GÉNÉRALITÉS
Il y à dans la monographie de cette espèce, due au professeur Vaillant, bien des points sur l’organisation qu'il serait inutile de reprendre ici.
Toutes les fois que mes observations nouvelles montreront quelques faits pouvant compléter les travaux déjà publiés et déjà anciens, ils seront indiqués.
L'étude morphologique que l’on trouvera dans ce travail aura surtout pour but de ramener, le plus simplement possible, les formes des parties aberrantes de l’espèce, au type Acéphale. Pour cela, il n’est pas nécessaire de faire à nouveau et l’anatomie et l’histoire de quelques organes dont l’étude, pour être poussée plus loin, devrait être faite sur le vivant. Comme c’est surtout l'extérieur (fig. 1 et 2, pl. I.) qui a frappé les observateurs par ses formes peu habituelles, il est naturel de commencer par se reconnaître dans la description de ce que l’on voit, sans faire pour ainsi dire d'anatomie. C’est même la partie la plus difficile de l’histoire de la Tridacne, et c’est celle qui va
nous occuper tout d’abord.
COQUILLÉ La coquille, qui est célèbre pour sa grande taille sous le nom de
bénitier, est connue et bien décrite; il n’est donc utile que de rap-
peler quelques faits propres à faciliter l’'enchaînement des idées:
Commme chez tous les Acéphales normalement développés, elle présente deux valves égales, symétriquement semblables, à bords libres découpés en faîtiers, dont les dents sont souvent très longues et alternantes d’une valve à l’autre, de telle sorte que la dent de l’une s'enfonce dans l’échancrure correspondante de l’autre. Il existe sur le bord libre comme une sorte d’engrenage entre les deux valves rapprochées.
Si l’on projette sur un plan la silhouette en profil de la coquille, et si on la dessine, on voit que les bords libres, crénelés et découpés en festons à dents alternes, décrivent une courbe assez régulière, dont les rayons un peu infléchis convergent vers le sommet des crochets; en effet, de chaque dent part un bourrelet saillant, à écailles relevées par leurs bords, correspondant aux poussées d'accroissement.
Tout cela est connu, je ne le rappelle que pour indiquer que les bourrelets saillants s’incurvent et se terminent aux crochets, audessus de la lunule remplacée par l’orifice pédieux.
La partie de la projection du profil, qui répond au reste de la limite de la figure, et qui s'étend d’une extrémité à l’autre du limbe libre crénelé ou festonné, présente deux lignes presque droites convergentes et se rencontrant au sommet des crochets, en formant un angle très ouvert de 1109 environ.
Le côté supérieur de cet angle est occupé par l’union des deux valves, union que produisent le ligamentet la charnière. C’est le plus rectiligne des deux.
Le côté inférieur du même angle, qui part de l'intervalle des deux crochets, est en relation avec l’orifice pédieux (qu’on considère comme étant le remplaçant de la lunule), et est représenté par la limite inférieure de cet orifice, aux bords inférieurs droits non festonnés qui se rapprochent et se touchent jusqu’à l’origine des festons. Ce côté infé-
rieur de l’angle, moins rectiligne que le supérieur, est un peu concave.
C’est au sommet de cet angle, en arrière de lui et, par conséquent,
en dedans de la coquille, en haut de la limite de l'orifice de la lunule,
que se trouve la bouche.
Aux deux côtés de l'angle obtus, qui s'obtient par la projection du profil, la coquille est un peu applatie, aussi est-il possible de la faire reposer dans un équilibre stable, tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre de ses côtés.
Le côté ou ligne droite supérieure de l’angle correspond très exactement, en totalité, à l’articulation, aux dents de la charnière et au ligament ; les uns et les autres viennent jusqu’au sommet de l’orifice pédieux et partent de extrémité supérieure de la coquille, juste au point où les deux valves sont en contact et où cessent les crénelures du feston.
Comme on vient de le voir, la bouche étant en arrière des crochets, je pose exactement la coquille de façon à ce que la charnière et son ligament soient en haut et en avant: l’orifice du byssus se trouve ainsi vers le milieu de la hauteur totale de la coquille que je pose droite, son plus grand diamètre étant vertical, et son extrémité inférieure, commençant à partir du feston, au-dessous de l’extrémité du côté inférieur de l'angle, et reposant sur le plan qui la porte. |
Ainsi, le bord libre ondulé en festons se trouve en arrière et est dorsal, tout comme l'angle obtus indiqué se trouve en avant et est ventral.
C’est justement cette position du dos du test et par conséquent du corps du Mollusque et des parties molles qui a si fort embarrassé les observateurs. Elle est l'inverse de ce qui se présente habituellement (chez l’Anodonte, par exemple, l’un des Acéphales les plus normaux), et c’est justement cette position qui va nous permettre de décrire avec quelque clarté et sans confusion possible l'extérieur de la Tridacne.
Si donc, cette position étant adoptée, on oppose de profil la coquille de l’Anodonte ou de la Psammobie et celle de la Tridacne, dans la situation qui vient d’être fixée; on voit vers le milieu de la hauteur et en arrière de la première (Anodonte ou Psammobie), le ligament et l'union des deux valves, constituant une portion dorsale, tandis que
dans la seconde (Tridacne), il faut chercher le ligament en avant ét
en haut. On a, pourtant, sous les yeux deux parties homologues, l'une en arrière, l’autre en avant, et les bords libres des valves dans un cas sont en avant, dans l’autre en arrière.
Est-ce un retournement de l'animal qui a produit cette inversion ? On verra par les exemples qui seront invoqués dans la partie générale qu'il n’en est rien.
— Grâce à M. Boutan, j'ai eu trois échantillons de taille faible de Tridacna elongata recueillis à Tor et mis dans l’alcool; l’une des coquilles à 4 centimètres 5 millimètres, l’autre est un peu plus grande, enfin la troisième n’a que 3 centimètres. L'animal a été enlevé très facilement, et sa coquille est restée parfaitement intacte. La charnière y est en si bon état que j'en donne le dessin (pl. F, fig. 6).
Chez les gros animaux, les dépôts dus à la production calcaire de la substance coquillère sont tels que, dans bien des cas, sur les dents cardinales, on trouve des dépôts qui les grossissent. Dans ces cas, l’on rencontre le plus souvent les bords du manteau épaissis tout le long des bords libres de Ja coquille et doublés d’une couche de matière inorganique de même nature que la coquille.
Quand on compare les coquilles des jeunes animaux, avec celles des adultes, on remarque quelques différences qu’il est utile de signaler.
Les dents de la charnière sont très nettes, n'étant pas recouvertes par ces concrétions dues à une sorte d'hypersécrétion calcaire se produisant avec l’âge ; aussi, chez ces jeunes, est-il très facile de bien
reconnaître la composition et les rapports des parties ou des dents
formant l'articulation (fig. 6.)
Du côté de la cavité de la coquille, les bords de la lunule s'élèvent en formant un bourrelet qui remonte jusque vers les crochets, en ‘arrière desquels naissent les quatre dents cardinales disposées par paires. — Elles sont plates, ce qui s’explique facilement, car elles
sont destinées À se recouvrir les unes les autres.
La dent gauche de la paire inférieure recouvre la droite. L'une est
recouvrante, l’autre est recouverte (pl. I, fig. 6). II faut remarquer que dans cette description, la charnière est vue par l'ouverture due à l’écartement des bords libres de la coquille ; c’est-à-dire pour la partie postérieure ou dorsale, de sorte qu’il est mieux de dire que la dent inférieure recouvrante de gauche, est postérieure à la dent droite recouverte.
Les extrémités supérieures de ces dents se prolongent en haut, remontent le long des bords de la coquille en formant un bourrelet et arrivent, en se dilatant, à former une seconde paire de dents supérieures, à peu près semblables à celle du bas, mais ici, si le recouvrement à lieu également, c’est la droite qui recouvre et la gauche qui est recouverte (pl. I, fig. 6).
En un mot, {/ y a alternance des deux paires de dents dans leur recouvrement.
Chez les deux individus de 4, 5 et 3 centimètres, la longueur totale de la charnière, mesurée entre les extrémités inférieures et supérieures des deux paires de dents cardinales, représentait les trois quarts de la longueur totale du côté supérieur de l'angle.
La lunule (la singulière lunule) ou l’orifice du byssus est relativement d'autant plus grande que la taille est plus petite. — Dans le plus petit des échantillons de 3 centimètres, le diamètre vertical de l'orifice a près de 2 centimètres. Dans l'échantillon ayant 3 centimètres 1/2, il n’a guère que 1 centimètre et 1 à 2 millimètres. Ce qui montre bien évidemment que les lobes et les bords libres de la coquille s’accroissent dans un autre sens que les bords de l’orifice.
Dans le second échantillon, le côté de l’angle répondant au ligament est encore relativement plus grand que dans le plus petit individu — il est incontestable, en comparant ces deux échantillons, que c’est vers le dessus du crochet qu'il y a accroissement.
Nous reviendrons sur cette différence importante.
Sur les très jeunes coquilles, dont il vient d’être question, on recon-
naît, en observant l’orifice pédieux normalement à sa surface, que ces
bords, dans leur partie supérieure, portent de 4 à 5 petits sillons perpendiculaires à leur direction, et que les crètes qui séparent ces très fins sillons sont taillées en biseau de telle sorte qu’elles ressemblent à des dents. ;
Il est fort probable, que ces sillons et les petites dents sont causées par la présence des filaments des byssus qui, tendus de la base du pied au corps servant de soutien, s'opposent au dépôt de la substance calcaire.
Enfin, sur les plus petits échantillons, le nombre des côtes extérieures partant du sommet des crochets ne s'élevait encore qu’à quatre ou à cinq.
— Tels sont les faits particuliers qu’il était utile de rappeler à propos du test de l'espèce qui nous occupe.