‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 29 sur 66 · LE PRÉSIDENT HÉNAÜLT. — NOUVEL ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT HÉNAÜLT. — NOUVEL ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE

Voltaire. — Carle Vernet. — La Révolution. — Le Nouveau Testament. — Les Logements du Louvre. — L’Empire. — Les Classiques. — Mort DE Moreau le Jeune.

Avec les illustrations de Voltaire et le voyage en Italie (1785), commence la dernière partie de la vie de Moreau le Jeune.

Vers 1780, la Renaissance classique du xviii® siècle

achevait son évolution ; toutes les idées artistiques se modifiaient profondément, et, comme Moreau le Jeune fut toujours et avant tout, l’homme du moment, il changea comme elles.

Ce retour à l’Antique, dans la peinture, avait été préparé par l’enseignement d’un artiste alors en grand crédit, Marie-Joseph Vien, homme de jugement et de goût, mais de tempérament moyen, comme tous les bons professeurs. C’est à lui que revient le mérite d’avoir formé la pléiade des grands peintres du premier Empire. Nommé Directeur de l’Ecole de Rome, en 1776, il avait amené avec lui David, son élève préféré. Ils s’étaient trouvés ensemble, le maître et le disciple, dans l’Italie de cette époque, tout enfiévrée des souvenirs de l’ancienne Rome . Vien n’avait pas en grand’peine à communiquer ses enthousiasmes à David, si bien que les envois de celui-ci ne furent, en réalité, que des professions de foi classique.

Ces envois avaient fait figure, à Paris, d’œuvres d’esprit nouveau. Les jeunes artistes y avaient reconnu le maître attendu qui devait régénérer l’Art. Et Moreau le Jeune s’abandonna docilement au mouvement qui entraînait ses confrères.

A cette époque, un homme extraordinaire, à la fois horloger, maître de musique, homme d’affaires, agent secret, et polémiste, auteur de deux immortels chefs-d’œuvre de théâtre, Beaumarchais, avait fondé, à Kehl, une grande imprimerie destinée à

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MADAME MOREAU LE JEUNE (Françoise-Nicole Pineau) Pastel (1751)

(Appartient à M. Horace Dclarochc-Vernet)

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xMOREAU LE JEUNE

publier les Œuvres eomplètes de Voltaire. Cette édition devait être un monument triomphal en l’iionneur de eelui qui avait conquis son siècle.

Moreau le Jeune n’avait pas attendu Beaumarchais pour glorifier le nouveau dieu. Il avait déjà fixé par un dessin l’étonnante scène de son Couronnement sur la scène du Théâtre-Français, le 3o mars 1778. Cette cérémonie, moitié préparée, moitié improvisée, lut le plus éclatant hommage d’adoration qui eût été rendu à un auteur vivant. Il faut, pour l’expliquer, se souvenir que Voltaire représentait alors la Poésie, le Théâtre, le Roman, l’Histoire, la Philosophie, le Droit, la Justice; sa domination était incontestée et son règne universel.

Revenu de Ferney à Paris, après des années d’absence, il avait été reçu avec des honneurs souverains. L’Académie française lui avait envoyé une députation pour le saluer, et la Comédie-Française, qui jouait sa nouvelle et dernière tragédie, Irène ^ avait placé dans le foyer, son buste par Le Moine, présent offert, à cette occasion, par Caflieri.

Voltaire alla au Théâtre pour assister à la représentation de sa pièce. Le public, qui remplissait la salle, salua son entrée par des cris de joie et des applaudissements. Lorsqu’il eut pris place dans sa loge, une seconde loge d’avant-scène, l’acteur Brizard l’y suivit et posa sur sa tête une couronne. Voltaire y porta la main et l’ôta en disant : u üh ! Dieu !

VOUS voulez donc me faire mourir ? » Après la représentation d’Irène et de Nanine, qui composaient le spectacle, le rideau baissa, puis il se releva, un instant après, montrant tous les acteurs de la Comédie, groupés autour de son buste et menant, tour à tour, le couronner de laurier. Puis, Madame Vestris s’avança, un papier à la main, et lut quelques vers, que venait de conqjoser, pour la circonstance, le marquis de Saint-Marc. Enfin, la soirée s’acheva comme elle avait commencé, dans les applaudissements et les ovations.

L’estampe commémorative de cet événement pourrait servir de préface à l’œuvre considérable que Moreau le Jeune consacra à Voltaire. 11 se dévoua à lui après s’étre dévoué à Rousseau, non pas tant par nécessité, que pour satisfaire ses sentiments intimes de révolutionnaire.

La mort de Voltaiie n’atteignit pas son prestige. Elle lui épargna cet affaissement momentané qui fait décliner, après leur disparition, la mémoire des grands hommes. Sa renommée resta ce qu’elle était et, quand Moreau le Jeune entreprendra l’illustration de sa Henriade^ il croira servir la gloire d’un vivant.

En 1782, la première livraison de la H'enriade était terminée et, pour profiter de l’immense publicité faite à l’édition de Kehl, Moreau avait écrit à Reaumarchais pour lui demander une annonce à ses souscripteurs. Cette lettre montre avec quelle activité

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ŒUVRES DE J.-J. ROUSSEAU. - LA NOUVELLE HELOÏSE

« AIDÉ DE LA SAGESSE, ON SE SAUVE DE l’AMOUR DANS LES BRAS DE LA RAISON. ))

ŒUVRES DE J. -J. ROUSSEAU. — LA NOUVELLE HELOÏSE

LE PREMIER BAISER DE l’aMOUR

noire artiste s’occupait du placement de ses gravures. Elle contient même nue phrase sig’nifîcative qui révèle, chez lui, un sens très positif des alïaires et une froide expérience de la vie.

A Monsieuj‘ Caron de Beaumarchais, rue du Temple, de Patis, le i5 juillet 1^82.

Monsieur,

•le crois devoir employer tous les moyens possibles pour donner de la i)ublicité à mon ouvrage; je ne puis donc mieux m'adresser (pi’à vous, et j'ose me persuader que vous ne me refuserez pas, mon affaire ayant trop de rapport avec la vôtre, pour que vous ne vous y intéressiez ]ràs.

Je suis prêt à mettre au jour la })reniière livraison in-8° de mes estampes pour orner votre belle édition de Voltaire. Quoique je n’aille que de mes propres forces, je vais cependant fort vite, puisque voilà 20 planches faites et ar ([ui sont avancées, et tout cela depuis le mois d’octobre 1781 . Il n’est pas possible de mettre plus de zèle pour les souscripteurs et, malgré cette promptitude, ils sont lents à venir. Comme vous n’ignorez pas. Monsieur, (ju’il ne su dit pas d’avoir des talents vis-à-vis du public, il faut encore parler de soi, je vous prierais de me procurer les mo^'cns (sans vous compromettre en aucune manière) de taire parvenir à vos souscripteurs, des prospectus pour les mettre au fait de mon entreprise, car ce serait commettre une indiscrétion que de vous en demander la liste.

Je VOUS prie, Monsieur, de me répondre avec franchise et de ne pas me refuser un moyen qui ne peut que m’assurer la rentrée de mes fonds.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. Moreau le Jeune.

P. -S. — Le Courrier de V Europe me paraît bien lent à parler des estampes.

Cette requête modeste eut un plein succès auprès de Beaumarchais, et l’affaire se conclut par l’illustration des Œuvres complètes de Voltaire (1784- 1789).

Avec la Henriade, Moreau s’essayait à la peinture d’histoire, à l’art sérieux ; mais rien n’était plus éloigné de son tempérament que les grandes scènes. Ses compositions sont à l’art classique ce que les tragédies de Voltaire et de Crébillon sont aux tragédies antiques. On n’y voit que mouvements désordonnés, gestes emphatiques, ouragan perpétuel qui emporte les draperies et les écharpes. Il semble avoir oublié que rien n’est plus immobile que l’excès du mouvement. Mais cette manière d’écrire l’IIistoire est tout à fait conforme aux idées du temps, eonforme à l’idée qu’on se faisait, alors, et du Moyen Age et du XVI® siècle. Les documents ne manquaient cependant pas, pour être renseigné. Le P. B. de Montfaiicon avait publié, depuis bien des années, les Monuments de la Monarchie française où se rencontrent de nom-

ŒUVRES DE J.-J. ROUSSEAU. — LA NOUVELLE HÉLOÏSE

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