LE SOUFFLET
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breuses et fidèles gravures, mais personne, parmi les artistes d’alors, n’était assez hardi pour copier fidèlement des images exactes. Et qui ne sait, d’ailleurs, le peu de cas que fait un artiste d’im document qui ne confirme pas son œuvre ?
La suite des vignettes du Voltaire, romans, contes, poèmes, laisse une impression très différente. Elles sont d’une inspiration tout autre. La Hcnviade appartient encore au xviiU siècle, mais la suite semble appartenir au xix®. On croirait voir une œuvre du premier Empire ou même de la Restauration, tout imprégnée de néo-elassicisme.
D’où vient cette transformation? C’est qu’à ce moment de sa vie, se place un événement capital pour sou talent.
Moreau le Jeune, iié à Paris, n’avait guère plus voyagé que Chardin. 11 n’était allé qu’à Provins où il avait acheté une petite maison. Sa vie d’artiste s’était écoulée à Paris même. Le travail, sans relâche, en avait fait un casanier. 11 lui manquait Fllalie.
La plupart des peintres d’alors avaient fait le [)èlerinage artistique de Rome. Reaucouj) s’étaient arrêtés, pendant des années, dans la Ville Eternelle ; quelques-uns même, comme Siibleyras et Trémollière, s'y étaient établis et mariés. Le prestige de l’ilalie était tel, surtout depuis la découverte d’Herculanum et de Pompéi, que, dans l’opinion universelle, pour être un véritable artiste, il fallait avoir vu Rome et Naples.
Moreau, dessinateur du Cabinet du Roi, obtint, le 25 septembre 1786, un eongé de six mois pour aller en Italie « vaquer à ses affaires de famille ». Joseph A^ernet ne fut sans doute pas étranger à ce congé et les affaires de famille de Moreau en Italie, ressemblent bien à celles de la famille Vernet.
Moreau partit donc avec les recommandations que A’^ernet lui donna pour ses amis de Rome, et il en avait laissé beaucoup, pour y avoir vécu ju'ès de douze ans,’ et s’y être marié. Personne n’y avait oublié le talent de ce grand paysagiste, son aménité, et son esprit. On parlait encore de son amour enthousiaste pour l’Antiquité, de sa passion pour les ruines romaines, de celles qu’il avait découvertes, comme celles qu’il avait peintes. Dans toutes les classes de la société romaine, sa recommandation était efficace, et Moreau en profita.
Son compagnon de voyage était l’architecte Gabriel- Pierre-Martin Dumont qu’il connaissait de longue date pour avoir été le professeur de son beau-père Nicolas Pineau , peut-être même le sien , et dont il avait autrefois gravé le portrait en tête de l’édition de ses œuvres. Gabriel Dumont connaissait à fond l’Italie. Il avait publié un document précieux pour l’architecture : Les Mesures de Saint-Pierre de Itome, qu’il avait présenté à l’Académie royale, dont il avait reçu les félicitations. Il était membre des Académies de Rome, Florence, Bologne; enfin, c'était le compagnon rêvé pour un tel voyage.
(KUVRES DE J. -J. ROUSSEAU. — LA NOUVELLE HÉLOÏSE