‹ Mors et vitaChapitre 2 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les réflexions qui sont ici rééditées ont paru à la fin de l année i[)H) dans les Entretiens des non-combattants, que publie l'Union pour la vérité. Elles oit été rédigées au courant de la plume après lecture de deux romans catholicisants, le Sons d© la Mort, de M. Paul Bourget^ e/ le Voyage duCîenturion, ^^'Er/ie^/ Psichari. Au jnoins par wi côté, ces romans sont d'apologétique religieuse et de polémique. On a cru pouvoir et devoir marquer ce qu'il g a de trop étroit dans leur perspective, de fragile dans leurs démonstrations, d inexact en certains portraits et certains jugements. Leur idée dominante est que le catholicisme romain doit être tenu pour la source et la sgnthèse de toute vérité, de toute moralité; qu'il s'identifie à la

tradition française ; que seul le croyant catholique peut être un homme équilibré moralement et un français authentique, équipé pour la vie et prêt pour la mort. Ce sont là des prétentions bien exagérées, dangereuses aussi peut-être^ et pour la paix publique dans le prochain avenir de notre pays, et pour le catholicisme lui-même. Dans les pages qui suivent, on essaie de montrer l'exagération et d'expliquer le danger, en tout respect pour l'Académie française, dont est M. Bourget, et surtout pour la sainte mémoire du soldat, petit-fils de Renan, qui par sa mort glorieuse appartient, lui aussi, comme Renan par son œuvre scientifique, à Vimmor^ t alité de la France.

Mystère de la mort et mystère de la vie sont plus profonds que les symboles de la foi antique, et bien hardi qui se flatte d'en avoir pénétré le secret. Ce qui importe est de croire en la vie jusque dans la mort. Il n'est point sûr que ceux-là croient le mieuœ qui ont un poème plus circonstancié de V insondable éternité. Le combat de la mort et de la vie n'est pas moins merveilleux pour qui a foi aux destinées de r humanité, persuadé que, dans cette lutte ou

succombent les ijénératioiis et les individus^ la vie néanmoins est victorieuse et r humanité triomphe à travers la mort.

Mors et vita diiello Conllixere miraiulo.

Dux vita* inorlaus Hegnat vivus.

Juin UJ17.

A quoi bon pliilosoiilier aujourdhui sur le sens de la mort et sur le sens de la vie? N'est-il pas tro[) évident que la vie et la mort des liommes ne com[)tent i^uère et qu'elles si^nilieiit peu de chose dans 1 économie ^éntîrale de l univers? Le soleil, en ces jours d'angoisse, ne s'émeut pas plus du sort des humains que des accidents qui surviennent ici-bas dans les iounnilières, ou du graml carnage cjui se l'ait sans relAche parmi les animaux de la terre et les poissons des eaux. Encore est-il i)()urlant que la vie et la mort sont de queK|uc im[)ortance [)our les hommes euxmêmes, et qu'ils se demandent parfois — ceux du moins qui n'ont rien de mieux à faire, n'étant point sous le coup des exigences pressantes de la vie et de la mort — ce c[ue peuvent bien signifier et la mort et la vie.

Vie et mort ne sont pas choses indépendantes l'une de l'autre et que l'on puisse connaître l'une sans l'autre. Elles se touchent et se tiennent de si près qu'elles se doivent mutuellement expliquer.

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