ignace Guillotin. Sa science autant que sa parenté en firent le médecin de la famille de Moreau le Jeune. Il lui donna ses soins jusqu’aux derniers temps de sa vie. Il mourut regretté de tous, huit mois avant Moreau, en mars 1814. Sa longue carrière avait été une suite d’efforts bienfaisants et d’actions charitables, et il y a une sorte d’ingratitude de la destinée dans cette célébrité sanglante qui s’attache injustement à son nom.

Vers la même époque. Moreau le Jeune rachetait les planches d’une publication commencée par Le Bas en 1778 et interrompue par sa mort, en 1788. L’ouvrage était intitulé : « Figures de VHistoire de France, représentant, règne par règne, les principaux faits et les traits les plus intéressants de cette Histoire, depuis l’établissement de la monarchie jusques

et y compris le dernier règne. Avec l’explication des sujets au bas de chaque estampe. » L’ouvrage entier devait se composer de deux à trois cents planches.

L’idée en était toute moderne. L’enseignement de l’histoire par l’image est une de nos méthodes actuelles ; mais l’intention de Le Bas était différente de la nôtre. Aujourd’hui, le but est de substituer à l’étude abstraite de l’histoire diplomatique ou militaire, la connaissance agréable et facile des faits pittoresques de la vie des peuples. Pour les auteurs des Figures de l’Histoire de France , la pensée était plus haute ; ils prétendaient enseigner à tous, non seulement des siècles ignorés d’histoire nationale , mais encore populariser toutes les gloires, jusqu’à celles des règnes contemporains. Mais il arriva à cette publication la mésaventure fatale à toutes les entreprises trop vastes. Tout l’effort s’épuise dans les débuts et l’ouvrage s’arrête quand commence l’intérêt. C’est ainsi que les rédacteurs d’Histoires universelles usaient jadis leur vie aux légendes de l’antiquité et mouraient au moment d’écrire la chronique de leur temps.

Les Figures de l’Histoire de France ne comprennent donc que le Moyen Age. Elles s’arrêtent à la planche i54, au procès d’Enguerrand de Marigny. Ces tableaux n’offrent pour nous aucun intérêt documentaire; ils pouvaient en présenter un aux souscripteurs de Le Bas. Les immenses travaux des Bénédictins avaient attiré l’attention sur les événements.

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