‹ Morphologie de Tridacna elongata et de HippopusChapitre 9 sur 39 · MANTEAU · texte numérisé non relu

MANTEAU

Tous les naturalistes qui ont observé les Tridacnes dans la nature, bien vivantes etsur place, ont été frappés par les couleurs superbes, la variété des détails de la livrée qui offre les teintes les plus riches, les plus belles que puissent présenter des animaux. Aussi, est-ce cette partie du corps qui, apparaissant la première sous un aspect plein d'éclat, a appelé l’attention des anatomistes.

Il se trouve, que c'est justement l’une des parties de l'organisme la plus difficile à bien interpréter. Les soudures, les cavités résultant des adhérences que présentent, en effet, les lobes du manteau, sont très embarrassantes à bien reconnaître. Cette difficulté d’interprétation s’est trouvée d’autant plus grande que leur étude a surtout été faite au début de l’histoire de l'animal. Le peu de clarté et les difficultés des descriptions sont dus incontestablement aux particularités que présentent les voiles si beaux dans la nature, si durs et contractés chez les animaux conservés.

— Le manteau produit la coquille qui n’est que la reproduction

solide, fixée et moulée de ses formes. Aussi, retrouve-t-on sur lui les mêmes dispositions, quoique presque toujours profondément modifiées, en apparence du moins, par les contractions de ses parties musculaires.

Aussi, l’idée la plus simple qu’on puisse se faire du manteau, est celle que fournit l'observation attentive de la coquille.

Nous avons trouvé deux valves isolées, dentelées en feston sur les bords, unies seulement suivant la ligne que représente le côté supérieur de l’angle de 110° obtenu par la projection du profil du test et occupée par le ligament et la charnière.

Il faut donc admettre, comme correspondant à cette première disposition, deux lobes à bords libres, crénelés, échancrés en un bord festonné, taillés exactement sur le même patron que la coquille, et ne présentant que l’union primitive, normale, homologue à celle qu’on trouve chez tous les Acéphales, et répondant point par point, à cette partie du test où les deux valves sont tenues rapprochées par la charnière et le ligament.

Voilà le manteau primitif que l’on peut observer (fig. 4 et 5, pl. X.) sur l’Huitre, sur la Lime et tant d’autres Acéphales.

Pourtant, si l’on pousse la comparaison plus loin, on trouve bien vite des différences très grandes.

Un peu en dedans du bord libre des lobes palléaux chez la Tridacne, s’étale une membrane transversale, aussi bien en arrière dans toute la longueur, qu’en bas, en avant et en dessous du pied, si bien, qu’en écartant les valves, on ne distingue plus le corps proprement dit, qui se trouve enfermé dans un véritable sac (voir les belles figures données par Quox et Gavmarp dans le voyage de l’Astralabe, folios 79 et 80). Or ce sac ne peut être entièrement clos — la vie serait impossible avec une telle condition — il présente des orifices, et pour que, ces orifices fonctionnent suivant le but qui leur est dévolu, le manteau doit contracter des adhérences multiples avec le corps.

Ce sont toutes ces conditions qui compliquent singulièrement la

description de cet organe important qui enveloppe le corps tout entier,

La marge des lobes festonnés est libre, trés épaisse, très charnue et très contractile ; c’est elle qui forme un gros bourrelet en suivant les limites des dentelures de la coquille. C’est sur ces bords libres saillants, libres, modelés en bourrelets que se trouve de nombreux tubereules à couleur éclatante, très brillants, que M. VarzLanr a considérés comme étant des yeux, opinion que ne partagent pas tous les naturalistes,

Ces bords, libres et arrondis en bourrelets, ne sont pas en contact immédiat avec la face interne de la coquille qu’ils avoisinent cependant de très près. Ils en sont séparés par deux replis minces, qui leur sont parallèles et qu’on voit naître au pourtour de l’orifice du pied. On peut les suivre, tout le tour, du manteau jusqu’au sommet de l'animal, où les deux lobes s’unissent en faisant un angle suraigu, au sommet duquel ils se fusionnent.

Peut-être, dans l’origine de ces replis minces, attachés, accolés à la face interne de la coquille, pourrait-on trouver quelques caractères spécifiques. Je n’ai pas eu les éléments suffisants pour résoudre la question.

La partie profonde de ces bords libres est fortement musculaire, épaisse, souvent revêtue, au dedans, d’une couche de substance coquillère et, dans tous les cas, attachée par des fibres musculaires aux bords de la coquille, dont elle suit les contours,

M. Vaizranr a donné des noms spéciaux à ces masses musculaires palléales, dont il suffit de rappeler l'existence pour le besoin de la description qui va suivre,

C’est, en dedans du bord libre de ces bandes musculaires palléales, que naît la membrane unissante, tendue d’une extrémité à l’autre des lobes palléaux. En se déprimant, elles forment comme un fossé creusé entre les bords libres des lobes renflés en bourrelets,

Que l’on parte de l'extrémité inférieure de la région cardinale,

avant d'arriver à l’orifice pédieux, on trouvera cette membrane

tendue en avant de la bouche qu’elle cache: interrompue pour le passage du pied et du byssus, elle reparaît au-dessus de cet orifice et dépasse l'extrémité inférieure du corps; là, elle est encore interrompue par un long et grand orifice qui n’en occupe cependant que le milieu ; puis, elle reprend et, arrivée vers la quatrième dent du feston, elle présente un dernier orifice, dont les lèvres s'élèvent en un mamelon très reconnaissable sur les animaux conservés, au fond de la dépression signalée. Après cela, elle continue sans interruption, mais toujours déprimée en gouttière entre les bourrelets marginaux, pour arriver jusqu’à l'extrémité supérieure du ligament, où elle finit entre les deux bords, formant un angle tellement aigu que les côtés peuvent être considérés comme à peu près parallèles.

- Dans ce sac palléal, continu d’une extrémité à l’autre, se trouve le corps proprement dit, formé par la masse des viscères.

— Ce serait une erreur de penser que le corpsflotte entre les deux voiles palléaux, transformés par leur union en un sac percé de trois ouvertures, |

Il importe, en effet, de remarquer que sur les côtés droits et gauches du corps, en partant de la ligne cardinale, le manteau tapisse la masse viscérale somatique. Il en résulte que le sac n’est adhérent avec les faces, que sur son milieu et que les voiles se trouvent libres tout autour du corps, sauf sous la ligne cardinale où il y a soudure.

Ceci est fort important, car on va justement voir quelles conditions sont les conséquences de cette adhérence latérale; conséquences sur lesquelles on n’a pas porté une attention suffisante.

En arrière, comme en avant, le manteau. laisse la partie médiane des organes non recouverte. En avant, on trouve, successivement de haut en bas, d’abord la région peu étendue qui va de la fin de la région cardinale, au-dessus des lèvres supérieures de la bouche; puis, au-dessous de celle-ci, une portion de la masse viscérale ; ensuite, le pied et le byssus ; enfin, plus bas, la face antérieure du musele adducteur inférieur qui traverse l’espace comme un cylindre allant perpen-

diculairement d’une valve à l’autre.

En arrière, en remontant de la face postérieure du muscle adducteur inférieur, le manteau laisse libre successivement sans les recou-

vrir : le rein, le péricarde, la glande génitale et le foie.

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