SOUVENIR
En vain le jour succède au jour,^0 Ils glissent sans laisser de trace ; Dans mon âme rien ne t'efface, O dernier songe de Tamour !
Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi, Gomme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées.
Mon front est blanchi par le temps ; Mon sang refroidi coule à peine.
Semblable à cette onde qu'enchaîne Le souffle glacé des autans.
Mais ta jeune et brillante image, Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir :
Comme l'âme, elle n'a point d'âge.
Non, tu n'as pas quitté mes yeux ; Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre, Soudain je te vis dans les cieux.
Là, tu m'apparais telle encore Que tu fus à ce dernier jour, Quand vers ton céleste séjour ■ Tu t'envolas avec l'aurore.
Ta pure et touchante beauté Dans les cieux même t'a suivie ; Tes yeux, où s'éteignait la vie, Rayonnent d'immortalité!
Du zéphyr l'amoureuse haleine Soulève encor tes longs cheveux ; Sur ton sein leurs flots onduleux Retombent en tresses d'ébène.
L'ombre de ce voile incertain Adoucit encor ton image, Comme l'aube qui se dégage Des derniers voiles du matin.
Du soleil la céleste flamme Avec les jours revient et fuit ; Mais mon amour n'a pas de nuit, Et tu luis toujours sur mon âme.
C'est toi que j'entends, que je vois :
Dans le désert, dans le nuage;