ORGANES DE LA REPRODUCTION
M. VaizLanT, on l’a vu, n’a trouvé que des femelles chez les Tridacnes. M. GROBBEx à affirmé l’hermaphrodisme de ces animaux. Je ne puis trancher la question n'ayant eu que deux individus à examiner, Pun, en état insuffisant pour des recherches histologiques, l’autre bien molasse pour oser espérer y trouver les éléments d’une réponse à une question aussi délicate. Je crois, cependant, mon individu femelle; mais, je n’oserais affirmer que dans sa glande ovarienne énorme, il n’y a pas, comme les a trouvés M. GRoBgex, sur les Tridacnes, quelques acini mâles.
La glande (fig. 30 et 31. pl. IX), ou mieux les deux glandes génitales, ont une position primitive, antérieure au péricarde, dont elles limitent en partie la fosse, et, inféro-antérieure au foie, qu’elles recouvrent latéralement et en-dessous, en le séparant des reins.
Cette situation est un peu schématisée ; la fonction de reproduction étant soumise à des alternatives d’activité et de repos, il s’en suit que les glandes peuvent être ou très réduites ou très développées; de là, des modifications de situation que l’on comprend aisément. Lorsque la glande est en pleine activité, les lobes s'étendent beaucoup.
Dans les exemples ayant servi à faire les dessins, on voit en avant et de chaque côté du pied, les lobes gauche et droit de l’ovaire, de couleur jaunâtre, compris entre les branchies et la base du pied. Ils remontent de chaque côté du foie qu'ils laissent voir entre eux, mais se rejoignent moins, sur sa ligne médiane, que dans la Tridacne.
De profil, on les voit entre la partie supérieure du foie et le péri-
carde. En arrière, on les retrouve encore de chaque côté du foie, en haut et plus bas, en avant du péricarde.
Les glandes génitales sont les seules dans l’économie de l’Acéphale qui aient des périodes d'activité et de repos ; aussi leur description topographique varie-t-elle avec les époques où l’on observe les animaux. Les dessins prouvent que dans l’Hippope, recueilli sans doute pendant une période d'activité, l’ovaire s’était gonflé de chaque côté du pied et était remonté jusque sur les parties latérales et postérieures du foie.
Nous reviendrons sur cette différence que peuvent présenter, dans leur volume, les organes de la reproduction.
Mais le noyau central, le giron, si l’on peut dire, de ces organes est le point de l'organisme que limitent en avant: la base du pied; en haut, le foie entourant l’estomac; en arrière, le péricarde; latéralement, les reins; en bas, le muscle adducteur inférieur des valves.
Lorsque la saison de la reproduction arrive, la glande prolifie, s'étend en remontant et recouvre les organes plus fixes et moins sujets à des variations fonctionnelles périodiques.
Il ne m’a été possible de trouver qu’un seul orifice sur les côtés de la masse viscérale, l’orifice rénal ; d’où, j'ai conclu, que le canal excréteur des glandes génitales s'abouchait avec celui du rein, comme on le voit si fréquemment dans les Acéphales.
L'étude du système nerveux nous indiquera, où s’ouvrent exacte-
ment les deux organes génital et urinaire.
Du SYSTÈME NERVEUX.
Rien, dans les rapports fondamentaux des organes n’est changé dans les deux êtres dont on vient d'étudier l’organisation. Il est donc difficile de comprendre pourquoi M. VarzLanrT a cru trouver le contraire, ainsi qu'il a été dit, sinon, parce qu’il avait accepté l’hypo-
thèse du retournement de l'animal dans sa coquille.
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Dans l'Huitre, l'Anomie, le Pecten, la Lime et tant d’autres Acéphales, les modifications de l'organisme sont infiniment plus grandes (pl. X) Ici, c'est surtout le manteau qui a subi des modifications et qui, par suite de ses soudures et du développement excessif de quelques organes, sécrète une coquille très anormale.
Le système nerveux des Acéphales est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en rappeler la composition. Sa simplicité l’a fait prendre comme type par tous les auteurs de manuels d'anatomie: il est done inutile de définir les expressions ordinairement employées.
De plus, il ne semble pas utile de pousser l'anatomie des différents nerfs bien loin ; car ce ne sont pas eux qui peuvent servir à atteindre le but que nous poursuivons.
Que l’on considère, d’ailleurs, les deux figures de la planche IX, l’une de face, l’autre de profil : lon sera certainement de l’avis d’un naturaliste expérimenté, ayant fait beaucoup de travaux personnels, mais ne connaissant pas l'anatomie des Tridacnidées, qui me disait, en voyant ces deux dessins : « ...Mais, voilà un schéma du système nerveux d’un Acéphale. »
En effet, il est difficile de trouver un système nerveux plus régulier, plus normal, que celui que l’on voit dans cette planche.
Le centre sus-æsophagien (gl. c., fig. 30 et 31) est placé, comme il l'est habituellement chez les Acéphales les plus normaux. Il suffit de soulever la lèvre supérieure, comme cela est indiqué dans la figure de face, pour trouver, en enlevant les tissus superficiels, au fond du sillon qui unit les deux lèvres, un petit ganglion de chaque côté de la bouche. On découvre sans grande difficulté, la commissure qui passe en saütoir, au-dessus de l’œsophage, en suivant de très près l’union des deux lèvres.
On ne trouve, dans cette partie supérieure du collier œsophagien, aucune anomalie de forme, de grandeur et aucune difficulté à le mettre en évidence. La dissection est d’une facilité et d’une simplicité bien plus grande que pour bon nombre d’Acéphales.
En présence d’un état aussi normal, il m'a paru inutile de cher-
MORPHOLOGIE DE TRIDACNA ELONGATA. 187 cher et de suivre les nerfs que fournissent ces ganglions sus-æsophagiens; la recherche des homologies n'aurait gagné à cette recherche que quelques détails de plus, mais rien de nécessaire à la démonstration finale. D'ailleurs, on trouve, pour la Tridacne, des détails précis sur les différents nerfs, donnés par M. Vaizzaxr. Ces ganglions innervent toujours les palpes labiaux et la partie du manteau supérieure à la bouche: il n’est done pas étonnant que des nerfs aient été suivis dans les appendices buccaux et, dans le manteau, jusque dans les lèvres du grand orifice pédieux.
— Les deux autres centres classiques sont le pédieux et le branchial :
Le centre pédieux (gl. pd., fig. 30 et 31) est situé sur le dos du pied : les deux ganglions qui le forment, sont tellement rapprochés qu'ils semblent confondus en une seule masse ; M. VarzLanr les a décrits dans les Tridacnes et sa description peut s'appliquer au genre Hippope. Pour les préparer. il s’agit d’abaisser la pointe digitiforme du pied, d'enlever quelques bribes de tissus, et l’on arrive sur la ligne médiane à ce centre très normal, évasé et relié aux ganglions buccaux par deux connectifs.
Il n’y a donc rien de nouveau à signaler à cet égard.
Page 131, à la fin du dernier alinéa. M. VAïLLANT écrit : « Ce ganglion doit, suivant toute probabilité, fournir des nerfs au sens de l’ouie, mais il ne n’a pas été possible de constater la présence de ces organes. »
À l’époque où écrivait M. Varzzanr, l’on croyait, et moi-même tout le premier, que les ofolithes, comme on les appelait alors, dépendaient des ganglions pédieux. Plus tard, après le travail de morphologie que j'ai publié sur les rapports des ofocystes (comme Jai appelé cet organe), avec les ganglions céphaliques, il ne resta aucun doute que les nerfs, allant à la vésicule considérée comme organe de l'audition, remontent vers les ganglions buccaux ou céphalique, en s’accolant au connectif pédio-buccal.
— Restent les ganglions branchiaux où inférieurs (gl. branch..
fig. 30 et 31), qui forment, par leur union, le centre le plus volumineux, placé sur la face antérieure du musele adducteur.
I y à déjà bien longtemps que j'ai publié des travaux démontrant que le système nerveux des Mollusques présente un développement de ses parties proportionnel au développement des organes qu'il innerve et que, lorsque les proportions de ces organes deviennent très considérables, il s'ajoute même des amas de cellules ou des ganglions de renforcement : la Tethys léporine, le Taret, en fournissent des exemples bien curieux. Chez eux. le manteau offre une prépondérance excessive; son développement explique, en se rapportant au principe qui vient d'être énoncé, le développement proportionnel du centre qui lui envoit des nerfs. Il est tout naturel qu'à un organe démesurément développé, chez lequel, les plis, replis, et ornements foisonnent, corresponde un centre nerveux colossal, relativement aux autres centres.
Toute la différence que l’on constate chez les divers Acéphales s'explique par l'application du principe précédent. Mais, il fut une époque où l’on pensait autrement, et il est intéressant, après 36 ans, de relire le passage suivant, à propos du centre branchial de la Tridacne.
A la page 130 de son travail, M. VaizzanT s'exprime ainsi : « Le ganglion branchial est de beaucoup le plus volumineux. Sa forme est quadrilatère, avec un étranglement transversal vers sa partie moyenne, sans vestige de sillon antéro-postérieur indiquant le lieu de réunion des deux masses latérales habituelles, de la fusion desquelles, il résulte sans doute. Sa particularité la plus curieuse est que cet organe à sa partie antérieure et inférieure (postérieure et supérieure des autres Mollusques) en rapport avec le muscle et présente deux sillons limitant autant de replis qui rappellent, jusqu’à un certain point, l'apparence des circonvolutions du cervelet des animaux supérieurs. Je n’entends naturellement faire ici aucun rapprochement de fonction, car bien que ces replis dépendent de la substance
même du ganglion et non du névrilême, cependant ils doivent sans
doute être attribués à un entrecroisement des fibres, plutôt qu’à un amas de cellules, comparable à la véritable substance cérébrale. Toutefois, cette complication, le volume de ce ganglion, la fusion intime en une seule masse indiquant une tendance à la centralisation, porteront à penser que cette partie du système nerveux peut bien être ici la plus importante au point de vue physiologique, et sans appliquer absolument à ces êtres des termes empruntés à l’anatomie des animaux supérieurs, termes dont l’inconvénient est d’entrainer souvent à des comparaisons qui ne sont rien moins que fondées chez un Mollusque acéphale, c’est le ganglion inférieur au tube digestif qui paraitrait devoir porter le nom de cerveau, contrairement à ce qui a lieu chez les autres Invertébrés supérieurs; cette opinion n’est du reste pas nouvelle. Ce ganglion fournit, comme on le verra, des nerfs à certains organes des sens, aux organes oculiformes et aux tentacules de ouverture branchiale. »
Sans doute, M. Varcranr fait toutes les réserves possibles pour éviter d’être trop affirmatif. Mais la fin de cette citation n’en est pas moins bien caractéristique. Pour nous, la raison bien simple du grand développement du ganglion se trouve, uniquement. dans le très grand accroissement des organes innervés.
Quatre gros nerfs partent de cette masse ganglionnaire, deux de chaque côté; l’un, le plus supérieur et externe, se porte dans le replis falciformes, c’est le nerf branchial: l'autre, l’inférieur, est le nerf palléal inférieur. Tout près de son origine, ce dernier fournit le rameau destiné au muscle adducteur; après cela, il se bifurque et ses deux grosses branches contournent le bord inférieur du musele adducteur, remontent dans la partie si brillante postérieure du manteau et dans la partie inférieure du même organe, où l’on voit la grande ouverture branchiale de la chambre antérieure.
Tout cela à été décrit chez la Tridacne. Il y aurait, sans doute, un intérêt anatomique à suivre les moindres ramifications de ces diftérents nerfs, dans des êtres d'aussi grande taille; mais, me rappelant
encore une fois, le but même de ce travail, j'estime que la connais-
sance d’un plus ou moins grand nombre de nervules ne conduirait pas à grand chose pour l’atteindre.
I reste, cependant, un point relatif à la valeur de la loi des comnexions qu'il importe dé rappeler. J'ai une telle confiance dans cette loi qui doit être appliquée quand elle est applicable, que pour trouver l’orifice bejanien où génital, je me suis servi d’un rapport qui m'avait paru constant : j'ai suivi le connectif qui, du ganglion branchial, remonte vers les ganglions sus-æwsophagiens.
Arrivé à la mi-hauteur du diamètre vertical de la cupule pédieuse, ce connectif, qui cotoie les limites internes du corps de Bojanus, abandonne, pour se porter un peu en dedans, en décrivant une courbe, et pénétrer dans la masse viscérale représentée, en ce point, par la glande génitale seule. Là, en dehors du connectif, on voit une fente en boutonnière (or. Rein, fig. 30 et 31) allongée, et dont le grand diamètre est dirigé de haut en bas et de dehors en dedans, parallèle et voisine du connectif branchio-cérébral : C’est l’orifice renal.
N'y a-t-il pas là une nouvelle confirmation de la valeur des rapports bien établis et de lapplication raisonnable de la la loi des connexions ? M. VarLLanT. du reste, avait trouvé le même orifice chez la Tridacne.
Le connectif est gros et facile à suivre, car il est enfermé dans une gaine qu'il n’y a qu’à inciser longitudinalement pour mettre le cordon nerveux à nu. Cette gaine a été vue chez la Tridacne et on l’a considérée comme un ligament sous-jacent au nerf, destinée à le protéger pendant les tractions produites par les contractions. A partir de cet orifice, le connectif s'éloigne sur les côtés et est entraîné par l'élargissement du corps dans une courbe très caractérisée, à concavité interne; il gagne, en se rapprochant de la ligne médiane, les ganglions cérébroïdes et, avec celui du côté opposé, limite un espace cordiforme très régulier, au milieu et vers la pointe duquel, est enfermé le pied.
En résumé, il est difficile de trouver un système nerveux d’Aré-
phale, plus régulier et plus normal.